‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 85 sur 385 · ADRESSES AU PAPE EUGÈNE · texte numérisé non relu

ADRESSES AU PAPE EUGÈNE

AVERTISSEMENT

I. Dans les précédentes éditions d'Horstius et dans la nôtre, après les Lettres de saint Bernard étaient placés dans le tome second les Sermons sur le Temps et sur les Saints^ puis les Sermons sur divers sujets ; dans le troisième, les Sermons sur les Cantiques^ auxquels succédaient en quatrième lieu les divers Traités de saint Bernard. Hais, la chose plus attentivement considérée, il a semblé bon de mettre ces Traités tout de suite après les Lettres ; ce à quoi l'ordre naturel nous a facilement déterminé : car ces Traités ayant été écrits sous forme épistolaire, et même quelques-uns reportés des Lettres dans les Traités^ il était conséquent de ne pas les placer à une grande distance des Lettres. De cet ordre résulte cet avantage, que, comme les Sermons sur le Temps, sur les Saims ei sur divers sujets^ sont rejetés au troisième tome, et les Sermons sur les Can/tjt<es renvoyés au quatrième, à ceux-ci s'adjoint presque sans interruption, au commencement du tome cinquième, P£x' position continuée par Gillebert sur les Cantiques : continuation qui, comme un appendice néce»sairedesiS'érmonf de saint Bernard sur les mêmes Cantiques, devait les suivre le plus près possible. Po?ir ces raisons donc et d'autres sem? blables, nous avons pensé qu'il n'était pas inconvenant de changer tant soit peu l'ordre d'Horstius, pour la commodité du lecteur et l'ordre naturel des choses. 11 fallait répéter ici etdonnerd'avancecetavertissementsurl'ordre des matières qui constituent les tomes suivants: maintenant disons quelques mots de l'ordre des Traités que le tome second contient.

II. En disposant les dits Opuscules, Horstius :eut plutôt égard à la dignité qu'au temps. En

effet, si nous suivons Tordre des temps, le premier est le traité de l'Humilité; ensuite, le traité de P Amour de Dieu; puis, V Apologie à Guillaume^ ordre dans lequel les énumère Gaufrid, au livre III de la Vie de saint Bernard^ chapitre viii. Bernard lui-même suggère également le premier et le troisième dans la lettre 4 8*, au cardinal Pierre, écritevers l'an 1127 ; il y rappelle aussi «quelques lettres» à diverses personnes; sous ce nom je ne sais s'il comprend le Traité de V Amour de Dieu. Ensuite il faut placer la lettre 4y, à Henri, archevêque de Sens, dictée vers la même année 1127; puis le traité du libre Arbitre, vers 1128, comme on le voit d'après la lettre 52% à Haimeric. A peu d'intervalle fut prononcé le Set^mon sur la Conversion, aux Clercs. Suivit, avant l'année 1136, le livre aux Soldats du Temple ; en ce temps fut écrite la lettre 77% à Hugues de Saint-Victor. Il est certain qu'en 1140 fut adressée à Innocent II la lettre 190" sur les Erreurs d'Abeilard. Presque la même année parut le traité du Précepte et de la Dispense^ que Pierre le Vénérable, de retour d'Espagne en 1143, demanda par la 27"^ lettre du livre IV. Au commencement de 1149 fut terminé le livre de la Vie de saint Malachie^ et la même année furent entrepris les Livres de la Considération^ comme nous le dirons bientôt. Tels sont les Opuscules dont se compose le tome IV, excepté les Déclamations^ que nous avons rejetées dans la classe des apocryphes, comme étrangères à saint Bernard, et le livre duChant^ que nous joindrons aux précédents.

III. Tel est, dis-je, l'ordre du temps dans lequel chacun de ces Traités a été écrit. Mais il vaut mieux conserver l'ordre de leur impor-

