‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 10 sur 124 · A MADEMOISELLE CLAUDINE DE CHASTEL · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE CLAUDINE DE CHASTEL

Le vœu de chasteté : considérations qu*il ùnt faire pour s^ préparer. — Eloge de la sainte chasteté : vertu vraiment céleste, qui consacre à Dieu les âmes et les corps, vouée d'abord par Notre-Dame, et après elle, par toute la troupe des cœurs vierges. — Formule de ce vœu ; il fait de notre corps une sainte relique, un calice consacré.

Annecy, i8 mai 1608.

Madamoyselle,

Je croy que le désir que vous aves de vouer vostre chasteté a Dieu n'a pas esté conceu en vostre ame que premièrement vous n'ayes longuement considéré son importance : c'est pourquoy j'appreuve que vous le faciès, et le jour de Pentecoste mesme (*). Or, pour le bien faire, prenés le loysir les trois jours precedens, de bien préparer vostre vœu par l'orayson, laquelle vous pourres tirer de ces considérations :

Considérés combien la sainte chasteté est une vertu

aggreable a Dieu et aux Anges, ayant voulu qu'elle fust

éternellement observée au Ciel,' ou il n'y a plus aucune

Matt., xxn, 30. sorte de playsirs charnelz ni de mariages *. Ne seres-vous

pas bien heureuse de commencer en ce monde la vie que

( I ) Une des filles de Jean-François de Chastel et de Jacqueline de Bonivard, Claudine de Chastel, avait fait vœu de chasteté, après en avoir conféré par écrit avec le Saint. (Année Sainte de la Visitation, tome IV, p. 108.) Cette particularité et d'autres analogies permettraient de lui attribuer la destination de cette lettre.

Avec ses quatre sœurs, dont Tune, la future Mère Péronne-Marie de Chastel, illustra plus tard les origines de la Visitation, Claudine « avait participé à Texcellente éducation que M"® de la Chambre » (voir ci-après, note (9), p. 38) « donnait à plusieurs personnes de qualité. » Entrée à la Visitation d'Annecy, elle reçut Thabit des mains du Saint, avec le nom de Claude-Cécile, le 36 avril z630, et fit profession le 13 juin 163 1. Elle décéda le 4 avril 1668 au monastère de Chambéry, où elle vint tout d'abord quand il se fonda, comme il lui avait été prédit par le Bienheureux. (Voir sa Vie dans Y Année Sainte^ tome IV, p. 106.)

(3) La Pentecôte tombait cette année le 3^ mai.

Année 1608 19

vous continueres éternellement en l'autre ? Bénisses donq Dieu qui vous a donné cette sainte inspiration.

Considérés combien cette vertu est noble, qui tient nos âmes blanches comme le lys, pures comme le soleil ; qui rend nos cors consacrés et nous donne la commodité d'estre tout entièrement a sa divine Majesté, cœur, cors, esprit et sentimens. N'est ce pas un grand contentement de pouvoir dire a Nostre Seigneur : Mon cœur et ma chair tressaillent de joye en vostre Bonté *, pour l'amour • Ps. Lxxxm, ?. de laquelle je quitte tout amour et pour le playsir de laquelle je renonce a tous autres playsirs ? Quel bonheur de n'avoir point réservé de délices mondaines pour ce cors, affin de donner plus entièrement son cœur a son Dieu!

Considérés que la Sainte Vierge voiia la première sa virginité a Dieu, et après elle, tant de vierges, hommes et femmes. Mais avec quelle ardeur, avec quel amour, avec quelle affection furent vouées ces virginités, ces chastetés ? O Dieu, cela ne se peut dire. Humiliés vous fort devant la trouppe céleste des vierges et, par l'humble prière, suppliés-les qu'elles vous reçoivent avec elles, non pas pour prétendre a les esgaler en pureté, mais au moins afi&n que vous soyes advoûee leur servante indigne, en les imitant au plus près que vous pourres. Suppliés-les qu'elles offrent avec vous vostre vœu a Jésus Christ, Roy des vierges, et qu'elles rendent aggreable vostre chasteté par le mérite de la leur. Sur tout, recommandés vostre intention a Nostre Dame, puis a vostre bon Ange, affin que désormais il luy playse, d'un soin particulier, préserver vostre cœur et vostre cors de toute soûilleure contraire a vostre vœu.

