‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 11 sur 124 · A MADEMOISELLE CLAUDINE DE CHASTBL · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE CLAUDINE DE CHASTBL

Dieu protège les vœux qa'il a inspirés. — Il n*est pas toujours possible ni k propos de fuir, mais il est toujours nécessaire de combattre avec opiniâtreté. — Les afflictions qui aident à bien servir Dieu. — Conseils pour l'oraison. — Bonheur de s*ètre consacré à Notre-Seigneur.

Annecy, [fin mai ou commencement de juin] 1608 ( i), Madamoyselle,

• Cf. supra, p. 30. Je garderay chèrement le billet de vostre vœu * et Dieu en gardera la fermeté ; il en a esté Tautheur, il en sera le conservateur. Je feray souvent pour cela la prière de

•Confcss., 1. XII, saint Augustin* : Helas ! Seigneur, voyla un petit poussin esclos sous les aysles de vostre gprace : s'il s'escarte de l'ombre de sa mère, le milan le ravira ; faites donq qu'il vive a la faveur et a Tabry de la grâce qui Ta produit. Mais voyés-vous, ma Seur, il ne faut pas seulement penser si cette resolution sera perdurable ; il faut tenir cela pour si certain et résolu, que jamais plus il n'en soit doute. Vous m'obliges bien fort de me dire les deux motz que vous m'escrives de vos inclinations ; sur lesquelz je vous dis que nos affections, pour petites qu'elles soyent, deschirent nostre ame quand elles sortent mal a propos. Tenés-les en main et n'en faites pas peu de conte, car elles valent beaucoup selon le poids du sanctuaire.

Le désir de vous esloigner des causes n'est pas a propos au train auquel nous sommes (3), car il fait abandonner

( I ) Pour Tadresse et la date de cette lettre, voir celle du z8 mai (p. 18) et la note qui raccompagne. Les deux lettres s'adressent à la même personne et ont dû se suivre de près.

(s) Au dire de V Année Sainte , tome IV, pp. 107, zoS, Claudine de Chastel (voir ci-dessus, note ( i }, p. 18) eut à souffrir sous la conduite « sévère et fort parcimonieuse » de M"* de la Chambre, très probablement Marguerite de Seyssel-la-Chambre, fille de Jean de Seyssel et de Barbe d^Amboise, ancienne fille d'honneur de Catherine de Médicis. Elle s'était fixée à Chambéry, où elle mourut le »S juin 1614. (Cf. La Maison de Seyssel, tome I**"; Grenoble 1900.)

Année 1608 ^9

le vray soin de combattre. Or, ce dernier nous est nécessaire, tandis que le premier est impossible. Et puis, ou il n'y a pas danger de péché mortel, il ne faut pas fuir, mais vaincre tous nos ennemis et s'y opiniastrer sans perdre courage, bien que nous soyons quelquefois vaincus.

Ouy vrayement, ma chère Fille, attendes de moy tout ce que vous pouves attendre d'un vray père, car j'ay certes bien cette affection la pour vous ; vous le connoistres au progrès, si Dieu m'assiste.

Or sus donq, ma bonne Fille, vous voyla affligée comme il faut pour bien servir Dieu, car les afflictions sans abjection enflent bien souvent le cœur en lieu de l'humilier ; mais quand on a du mal sans honneur, ou que le deshonneur mesme, l'avilissement et l'abjection sont nostre mal, que d'occasions d'exercer la patience, l'humilité, la modestie et la douceur de cœur I Le glorieux saint Paul s'esjouyt, et d'une humilité saintement glorieuse, dequoy il est, avec ses compaignons, estimé cornme les ballieures et racleures du monde *. • i cor., !▼, 13.

Vous aves, ce me dites vous, encor le sentiment fort vif aux injures. Mais, ma chère Fille, cet encor a quoy se rapporte-il? En aves vous des-ja beaucoup gasté de ces ennemis-la ? Je veux dire qu'il faut avoir courage et bonne opinion de faire mieux dores-en-avant, puisque nous ne faysons que commencer et que néanmoins nous avons désir de bien faire.