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tance, en donnanlla première place aux /.eyres de la Considération ; la deuxième, à la Lettre sur les Mœurs des Prélats, à Henri de Sens ; la troisième, au Sermon sur la Conversion^ aux Clercs ; la quatrième, au Traitédu Précepte et de la Dispense; la cinquième, à Y Apologie à Guillaume : ces deux derniers traités regardent les moines ; la sixième, au Livre sur la Louange de la nouvelle Milice, aux Soldats du Temple, C'est là la première classe suivant la dignité des personnes. La seconde classe roule sur les Vertus : en septième lieu, vient le Livre sur l'Humilité ; en huitième lieu, le Livre de l'Amour de Dieu. La troisième classe renfermera les Traités sur les Dogvœs^h savoir : le neuvième traité, l'opuscule iniiulé : De la Grâce et du Libre Arbitre; le dixième, la Lettre sur le Baptême^ à Hugues de Saint' Victor ; le onzième, la Lettre sur les Erreurs d'Abeilard, à Innocent I f ; enfin ^ en douzième lieu, le livre historique sur la Vie de faint Malachie. Après tous ces livres suivra en

treizième lieu, le Livre du Chant, Nous avons donné plus haut l'odre des Opuscules, pour la plus grande commodité des hommes studieux. IV. Parmi tous ces ouvrages, aucun ne pa-^ rait plus digne de saint Bernard, que les cinq livres de la Considération^ au pape Eugène UI. Si on examine la dignité du sujet et de la personne, rien n'est plus noble ; si on considère la manière de traiter la question, rien n'est plus élevé ; si on regarde la majesté du style et la gravité des sentences, rien n'est plus éloquent et plus fort; si enfin on observe la pureté des paroles, la discipline inhérente aux saints canons, rien ne convient mieux à un saint Père et à un Docteur catholique. Que pouvait-il, en effet, y avoir de plus difficile pour un homme élevé dans la solitnde, étranger aux choses et aux affaires du monde, que de donner, et pour ainsi dire de prescrire des règles de conduite au Souverain-Pontife et à toute l'Église? Quoi de plus difficile à un homme privé que de disserter d'un manière convenable, exacte et brève, bien plus, de porter une juste sentence sur l'état de l'Église universelle, sur les mœurs des ministres sacrés, sur les devoirs, les vertus et les vices de tous ? Quoi de plus sage que de' reprendre, de poursuivre, de châtier les vices, les erreurs, les abus d'hommes si élevés, quels qu'ils soient, de façon non seulement à écarter l'envie et le soupçon de toute censure malveillante, mais encore à gagner l'amour et l'admiration? Saint Bernard eut cette habileté ou ce bonheur, ou bien ce lui fut une autorité divi-. ncmcnt accordée qu'Aussitôt l'apparition de

ses Livres de la Considération, tout le monde à l'envi les rechercha, les lut et les aima généralement, même les Souverains-Pontifes, qu'ils touchaient de plus près.

V. C'est donc avec raison qu'Ernald, abbé de Bonne-Vaux, au livre II de la Vie de saint Bernard, cliapitre viii, appelle cette ouvrage : « Un a livred'une grande utilité, dans lequel le saint a homme, par ses profondes recherches, en a examinant tant ce qui environne le Pontife, a {|ue ce qui est au-dessous de lui, et en s'éle- « vaut jusqu'à ce qui est au-dessus du Pontife, o a disserté si noblement sur la nature divine, a qu'il semble enlevé jusqu'au troisième ciel, a avoir entendu des paroles qu'il n'est pas perce mis à l'homme de dire etavoirvuleRoidans <( sa gloire. A propos de ce qui est au-dessous (c et autour du Pontife, il distingue très subti- « lement la conformité des mœurs, l'égalité de « la nature, la diflerence des devoirs, la consi- 0 dération des mérites, le discernement des « promotions, et intime à chacun en son genre « la connaissance de soi-même. A propos des a choses qui sont au-dessus de l'homme, il (X scrute les choses célestes : non suivant que c les anges, qui sont sans cesse en présence de a Dieu, les considèrent , mais suivant qu'un 0 homme d'un cœur pur et d'une âme sincère opeut atteindre les choses divines, etc....» Voici quelle est la division des cinq Livres de la Considération: dans le premier, saint Bernard démontre l'utilité et la nécessité de la considération; dans le second, il considère, ce qui a rapport au Pontife, c'est-à-dire qui est le Pontife, et quel il est ; dans le troisième, ce qui lui est soumis, c'est-à-dire tout l'univers ; dans lequatrième, ce qui l'entoure, ses domestiques, les cardinaux, les évêques; dans le cinquième ce qui lui est supérieur. Dieu et les anges. En ces livres, a le diligent observateur verra com* a bien il est franc dans son langage, combien « il est éloquent et riche dans la science des « choses supérieures et inférieures », dit Gaufrid au livre III de sa Vie, chapitre viii.