Puis, le jour de Pentecoste, Ihors que le prestre eslevera la sainte Hostie, offres avec luy a Dieu, le Père éternel, le cors pretieux de son cher Enfant, Jésus, et tout ensemble vostre cors, lequel vous feres vœu de conserver en chasteté tous les jours de vostre vie. La forme de faire ce vœu pourroit estre telle :

O Dieu éternel, Père, Filz et Saint Esprit, je N., vostre indigfne créature, constituée en vostre divine présence et

io Lettres de saint {François de Sales

de toute vostre Cour céleste, prometz a vostre divine Majesté, et fay vœu de gfarder et observer tout le tems de la vie mortelle qu'il vous plaira me donner, une entière chasteté et continence, moyennant la faveur et grâce de vostre Saint Esprit. Playse vous accepter ce mien vœu irrévocable en holocauste de suavité, et puisqu'il vous a pieu m'inspirer de le faire, donnes moy la force de le parfaire •Cf Formui.voto- a vostre honneur, par tous les siècles des siècles*.

rum simpl. in Soc. ^ a • ^ r ^ • *. t

jesu usurpatam. Quelques uns escnvent ou font escrire ce vœu, et le

signent; puis le remettent a quelque père spirituel, aflin qu'il en soit comme le protecteur et parrein. Mais bien que cela soit utile, il n'est pas nécessaire. Vous communieres sur cela, et pourres dire a Nostre Seigneur que vrayement il est vostre Espoux.

Mais parles-en a vostre confesseur ; car s'il vous ordonnoit de ne le faire pas, il le faudroit croire, puisque, voyant Testât présent de vostre ame, il pourra mieux juger ce qui est expédient que moy.

Mais, ma bonne Fille, ce vœu estant fait, il faut que vous ne permetties jamais a personne de chatouiller vostre cœur d'aucun propos d'amour ni de mariage ; mais que vous ayés un gprand respect a vostre cors, non plus comme a vostre cors, mais comme a un cors sacré et a une très sainte relique. Et comme on n'ose plus toucher ni profaner un calice après que l'Evesque l'a consacré, ainsy, le Saint Esprit ayant consacré vostre cœur et vostre cors par ce vœu, il faut que vous luy porties une grande révérence.

Au demeurant, je recommanderay le tout a Dieu, lequel sçait que je vous chéris fort affectionnement en luy ; et le mesme jour de Pentecoste, je luy offriray vostre cœur et ce qui en sortira pour sa gloire. Qu'a jamais Jésus soit vostre amour et sa sainte Mère vostre guide ! Amen.

Vostre serviteur en Jésus Christ,

Franc», E. de Genève.

A Neci, le i8 may 1608.

Amkbb 1608 31

CDLV

A MADAME DE LA FLÉCHÉRE ( <

Un moyen commode d^acqnérir les solides vertus : se mettre en patience avec opiniâtreté. — Pour réussir dans les affaires, compter sur Tassistance de Dieu et user d*une douce diligence. — Les affaires de ce monde et les maisonnettes des petits enflants. — La chose la plus importante. — Toujours recommencer : le meilleur moyen pour achever la vie spirituelle.

Annecy, 19 mai 1608.

Je me resouviens que vous me distes combien la multiplicité de vos affaires vous chargeoit ; et je vous dis que c'estoit une bonne commodité pour acquérir les vrayes et solides vertus. C'est un martyre continuel que celuy de la multiplicité des affaires ; car, comme les mouches font plus de peyne et d'ennuy a ceux qui voyagent en esté que ne fait le voyage mesme, ainsy la diversité et la multitude des affaires fait plus de peyne que leur pesanteur mesme.

Vous aves besoin de la patience, et j'espère que Dieu la vous donnera, si vous la luy demandes soigneusement et que vous vous efforcies de la prattiquer fidellement, vous y préparant tous les matins par une application spéciale de quelque point de vostre méditation, et vous opiniastrant de vous mettre en patience le long de la journée tout autant de fois que vous vous en sentires distraite.

