DU MÊME AU MÊME
A son seigneur et père^ au très-vénérable B., par la grâce de Dieu abbé de Clairvaux, H.^ce qu'il est par la même grâce : la meilleure part dans rhérilage des saints.
Je me suis décidé à vous écrire, révérend père, en prenant pour prétexte de vous demander vos seriQons sur le Cantique des Cantiques : sans ce motif, je n'aurais certainement pas eu la présomption de le faire. Comment, en effet, jeune et ignorant comme je suis, me serais-je permis de m'adresser à vous, très-docte vieillard, que le Seigneur Jésus a instruit de sa doctrine, comme un homme instruit son fils? Qui suis-je donc, pour interroger celui qui voit et dont les yeux sont ouverts ? moi surtout qui suis un enfant, qui ne sais pas parler, qui suis le plus petit de mes frères, une jeune plante qui commence à germer. Loin de moi, mon seigneur, loin des habitudes et de l'éducation de ma jeunesse d'oser vous aborder sans motif, et à plus forte raison d'avoir avec vous de doctes entretiens. Hais, comme je vous l'ai dit, l'occasion de vous demander vos ser-*
nions vient de se présenter à moi : je les ai souvent rcclainés par des intermédiaires, vous pressant à propos ou hors de propos ; et maintenant j'insiste encore par ma lettre trop hardie. Certes, si j*étais quelque chose, ne me serais-je pas à bon droit indigné que votre livre passât par la main et sous les regards de tous et n'échappât qu'à moi seul ? Pourquoi cela, mon seigneur? Peut-être m'en avez-vous jugé indigne ? A quoi je réponds: Si vous méjugiez indigne dele lire et incapablede le comprendre, pourquoi me le promettiez -vous? Si vous méjugez honnête et studieux, pourquoi différez-vous? Je vous en conjure, seigneur, ne différez plus l'accomplissement de votre promesse. Faites-moi part aussi des excellentes nouvelles que vous avez répandues ailleurs sur ces noces spirituelles auxquelles vous avez souvent assisté comme paranympbe. Rompez pour moi le pain de la parole, servez-moi un rayon du miel que vos mains ont préparé, afin que j'aie de quoi me sustenter en ces jours de jeûne. Que Votre Sainteté se porte bien, mon seigneur et père, vous qui êtes par-dessus tout l'arbitre des choses divines et humaines, le maître des élèves du Christ, le char de l'Église et son conducteur.
LETTRE CDLXXXIV.
(écrite ran 1148.) DE G. A SAINT BERNARD.
Pour qa'il fitsse dispenser Téyftqae d'Amiens d'une expédition d'ontre-mer.
A son trèsrdoux seigneur et père B.^ parla grâce de Dieu abbé de Clairvaux, i«^ frère G. : tout ce qu*un fils souhaite à son père.
Quelques bruits sont arrivés aux oreilles de notre seigneur Tévêque d'Amiens et Tout complètement terriiié. C'est un homme humble, qui a la plus petite opinion de lui-même : mais, sur ce que son humilité ne pouvait croire, la fréquence des rumeurs lui a inspiré des doutes. Le Roi, lui a-t-on dit, veut l'avoir pour compagnon de son voyage, et désire là-dessus, ajoute-t-on, l'assentiment du seigneur Pape. Grand honneur et fort agréable, si des impossibilités ne s'y opposaient. 11 est pauvre et malade, au point que son corps ne suffira pas à cette fatigue, ni sa bourse à cette dépense. De plus, combien n'est-il pas nécessaire pour réprimer les ravisseurs et pour protéger les pauvres du Christ qui sont dans son diocèse I
Ceux-ci le savent, et nous le savons aussi, tiôtis, qui avons appris cette nouvelle. Nous sommes donc forcés par le sentiment de la charité dô nous adresser humblement à votre piété, pour que, veillant à l'utilité commune des Églises^ et compatissant à cette grande faiblesse qu'on tourmente, vous le fassiez excuser sur ce point, si faire se peut. Adieu.
LETTRE CDLXXXV.
(Écrite vers l*an 1152.)