Pour vous rendre fervente en l'orayson, desirés-la bien fort, lises volontier les louanges de l'orayson qui sont semées en beaucoup de livres : en Grrenade *, au commen- •Vidctom.XIIhnj. cément de Bellintani ♦ et ailleurs; car l'appétit d'une MÎem/iÔMéjr* viande fait qu'on s'entend fort a la manger.

Vous estes bien heureuse, ma Fille, de vous estre voùee a Dieu. Souvenes vous de ce que fit saint François quand son père le mit a nud devant TEvesque d'Assise * : •s.Bonav.,Lcgend. « Maintenant donques, dit il, je pourray bien dire : Nos- ^' ^'*°^' ^- "• tre Père qui estes es deux ♦. » Mon père et ma mère, • Matt., n, 9. dit David ♦, m'ont abandonné, et le Seigneur m^a • Ps. xxti, 10. pris a soy.

Ne me faites point de préface pour m'escrire, car il

30 Lettres de saint François de Sales

n'est nul besoin de cela, puisque je suis avec tant de volonté dédié a vostre ame. Dieu la bénisse de ses grandes bénédictions et la rende toute sienne. Amen.

Franc», E. de Genève.

CDLX

AU cardinal pompée arrigoni, secrétaire DU saint-office (0

(miicutb]

Le Saint demande au Saint-Siège le renouvellement de plusieurs permissions qui doivent faciliter son ministère et celui de ses prêtres.

Annecy, lojuin 1608.

(a) Illustrissime et Reverendissime Domine mi colendissime,

Mihi ac aliis viris idoneis a me deputandis, quoscumque haereticorum seu alias prohibitos Hbros legendi et retinendi, necnon haereticos, etiam relapsos, pœnitentes

Illustrissime, Reverendissime et très honoré Seigneur, 11 y a déjà longtemps, la Sacrée Congrégation m'avait accordé, pour moi et pour d*autres personnes que je jugerais capables, la faculté et la plus ample autorisation de lire et de garder les ouvrages

(i) Toutes les permissions sollicitées dans cette supplique ayant trait aux questions de foi, relevaient exclusivement du Saint-Office ou Sacrée Congrégation de rinquisition, instituée par le Pape Paul III le 31 juillet 1543. C'est le Souverain-Pontife lui-même qui préside ce tribunal suprême. Le cardinal le plus ancien dans la Congrégation remplit les fonctions de secrétaire ; en x6o8, elles étaient exercées par le cardinal Pompée Arrigoni, du titre de Sainte-Marie in Aquiro^ et c'est lui, probablement, qui est le destinataire de la présente lettre. (Voir le tome XII, note ( i), p. 3.)

(3) Le texte latin est inédit; Migne, tome VI, col. 941, n'en avait donné qu'une traduction.

Année 1608 31

recîpiendi, ac însuper sacerdotes, qui ecclesias ac cœmeterîa poUuta ac omnia ornamenta ad divînum cultum necessaria benedîcere possint deputandi, matrimonia în quarto affinitatis vel consangfuînitatîs gfradu ab hsereticîs conversis revalidandi, vota simplicia commutandi, pugnantes in duello absolvendi, facultatem ac authoritatem amplissimam, ad quinquennium, Sacra Congpregatîo jampridem concessit. Verum mihi pluribus aliis cogfitatîonibus intento, accidit ut temporis illius spatium elaberetur antequam de nova facultate impetranda memoriae occurreret. Quod ubi cognovi, non diutius immorandum duxi quin («) humillimis praecibus a Dominatione Vestra 111"' et R"* contenderem ut mihi eadem facultas, et per longius temporis spatium, si qua fieri possit ratione, concedatur ( O. Petitionis ratio est quia plerosque adhuc in diocâesi habemus haereticos qui quotidie, tum publicis concionibus, tum privatis coUoquiis, ad Ecclesiae caulas redeunt, et quia comînus, non solum cum haereticîs, sed cum haereticorum magistris pugnare, et mihi interdum et aliis