Ne perdes nulle occasion, pour petite qu'elle soit, d'exercer la douceur de cœur envers un chacun. Ne vous confiés pas de pouvoir reuscir en vos affaires par vostre industrie, ains seulement par l'assistance de Dieu ; et partant, reposés vous en son soin, croyant qu'il fera ce qui sera le mieux pour vous, pourveu que, de vostre costé,

( I ) Les conseils précis de cette lettre et d'autres particularités historiques, connues d'ailleurs, persuadent que cette dame est très vraisemblablement la destinataire.

32 Lettres de saint François de Sales

vous usies d'une douce diligence. Je dis douce diligence, parce que les diligences violentes gastent le cœur et les affaires, et ne sont pas diligences, mais empressemens et troubles.

Mon Dieu, Madame, nous serons bien tost en Teternité, et Ihors nous verrons combien toutes les affaires de ce monde sont peu de chose et combien il importoit peu qu'elles se fissent ou ne se fissent pas ; maintenant, néanmoins, nous nous empressons comme si c'estoyent des choses grandes. Quand nous estions petitz enfans, avec quel empressement assemblions nous des morceaux de tuyles, de bois, de la boue, pour faire des maysons et petitz bastimens ! Et si quelqu'un nous les ruynoit, nous en estions bien marris et pleurions ; mais maintenant nous connoissons bien que tout cela importoit fort peu. Un jour nous en serons de mesme au Ciel, que nous verrons que nos affections au monde n'estoyent que de vrayes enfances.

Je ne veux pas oster le soin que nous devons avoir de ces petites tricheries et bagatelles, car Dieu nous les a commises en ce monde pour exercice ; mais je voudrois bien oster l'ardeur et la chaleur de ce soin. Faysons nos enfances, puisque nous sommes enfans ; mais aussi, ne nous morfondons pas a les faire. Et si quelqu'un ruyne nos maysonnettes et petitz desseins, ne nous en tourmentons pas beaucoup ; car aussi, quand ce viendra le soir auquel il se faudra mettre a couvert, je veux dire la mort, toutes ces maysonnettes ne seront pas a propos : il faudra •Cf. Ps. cxxi, 1. se retirer en la mayson de nostre Père *. Soigfnés fidellement a vos affaires, mais saches que vous n'avés point de plus dignes affaires que celuy de vostre salut et l'acheminement du salut de vostre ame a la vraye dévotion.

Ayés patience avec tous, mais principalement avec vous mesme ; je veux dire, que vous ne vous troublies point de vos imperfections et que vous ayes tous-jours courage de vous en relever. Je suis bien ayse dequoy vous recommences tous les jours : il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle que de tousjours recommencer et ne penser jamais avoir asses fait.

Année i6od 23

Recommandés moy a la miséricorde de Dieu, laquelle je supplie de vous faire abonder en son saint amour. Amen. Je suis

Vostre serviteur bien humble,

Franc*, E. de Genève.

Le 19 may 1608.

CDLVI

A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET, ÉVÊQUE ÉLU DE MONTPELLIER

(lirBDITB)

Eloge de des Hayes, « le grand amj » de Pierre Fenouillet et de l'Evéque de Génère. — C'est surtout sur les petits lacs d'eau douce que la barque du Saint se plait à voguer.

Annecy, 2} mai 1608.

Monsieur,

Je cours après vous par ces deux motz pour vous rendre grâces de la faveur que vous me faites, si abondamment tesmoignee par vostre lettre. J'escrivis il y a quinze jours a nostre grand amy *, et luy addressay une lettre •Epist.cDxux,cDL. pour Sa Majesté, que je remerciois, suivant le conseil que vous me donnes avant que je l'eusse receu ; tant mon affection, qui est vostre, a de pouvoir de tirer mon esprit a quelque conformité du vostre, duquel, en toutes parties, il est au demeurant inférieur.

Je m'esjouis d'une joye toute particulière sur Tadvancement de ce digne amy ( ^ ), duquel le mérite se fera tousjours plus paroistre en montant, comme fait le soleil ;

( I ) Henri IV avait promis à des Hayes la charge de prévôt des marchands de Paris. A la mort du roi, cette promesse fut maintenue par la reine. En 161 3, le roi Louis XIII la lui faisait encore. Antoine des Hayes occupa-t-il enfin la prévôté ? François Miron la remplit jusqu'en 1609.

24 Lettres de saint François de Sales

et ce grand Roy, qui le tire après sa prouvoyance, le portera sans doute bien plus haut.

