PROLOGUE
Je fonne le dessein d'écrire quelque chose qui puisse, notre Très-saint Père Eugène, ou TOUS édifier, ou tous plaire, ou tous consoler. Mais je ne sais comment il se fait que ma plume, à la fois empressée et timide^ Teut et ne Teut pas m'obéir. Votre dignité d'une part, mon tendre attachement de l'autre, lui donnent une impulsion contraire : l'un l'excite à marcher, l'autre la retient. Mais Totre bieuTeillance pour moi interTient dans le différend, et TOUS daignez me demander comme une grâce ce qu'il eût été plus dans l'ordre de m'imposer comme un dcToir. Quand Totre suprême grandeur se montre si accommodante, pourquoi ma répugnance le serait-elle moins ? Eh I qu'importe, en effet, que tous soyez monté sur le trône pontifical ? Fussiez-Tous porté sur Faile des Tents, tous n'échapperez pas à ma tendresse. Elle ne saurait Toir en tous un maître ; elle y retrouTC un fils, même sous la tiare. Assez obéissante par sa propre nature, sa déférence est Tolontaire, sa soumission est pleine de douceur* ses respects ne sont pas forcés.
Ce n'est point ainsi, non, ce n'est point ainsi que d'autres se conduisent ; mais, en remplissant ces dcToirs, ils sont mus par la crainte ou par l'ambition. Ils se répandent en protesta-
tions bieuTeillantes, et leur cœur est plein de malice ; prodigues de caresses, ils disparaissent quand on a besoin d'eux. Mais l'amour vérttabk n est jamais en défaut ^
Pour moi, si je n'ai plus à remplir près de TOUS l'office d'une mère, je n'en ai point perdu l'affection. Je tous ai trop longtemps porté dans mes entrailles, pour qu'il soit facile de tous en arracher. Montez aux cieux^ descendez aux abîmes, tous ne pourrez tous séparer de moi : je tous suiTrai partout où tous irez *. Je tous aimai lorsque tous étiez pauTre; j'aimerai en TOUS le père commun des pauTres et des riches. Car, si je tous connais bien, encore que tous ayez été fait le père des pauTres, tous n'en êtes pas moins pauTre decœurTous-même» J'ai cette confiance, qu'en changeantde fortune TOUS n'aTez point changé de sentiments, et que l'humble religieux a pudoTenir souTerain Pontife sans cesser d'être ce qu'il fut. Je Tais, en conséquence, tous donner des conseils, non comme un graTe précepteur, mais plutôt comme une tendre mère, ou comme un ami Téritable ; dussé-je paraître insensé, aux yeux de celui toutefois qui n'a jamais aimé luimême, de celui qui n'a pu connaître la force d'un tel sentiment.
A I Gor., xiii, 8. — s Luc, ix, 57«