des hérétiques quels qu'ib fussent, et aussi les livres défendus à un autre titre, de recevoir les hérétiques pénitents, même les relaps, de déléguer des prêtres pour réconcilier les églises et les cimetières pollués et pour bénir tous les ornements nécessaires au culte divin, de revalider les mariages que les hérétiques convertis auraient contractés dans le quatrième degré d*affinité ou de consanguinité» de commuer les vœux simples et d'absoudre les duellistes. Ces pouvoirs étaient pour cinq ans ; mais, absorbé par beaucoup d'autres pensées, j'ai laissé écouler cet espace de temps sans songer à demander de nouvelles permissions. Dès que je m'en suis aperçu, je me suis hâté de recourir à Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, pour la prier très humblement de m'accorder les mêmes facultés et, s'il se peut en quelque manière, pour un temps plus long ( x ).

Voici les raisons de ma supplique. Des hérétiques que nous avons encore dans le diocèse, le plus grand nombre reviennent chaque jour

(a) çuin — f pressissimis J

(i) Voir à TAppendice I, le texte de la permission qui fat accordée le 17 juillet suivant, et le tome II de notre Edition, p. 43;.

3^ Lettres de saint François de Sales

etiam per diocaesim concionatoribus i^) contingit, quod sine prohibitorum librorum lectione vix fieri posse, («) nemo peritus dixerit. Cœterum, quo fructu hactenus ea facultate usi fuerimus, illud satis testatum faciet quod hominum et mulierum hœreticorum multa millia, istis duodecim annîs novissime elapsis, partim meo, partîm alîorum ministerio, haeresim abjurarunt et in Catholicse Ecclesiae gremium per Dei gratiam (<^) reversi sunt.

Quapropter, nobis ne hujusmodi facultas desit, lUustrissimam et Reverendissimam Dominationem, per ani- • I Pétri, II, uit. marum supremum Episcopum * et Salvatorem, et Apostolicam quam in terris stabilivit Sedem, obtestor.

Necii Gebennensium, x Junii 1608.

Reyn sur TAntographe conservé i la Visitation d'Annecy.

au bercail de TEglise, tant par Teffet des prédications publiques que des entretiens privés. De plus, il m'arrive, comme aussi aux autres prédicateurs, d'avoir à combattre de près à travers le diocèse, non seulement les hérétiques, mais aussi les ministres ; or, de telles discussions sont presque impossibles si l'on n'a pas lu les ouvrages prohibés. Tout homme compétent le certifiera. D'ailleurs, le profit que nous avons retiré de cette faculté ressort assez clairement de ce fait, que plusieurs milliers d'hommes et de femmes, dans ces douze dernières années ont abjuré l'hérésie, en partie par mon ministère, en partie par celui des autres, et sont rentrés par la grâce de Dieu dans le sein de l'Eglise Catholique.

C'est pourquoi, je supplie Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie de vouloir bien proroger en ma faveur cette permission. Je vous le demande au nom de VEvèque souverain et Rédempteur des âmes, et du Siège Apostolique qu'il a établi sur la terre.

A Annecy en Genevois, 10 juin 1608.

(b) concionatoribus — pneccsse est... J

(c) fieri posse t — T certum est... J

(d) Dit gratiam — T redierunt J

Année 1608 33

CDLXI

A LA BARONNE DE CHANTA L

Il faut aimer Vattente que Dieu impose à Taccomplissement de nos désirs. — Projet de voyage eo Bourgogne. — Le sacre de TEvéque de Lausanne. — Le Saint aimé de « beaucoup de boas veillars. » — Pensées qui lui sont venues quand il faisait oraison. — « Il faut bien que les filles soyent un petit jolies. » — Portrait du P. de Monchy. — Le Frère Matthieu. — Pour se mêler d*ezorcismes, il ne faut pas être trop crédule. — Les femmes et le culte ; la part qu'elles peuvent y prendre. — Retour d'apostats. — Nouvelles et messages. — M°*« de Charmoisy « chemine fort bien. »

Annecy, 25 juin 1608.

C'est encor vitement que je vous escris a cett'heure, ma chère Fille, que j'aime tendrement et incomparablement en Nostre Seigneur. J'ay receu vos deux lettres du 24 may et 8 juin, et en toutes deux je voy ce grand désir de vostre retraitte et tranquillité. J'en ay un, je pense, bien aussi fort, mais il faut attendre que Dieu le veuille. Je dis quil faut l'attendre bien doucement et amoureusement ; je veux dire, quil faut aymer cett'attente, puisque Dieu la veut.

