‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 92 sur 385 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

c'est une servitude tout a fait inconvenante

ET INDIGNE DES PONTIFES DE l'ÉGLISE, QUE D*ÉTRE CONDAMNÉS A ENTENDRE CITER PLUS SOUVENT LES LOIS HUMAINES QUE LES LOIS DIVINES.

T). Et ne venez pas m'opposer ici ce que dit l' Apôtre : Alors que je n'appartenais à personne^ je me suis fait le serviteur de tous. Ceci est loin de s'appliquer à vous. L'Apôtre s'était-il fait ainsi le serviteur de sessembables pour servir leur ambition dans la recberclie d'un sordide intérêt ? Voyait-on accourir vers lui, de tous les coins du monde, des intrigants, des avares, des simoniaques, des sacrilèges, desconcubinaires, des incestueux, et d'autres pareils monstres à figure humaine, désireux d'obtenir ou de conserver, par son autorité apostolique, les dignités de l'Église ? Non : il s'était réduit en servitude, cet homme qui regardait le Christ comme sa vie et la mort comme un gain, afin de conquérir plus d'âmes h Jésus-Christ, et non de procurer plus de profits à l'avarice.

Vous ne pouvez donc pas vous prévaloir du sage dévouement de Paul, de sa charité aussi indépendante (|ue généreuse, pour autoriserce travail d'esclave auquel vous consumez vos jours. Ah ! il conviendrait mieux à votre titre d'ajïôtre, au repos de votre conscience et aux intérêts de l'Église de Dieu, de prêter l'oreille à ce même Paul, quand il tient ailleurs ce langage: Vous avez été rachetés à un haut prix; n'allez pas vous faire esclaves des hommes ' /

Quoi de plus servile, quoi de plus indigne, surtout du souverain Pontife, que de s'épuiser en efforts, je ne dis pas tous les jours, mais presque à tous les moments, dans de pareils travaux et pour de pareils hommes ? En résultat, quand prions-nous ? quand instruisonsnous les peuples? quand cdîfions-nous l'Église? quand méditons-nous la sainte loi? On entend, il est vrai, chaque jour, les lois retentir dans votre palais ; oui, les lois de Justinien, mais non celles du divin Maître. Cela aussi est-il dans l'ordre ? Prononcez vous-même.

Vous le savez : la loi du Seigneur est une lot

» 1 Cor., IX, 19. — « I Cor., vir, 23.

innocente et pure , qui sanctifie les âmes * ; les autres, au contraire, sont bien moins des lois que des sources de chicanes et de subtilités, qui servent à fausser les jugements des hommes. Vous donc, qui êtes le pasteur et le surveillant des âmes, à quoi pensez-vous, je vous prie, quand vous souffrez que, devant vous, celle-là soit toujours condamnée au silence, tandis qu'on entend comme un bourdonnement continuel de celles-ci ? Je me trompe fort si un pareil désordre ne réveille pas en vous des scrupules. Je pense même que parfois il vous porte à vous écrier vers le Seigneur, avec le Prophète : Les méchants m'ont entretenu de leurs inventions mensongères; mais cela n'a rien de comparable à votre loi •.

Allez donc maintenant, et osez dire que vous êtes libre, alors que vous êtes courbé sous le poids d'un joug si flétrissant, sans qu'il soit en votre pouvoir d'y dérober votre tête. Car, si vous le pouvez et que vous ne le vouliez point, vous êtes bien plus réellement encore l'esclave d'une volonté si perverse. N'est-il pas esclave, en effet, celui que domine l'iniquité? Certes, il l'est plus qu'aucun autre ; à moins que vous ne jugiez plus honteux d'être dans la servitude d'un homme que dans celle d'un vice. Qu'importe que l'on soit esclave volontairement ou contre son gré? Si une servitude imposée par la force inspire plus de compassion, celle que l'on recherche est bien plus misérable. — Et que voulez-vous donc que je fasse ? dites-vous. — Que vous ne vous livriez pas sans réserve à ces occupations. — C'est impossible, répondrez-vous peut-être ; il serait j)lus facile de dire adieu au iK)ntiflcat. — Vous auriez raison, si je vous exhortais à rompre tout à fait avec ces sortes d'occupations ; mais je ne vous demande que de les interrompre.

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