VI. 11 reste à dire en quel temps ces livres ont été écrits. Le saint Père commença à les mettreau jour en 1149, et il ne les termina pas, suivant Baronius, sans interruption, mais il les écrivit et les envoya à Eugène III à divers intervalles. Le premier fut écrit en il 49. Nicolas, notaire du même Bi^rnard, écrivant avant son départ à Pierre le Vénérable, lui dit : « Je vous c< envoie le livre du seigneur abbé de Claîr- « vaux au seigneur Pape. «Cette lettre est, dans Pierre le Vénérnble, la vn° du livre XI. Ici. on

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ne peut comprendre sous le nom de livre l'œuvre entière (comme ces auteurs en parlent en divers endroits, au témoignage d*Ernald, qui appelle ces cinq livres « un livre d'une grande utilité »].Car Bernard adressa le second à Eugène en ii50, après la malheureuse issue de l'expédition de Jérusalem, dont il fait même l'apologie au commencement du livre. Le troisième fut écrit en ii52, c'est-à-dire après la mort de Hugues d'Auxerre, comme il conste du chapitre ii, n"* il, et la quatrième année après le Concile de Reims, d'après le n"" 20, célébré l'an 1148. Enfin il termina le quatrième et le cinquième peu après, sinon en même temps que le troisième.

VII. Du reste, les livres susdits, ainsi que Y Apologie à Guillaume et le Traité du Précepte et delà />û/>efis«,furentd'abordimprimésà Rouen, sans indication d'année, puis à Spire en 1550, sans aucune distinction de chapitres, suivant l'usage des anciens manuscrits. Les mêmes livres furent réédités en 1520 et depuis, avec les autres œuvres de saint Bernard ; puis, par les soins d'Antoine Carafa, célèbre cardinal, ils furent coUationnés sous le pontificat de Pie V, et imprimés à part par les presses de Plantin, à Anvers. Enfin, Gérard Vossius, préposé de Tongres, à la demande de Jean Ven Devilliers, pieux évéque de Tournai , entreprit de les revoir de nouveau, les conféra avec huit manuscrits, et, les ayant édités séparément à Rome,en 1594, les dédia à Clément VllI; il employa danscette édition la division des chapitres, telle qu'elle avait été faite dans l'exemplaire du pape Ni* colas V, qui fut écrit en 1450. A propos de cette édition, Nicolas Le Fèvre, dans sa lettre au même Vossius, après avoir loué ses autres envisages : a J'omets, lui dit-il, les livres de la

« Considération du bienheureux Bernard, pour « lesquels, si vous avez dépensé moins d'huile « que pour les autres, vous n'avez pas cepenordant montré moins de zèle pour la maison cr de Dieu et pour y rétablir la discipline chana celante. En effet, ces livres, si propres à cette et œuvre et qu'un auteur qui n'est pas mauvais, « étant presque l'égal du bienheureux Bera nard, appelle avec raison le Deutéronomedes « Souverains-Pontifes, vous avez eu coin de les a éditer là où leur très-religieux auteur les ff avait d'abord envoyés, où cependant on les » employait peut-être le moins ».

VIII. D'après tantd'hommes si illustres, nous avons de nouveau revu ces livres, et les avons conférés dans notre première revue avec quatre exemplaires ; dans cette seconde édition, nous les avons conférés avec deux manuscrits de la Bibliothèque Colbertine, que nous a prêtés l'illustre Etienne Baluze : dontrun, qui porte le numéro 3541, contient une distinction de chapitres, mais totalement différente de celle de Vossius. Comme ces divisions ne sont pas du fait de l'auteur, nous avons cru devoir conserver les divisions ordinaires, pour éviter la confusion des citations.

IX. Or l'inscription de cet ouvrage varie dans les anciens livres. Celle du manuscrit Coibertin, n» 3984, est plus^ probable : « Le pro- <s logue du bienheureuxBernard, abbé de Claira vaux, sur le Uvredela Considération au seigneur a Pape Eugène, commence heureusement. »

Mais ces inscriptions ne sont pas d'une bien grande importance, car le plus souvent elles proviennent du bon plaisir des notaires. Nous croyons faire plaisir aux lecteurs en donnant ci-dessous la préface qu'Horstius a mise en tète de ce tome.

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