J'attens que Ton m'assigne le tems auquel je devray aller au conté de Bourgoigne pour consacrer Monsieur TEvesque de Lausanne (0, car un gentilhomme qui manie cet affaire (») m'a asseuré que j'y seray appelle ; et cela estant, de la j'iray infalliblement vers vous, et verray le reste des alliés de delà, chacun chez soy, sinon peut estre ceux de Dijon ou je ne pourray peut estre pas aller, de peur de m'engager en un lieu d'où je ne pourroys pas

( I ) Jean de Wattevillc, fils de Nicolas de Watteville, baron do Versoix, an pays de Gex, élu évéque de Lausanne le 31 novembre 1607, était déjà Abbé de la Charité au comté de Bourgogne. Il fut sacré par rArchevôque de Besançon, et seulement le 18 avril 1610; la Gallia Chrtstiana (Ecclesia Lansannensis) vante son zèle et ses vertus. Il mourut le 3a juillet 1649. ^^ document daté du 36 janvier 1647 et signé de son nom, atteste la vénération qu'il professait pour la sainteté de l'Evéque de Genève.

(3) Serait-ce le baron de Watteville, qui semble avoir séjourné à Annecy en 1608 ?

• LeTTKES IV 1

34 Lettres de saint François de Sales

sortir si tost qu'il seroit requis, sans laisser beaucoup de mes [fonctions] a faire. Mais nous y penserons, et si je ne suis pas appelle a ce sacre, je treuveray quelqu'autr'expedient. Hier nous en parlions, mon frère de Groysi (0 et moy ; car, comme vous desires, il sera de la partie. J'espère que Dieu nous fera la grâce de treuver monsieur vostre beaupere plein de vie, et ce me sera une consolation incredible de le pouvoir entretenir. Je m'imagfine que je le gouverneray paysiblement, non obstant la disparité de nos eages, car beaucoup de bons veillars m'ont aymé. Je Thonnore de tout mon cœur, et ce jourdhuy je m'en vay luy appliquer le saint Sacrifice de l'autel, ou j'auray particulière mémoire de nos filles que je chéris tendrement.

Quant a vous, je sçai bien que vous aves nom Jane, et que toute cet'octave vous penses que je vous recommande a ce glorieux Praecurseur. Vrayement, l'autre jour (ce fut samedy) je faysois Torayson sur la grandeur de l'amour que Nostre Dame nous porte. Entr 'autres choses, il me vint en l'esprit ce qui est dit de Bala, servante de Rachel, qu'ell'enfantoit ses enfans sur les genoux et dans le gfiron de sa dame, et les enfans n'estoyent plus siens, mais de Gen., XXX. Rachel sa dame * ; et me sembloit que si nous mettions,

par une juste confiance, nos cœurs et nos affections sur les genoux et dans le giron de Nostre Dame, qu'ilz ne seront plus nostres, mais a elle : cela me consoloit beaucoup. A la fin, je me mis a luy remettre non seulement ces enfans de mon cœur, mais aussi le cœur de mes enfans et mes enfans de cœur. Penses, ma chère Fille, si vous estes du nombre et en quel rang je vous y mettois. O Dieu j'avois une certaine chaude suavité a vous colloquer dans ce giron sacré et dire a Nostre Dame : Voyla vostre fille, de laquelle le cœur vous est entièrement voué. Je ne sçaurois pas dire ce que mon cœur disoit, car, comme vous sçaves, les cœurs ont un langage secret que nul n'entend qu'eux. Il m'est venu de vous dire cela et je vous l'ay dit.

( i) Bernard de Sales (voir le tome précédent, note (x), p. 307).

Année 1608 35

Je demanday voirement a Jan (0 si nostre chère Marie bienaymee portoit le moule, mais je n'y entendois nul mal ; car vous sçaves bien que j'ayme les testes bien moulées, et si cette petite teste est moulée par la vostre, je l'en cheriray davantage. Que voules vous ? il faut bien que les filles soyent un petit jolies.