Pour Ihonneur que Sa Majesté me fait, je l'admire d'autant plus que je ne vois rien en moy qui n'en soit extrêmement indigfne, et ne doute point que vostre bienveuillance en mon endroit et celle de nostre amy ne soyent le seul vent qui enfle la voyle de ma barque pour la porter en cette haute mer, en laquelle, si Dieu me fait passer, ce ne sera pas sans un grand danger, puisqu'elle n'est pas pour les eaux salées de l'Océan, mais pour nos petitz lacs d'eau douce.

Monsieur vostre cousin m'arrache cette lettre d'entre les mains, car il veut partir et il est tard. Nostre Seigneur vous prospère, Monsieur, et je suis extrêmement,

Vostre serviteur très humble,

Franc», E. de Genève.

23 may 1608.

Revu sur une copie déclarée authentique, couienrée à la Visitation de MontpeUier.

CDLVII

au PÉRB JEAN COMBS, RELIGIEUX AUGUSTIN (O

Différend entre les chanoines du Chapitre de Saint-Pierre et les Augustins de Seyssel ; pour le régler, une entrevue est proposée par le Saint. — Assurance d'affectueux dévouement.

Annecy, 24 mai 1608.

Mon Révérend Père,

Les sieurs chanoynes de mon Eglise s'accommodent fort volontier au désir que j'ay de vous voir bien ensemble-

( I ) Jean Cornes, né i Seyssel (France), entra dans l'Ordre des Augustins et s y distingua. D*esprit fort cultivé, docteur en théologie de Sorbonne, provincial de France en 1386, lecteur et prédicateur de l'église de la Bienheureuse

Annéb 1608 a;

ment avec eux, par un appointement amiable de tous les diflferens qui sont entre vous ( 0 . Il ne reste sinon de convenir du tems, du lieu et des personnes convenables a cett'intention ; sur quoy je vous prie m'envoyer quelque proposition et projet, affin que, de nostre costé, nous taschions de concourir a vostre commodité. Et ne doutant point que messieurs vos Religieux n'affectionnent ce parti paysible et plus sortable a nos vocations, je tiens des-ja Tappointement pour fait, bien que, puisque vous le désirés, le procès ne se retarde point encor, lequel néanmoins il sera bien raysonnable de sursoyer quand le jour sera marqué entre nous ; ce qui sera bien tost, si vous nous envoyés vostre intention pour ce regard.

Quant au fermier du prieuré de SesseK»), sil a quelque chose a demesler pour son particulier avec vostre Couvent, mon Chapitre n'y peut pas remédier. Que si c'est a rayson de la cure, je puis y donner de l'ordre moy mesme, et le feray tous-jours convenablement quand il vous plaira.

Et pour le regard des paroles desreglees desquelles vous vous plaigfnés, nos chanoynes nient qu'elles soyent sorties de leur Chapitre, et disent qu'au contraire on leur

Marie d*Aix, provincial de Narbonne en 1587, U devint le 6 août 1591 vicaire des convents de Béziers, Montpellier, etc., et en 1690 la Province de Toulonie renvoyait à Rome comme définiteur, au Chapitre général. Christine de Lorraine, grande-duchesse de Toscane, le prit en 16x6 pour son théologien consulteur et pour son confesseur en 1633.

Il publia en 1636, à Florence, la Vie de saint Fiacrt^ Bénédictin. D*après une citation de Moréri, Jean Cornes aurait vécu encore trente ans et serait mort à Sejssel, en odeur de sainteté, à Tâge de cent onze ans. (Voir les Histoires de l'Ordre, Herrera, Elssius, Ossinger, etc.)

(i) Titulaire de la cure de Seyssel depuis 1579, le Chapitre de la cathédrale de Saint-Pierre de Genève en percevait les revenus, à condition de pourvoir à Tadministration spiritueUc de la paroisse. Il voulait obliger les Augustins k payer le prédicateur du Carême, sous prétexte que certaines dîmes leur avaient été concédées à cet effet ; mais les Religieux entendaient laisser cette charge au curé, c'est-à-dire aux chanoines d'Annecy. Tel est, semble-til, le différend qui provoqua l'intervention du saint Evèque. (Cf. Fenouillet, Histoire de Seyssel, Annemasse et Seyssel, 1891.)

(s) Le prieuré des Brmites de Saint-Augustin de Seyssel datait de 1397. Ce couvent eut à soutenir au xvi* et au xvii* siècle de longs et nombreux procès avec des gens d'église et des particuliers. Le dernier prieur devint en iSos curé de Seyssel; l'église du monastère a subsisté jusqu'en 18)4. (Cl ibid.)

36 Lettres de saint François de Sales

a donné advertissement que vos Religieux en avoyent asses proféré contr'eux. Mais les causes estant ostees, tous ombrages, soupçons et rapportz cesseront, et, comme nous devons, et Tun et Tautre des cors s'entretiendront par une sainte charité a coopérer l'un a l'autre pour le * Colosf., I, i8. service du cors gênerai de Jesuschrist qui est l'Eglise *.

Je me res-jouis que vos Religfieux ayent pris en bonne part l'advis que je vous donnay ; aussi le devoyent-ilz faire, puisqu'il sortoit d'une poitrine sincèrement affectionnée a leur bien et honneur, comme je seray tousjours plein de ce désir. Je prie sa divine Majesté qu'elle nous rende tous dignes du service auquel nous avons esté appelles, et suis, en ce qui regarde vostre particulier,

Mon Révérend Père,

Vostre confrère bien humble,

Franc», E. de Genève, 24 may 1608, a Neci.

Au R. P. en N. S', Le P. Maistre Cornes» Bachelier en TUniversité de Paris. Aux Augustins de Sessel.

Revu sur TAutographe appartenant à M. le comte de Maistre, au châtean de Bissj, près de Chambéry.

CDLVin

A MADAME DE LA FLÉCHÉRE

Deux choses quHl faut joindre ensemble. — Comment reprendre son cœur qnand il a failli.

Annecy, 38 mal 1608 (i).

Madame,

Il est vray, je désire fort que quand vous penseres tirer de la consolation en m'escrivant, vous le faciès avec confiance.

( I ) Les analogies de cette lettre avec la lettre dn 8 avril trahissent la mdme destinataire, et l'appellation de Madame ne permet pas de lui donner une date ultérieure. Pins tard, le Saint ne TappeUe plus ainsi.

Ankéb 1608 37

Il nous faut joindre ces deux choses ensemble : une extrême affection de bien et exactement prattiquer nos exercices, tant de Torayson que des vertus, et de nullement nous troubler ou inquiéter ou estonner, s'il nous arrive d'y commettre des manquemens ; car le premier point dépend de nostre fidélité, qui doit tous-jours estre entière et croistre d'heure en heure ; le second dépend de nostre infirmité, laquelle nous ne sçaurions jamais déposer pendant cette vie mortelle.

Ma très chère Fille, quand il nous arrive des defautz, examinons nostre cœur tout a l'heure et demandons-luy s'il a pas tous-jours vive et entière la resolution de servir a Dieu ; et j'espère qu'il nous respondra qu'ouy et que plustost il souffriroit mille mortz que de se séparer de cette resolution. Demandons-luy de rechef : Pourquoy donques bronches tu maintenant ? pourquoy es tu si lasche ? Il respondra : J'ay esté surpris je ne sçai comment, mais je suis ainsy pesant maintenant.

Helas ! ma chère Fille, il luy faut pardonner ; ce n'est pas par infidélité qu'il manque, c'est par infirmité. Il le faut donques corriger doucement et tranquillement, et non pas le courroucer et troubler davantage. Or sus, luy devons-nous dire, mon cœur, mon amy, au nom de Dieu, prens courage ; cheminons, prenons garde a nous, eslevons nous a nostre secours et a nostre Dieu. Helas ! ma chère Fille, il nous faut estre charitables a l'endroit de nostre ame, et ne la point gourmander tandis que nous voyons qu'elle n'offense pas de guet a pens. Voyes vous, en cet exercice, nous prattiquons la sainte humilité.

Ce que nous faysons pour nostre salut est fait pour le service de Dieu, car Nostre Seigneur mesme n'a fait en ce monde que nostre salut. Ne désirés point la guerre, mais attendes la de pied coy.

Nostre Seigfneur soit vostre force. Je suys en luy,

Vostre très affectionné serviteur,

Franc», E. de Genève.

Le 28 may, en haste.

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