Le Père de Monchi (») vous fut envoyé, tout ainsy que je vous escrivis : c'est a dire, Thibaut (3) luy parla d'aller servir vostre chapelle, et puis ilz m'en parlèrent ; et me resouvenant que vous aviés peyne d'en treuver, je consentis qu'il allast et vous escrivis. Je veux dire que vous ne permetties point que monsieur vostre beaupere en soit importuné, sil n'est pas a propos pour ce service la. Je luy escris qu'il oste hardiment cet habit et qu'il prenne un habit de prestre séculier, puisque Nostre Seigneur n'a pas voulu qu'il demeurât en lieu ou cet habit fut convenable. Il est admirable en ces affections auxquelles, comme vous voyes, il s'abbandonne totalement, et n'est importun qu'a force d'affectionner. Au demeurant, il est fort désireux de servir Dieu. Il a pourtant bien un peu tort de vouloir exhorter, car il n'en a pas le talent, ce me semble. Mais il n'y a remède, il faut supporter un peu d'indiscrétion en son zèle. Je ne laisseray pas de luy en

( I ) Sans doute un serviteur de la famille de Sales.

(3) Le P. de Monchy, qui avait pour « exhorter » plus de bonne volonté que de talent, était un Religieux du Tiers-Ordre de saint François. Après avoir desservi la chapelle du château de Monthelon, il aurait désiré être le confesseur de la Congrégation, lorsque la baronne de Chantai se rendit en Savoie en 16x0 pour Vy établir. Son désir n'ayant pas été agréé, il resta en Bourgogne auprès de M. de Chantai pour veiller sur ses derniers jours et Taider à mourir chrétiennement. Ce bon ermite avait souvent confessé à Monthelon la Baronne et la future Mère de Bréchard, et « leur ordonnoit souvant le jeune et la discipline. » C'est lui qui prêta aux premières Religieuses de la Galerie « sa chapelle, qui consistoit à deux chasubles, un parement de lacis, des napes, chandelliers, cierges, une cloche et quantités de petits anges de gis et de carton, dont on paroit l'autel aux grandes festes. » Mais environ un an après, il fallut la lui rendre ; il consentit toutefois i vendre la cloche avec quatre chandeliers de bois. Qpant à l'argent, il ne voulut pas le toucher ; la Sœur de Bréchard dut le mettre dans sa manche. La petite scène fut contée à la Sainte qui était malade, et sans doute elle y trouva un sujet de récréation. (Cf. Histoin de la Galerie,)

(3) Pierre Thibaut (voir le tome précédent, note (i), p. 365, et ci-après, ?• 44).

}6 * Lettres de saint François de Sales

escrire. Je ne sçaurois me courroucer avec ceux qui vont simplement.

Le Frère Mathieu (0 fera bien de s'en aller. Je ne me resouvins pas de vous escrire que ce bon Père (*) a une certaine inclination aux exorcismes, laquelle ne me plait point, car il est trop simple et crédule pour cela. Si par fortune il s'en vouloit mesler, ou mesme qu'il parlast beaucoup de ce sujet-la, dites luy que je vous ay défendu de vous entretenir de ces choses-la et de vous en mesler, ni personne qui soit avec vous ; car ce sont des discours auxquelz il s'engage plus avant quil ne faut. Le bonhomme m'escrit que je luy die sil fera la vie active ou la contemplative, ou toutes deux. Vous voyes bien sil est simple ; je luy escris quil face la vie douce et dévote. Il est fort entendu aux cas de conscience, pour le peu de doctrine qu'il a ; mais par ce qu'il n'a pas le discernement si délicat quil seroit requis, ne vous amusés point a ses advis. Vous pourres donq vous confesser a luy, et les autres, et tout. Quant aux cantiques, je vous asseure que je n'ay pas tant de loysir que d'en faire ; il m'en a veu peut estre de ceux de M. de Lacurne ( 3 ), et il a pensé que ce fussent des miens.

Je vous ay des-ja escrit que vous pouvies accommoder les corporaux après que le prestre les auroit lavé en deux eaux, et qu'il n'est pas besoin de les rebenir pour s'en servir après. Il ne faut pas que les femmes ni les filles mînistrent a l'autel, mais elles peuvent bien respondre ; c'est a dire, elles ne doivent pas ni prendre le livre ni donner les burettes. Je vous avois des-ja bien escrit ceci, je ne sçai comme vous n'aves pas receu les lettres.

J'ay fait ces jours passés une course a Thonon pour recevoir des habiles hommes ecclésiastiques qui s'estoyent mis entre les huguenotz par desbauche. Helas, quelle cheute avoyent ilz faite ! Ce m'a esté une grande consolation de les voir revenir entre les bras de l'Eglise, avec grande violence qu'ilz se sont faite pour cela. Helas, ilz

( X ) Voir le tome précédent, note ( 3 ), p. i88.

( 3 ) Le P. de Monchy.

{}) Voir le tome précédent, note (3), p. 36).

estoyent Religfieux ( O, et Tun estoit Jésuite (*). La jeunesse et vaine gloire et la chair les avoient emportés en cet abisme contre leur propre conscience. Le Jésuite sur tout, me racontant sa cheute, me faysoit grande pitié, et dautant plus de joye de sa constance a revenir. O Dieu, quelle grâce ay-je receue d'avoir esté tant de tems, et si jeune et si chetif, parmi les haeretiques, et si souvent invité par les mesmes amorces, sans que jamais mon cœur aye

(i) Pierre Gillette, né à Levens dans le comté de Nice, Religieux des Frères Mineurs de TObservance, avait quitté le bercail de TEglise, entraîné, comme son malheureux compagnon d*apostasie, par de vulgaires convoitises. Après un séjour i Lausanne, touché de repentir, il fut reçu dans la communion catholique «'devant le grand autel de Teglise de la Saincte Maison de Tonon, » le même jour que Claude Boucard (t). Le charitable Evèque ne se contenta pas de rétablir le converti dans Tétat ecclésiastique. Nous savons que Pierre Gillette, déjà vice-préfet en 1609 de la Sainte-Maison de Thonon, en fut constitué économe général par un bail sig^é i Thonon le 37 mars de la même année, et quHl devint, le a8 juillet 1610, recteur et économe du prieuré de Saint-Jeoire, près Chambéry. (D'après Charles-Auguste, Histoirg, etc., liv. VII, et les 110/^5 dg M, le chanoine Lavancky, cnri-arckipritre de Thonon,)

(3) Né à Verdun en 1567, Glande Boucard entra jeune encore dans la Compagnie de Jésus. Vers 1590, on lui confia la chaire de philosophie du célèbre collège de Clermont, k Paris ; Pierre de Bérulle fut Tun de ses auditeurs. Professeur de théologie en 1595 à l'Université de Pont-à-Mousson, reçu docteur Tannée suivante, le brillant professeur promettait une belle carrière, mais le succès le grisa. Frivole, il se laissa entamer par la vaine gloire, et son cœur sensuel, qu'une vie de tiédeur rendait plus vulnérable encore, sembla le préparer i toutes les chutes. Désabusés, ses supérieurs l'envoyèrent k Rome, mais U s'enfuit en Suisse. Là, il apostasia et, comme il arrive d*ordinaire, après avoir renié sa foi, il profana ses voeux. Pris de remords, après huit ans passés à Lausanne dans l'enseignement de la philosophie et des arts libéraux, il finit par écouter les pressantes objurgations de son ancien élève, déjà illustre, M. de Bérulle (cf. ci-après. Lettre cdlxv), et vint tout repentant se jeter entre les bras de saint François de Sales, alors à Thonon. Le 15 juin 1608, le pauvre transfuge fit son abjuration, mais il retomba bientôt après. Avec une indécourageable mansuétude, le Saint, pendant le Carême qu'il prêchait à Grenoble en 1617, releva une fois encore ce pitoyable pécheur. Pourvu d'un honnête bénéfice par les soins du miséricordieux Prélat, il passa le reste de ses jours à Annecy. Il y mourut, dit Michel Favre (Process, remiss, Gebenn, (I), ad art. 37), « en très bon catholique. » L'histoire de ce personnage nous intéresse fort peu aujourd'hui, mais au xvii* siècle, elle fit grand bruit en France et à l'étranger, et désigna à la gratitude et à la vénération des catholiques le grand convertisseur de la Savoie. (Cf. Abram-Carayon, V Université de Pont-à» Mousson (Paris, 1870), liv. V; Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. VII, IX.)

( 1 ) Le récit de cette conversion fut puMié. « DectsrMtion de la Profusion dtfoy de Pierre Giëette, Prestre de Nùe en Provence, avec les raisons qui l'ont r*appelU à l'Eglise Romaine ; livret imprimé à Tonon, par Marc de U Rue, l'an mille six cents et huict. Chacun en peut avoir, n (Charles-Auguste, Histoéret ete., Ta^le des Preuves^ n* a8.)

38 Lettres de saint François de Sales

seulement voulu regarder ces infortunés et malheureux objetz ! Bénite soit la main débonnaire de mon Dieu qui m'a tenu ferme dans cet enclos.

Le bon curé de Bon (O, duquel vous me parles, me demanda de vostre santé et vous honnore d'un honneur particulier. A mon retour, je vis ma mère et fus deux jours avec elle, et, de trois motz, les deux furent de vous et de nostre chère Aymee. Ma seur de Mayrens (*) me fit promettre de vous saluer de sa part, et hier nos dames, mais spécialement la bonne M"^ de Lalee (3). Quant a M"' de Charmoysi, il ne faut pas dire combien elle vous ayme affectionnement. Elle chemine fort bien et advance de bien en mieux ; je la voy souvent, au pris de vous, mais non pas si souvent que je voudrois, par ce que je n'en ay pas la commodité pour le faire a propos. C'est hors de confession que je parle, car en confession je la voy tous les huit jours pendant l'absence de son mari. Je vous ay escrit par M"' de Traves(4), mais tous-jours en presse.

A Dieu, ma très chère Fille ; a Dieu soyons nous entièrement et éternellement. Je vous ay appliqué plusieurs Messes ces jours passés. O Dieu, ma Fille, que ce cœur est vostre, puisque Dieu l'a voulu et le veut. Qu'a jamais son nom soit béni ! Amen.

XXV juin 1608.

Rêva sur TAutographe conservé à la Bibliothèque communale d'Amiens.

( i] Né à Vollogoat (Ain), institué curé de Boège le 13 décembre 1^90, et le 7 août 1601 de Bons, qu'il desservait dès 1^97» Jean Mangier fut Tun des premiers curés établis en Chablais. Prêtre exemplaire, catéchiste infatigable, ami de saint François de Sales, il vint parfois l'aider au début de ses travaux dans ce pays. Dans une de leurs sorties (37 mars 1603), les Genevois le firent prisonnier. Ce vaillant champion de la foi fut inhumé à Bons, le ^ juillet 16x8. (D'après Us notes de M, le chanoine Gonthier.)

( a ) Gasparde de Cornillon, dame de Meyrens.

( 3 ) Voir le tome précédent, note ( 3 ), p . 308.

(4 ) Voir ibid., p. 393, et plus loin, la lettre du 18 décembre x6o8.

Année 1608 39

CDLXII

A LA PRÉSIDENTE BRULART

Le Saint n*est « point hommVxtreme ; » il espère obtenir davantage de Rose Bourgeois par une entrerue. — Ne pas trop s'attacher aux pratiques de piété de son choix. — Dieu yeut être servi par les exercices compatibles avec les devoirs d*état. — Estime du Saint pour TOrdre du Carmel.

Annecy y 25 juin 1608.

Madame ma très chère Seur,

J'ay receu vostre lettre du 16 may. Que je seray marri si les bons projetz de la reformation du Puys d'Orbe s'esvanouissent comme cela I Si est ce pourtant que si Tesperance que j'ay d'aller en Bourgoigne n'est point vayne, je me resoulz d'aller jusques la pour voir ce que c'est. Je ne suis point homm'extreme, et me laisse volontier emporter a mitiger, quand on ne peut faire absolument.

Je n'escris point a M°** TAbbesse, quoy que je le désire, par ce que je n'en ay pas le loysir, et il faut que je luy escrive un peu a mon ayse. C'est grand cas ; je pense tous-jours que si je la voy a souhait avec toute sa trouppe, si nous ne faysons pas tout ce qui seroit désirable, nous en ferons quelque chose ; car j'ay quelque confiance en la confiance qu'ell'a en moy, qui aussi la chéris d'un amour fort particulier en Nostre Seigneur.

Vous me parles de vostre impatience. Est ce bien une vraye impatience, ou sont ce point seulement des répugnances naturelles ? Mais puisque vous la nommés impatience je la tiendray pour telle, et en attendant de vous en parler plus amplement a bouche devant que l'automne se passe, je vous diray , ma chère Seur, en esprit de liberté, qu'a ce que j'ay reconneu de vous par vos lettres, plus que par le peu de conversation que j'ay eu avec vous, vous aves un cœur qui s'attache puissamment aux moyens de vostre prétention. Vous ne praetendes, je le sçai bien,

40 Lettres de saikt François de Sales

que Tamour de nostre Dieu ; pour y parvenir, il faut em ployer des moyens, des exercices, des prattiques. Or, je dis que vous vous attachés puissamment aux moyens que vous goustés et voudriés tout réduire la ; c'est pourquoy vous aves de l'inquiétude quand on vous empesche ou qu'on vous distrait.

Le remède seroit de prendre la pejme de vous bien persuader et bien détremper vostre esprit en ce sentiment : c'est que Dieu veut que vous le servies ainsy comme vous estes, et par les exercices convenables a cet estât et par les actions qui en dépendent ; et en suite de cette persuasion, il faut que vous vous rendies tendrement amoureuse de vostre estât et des exercices d'iceluy pour l'amour de Celuy qui le veut ainsy. Mays voyes vous, ma chère Seur, il ne faut pas penser a ceci simplement en passant ; il faut mettre cette cogfitation bien avant dans vostre cœur et, par des recollections et attentions particulières, vous rendre cette vérité savoureuse et bien venue dans vostre esprit. Et croyes moy, tout ce qui est contraire a cet advis n'est autre chose qu'amour propre.

Quand a la sainte Communion, j'appreuve que vous continuies a la désirer fort fréquente, pourveu que ce soit avec la sousmission que vous deves avoir a vostre confesseur (0, qui void Testât présent de vostre ame et est si digne personnage.

Cette variété en laquelle vostre esprit se void en l'orayson et hors de l'orayson, tantost fort, tantost foible, tantost regardant le monde avec playsir, tantost avec degoust, ce n'est autre chose qu'un sujet que Dieu vous laysse de vivre bien humblement et doucement, car vous voyes, par ce moyen, quelle vous estes de vous mesme et quelle avec Dieu ; de sorte que vous ne deves nullement vous en descourager pour cela.

Il n'est ja besoin que madame nostre chère seur TAbbesse m'envoye un homme pour me fair'avoir de ses nouvelles ni pour sçavoir comm'elle me pourra voir ; car si je fay mon voyage, comme j'espère, je vous advertiray

( I ) Le p. Gentil (voir le tome XII, note ( i ), p. a6, et le tome XIII, p. 190).

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asses tost devant mon despart pour tout cela. Je vous recommande a Nostre Seigneur continuellement et ay vostre dilection fort avant dans mon cœur. Je feray part aux Sacrifices que je présente, a la Mère Prieure des Carmelines (0 ; j'honnore généralement tout cet Ordre, et la remercie de la charité qu'ell'use en mon endroit de prier pour moy, qui suis des plus nécessiteux de la sainte Eglise. Qu'a jamais le saint amour de Dieu vive et règne dans nos espritz. Amen.

Vostre très affectionné et tout dédié frère et serviteur,

A Neci, le xxv juin 1608.

A Madame

Madame la Présidente Brulart.

RtTU sur l'Autographe appartenant à M"® Boissat,. à Albent (Savoie).

(i) Louise GaUois, née à Paris le 19 novembre 1569, épousa Guillaume Jourdain, et devenne veuve vers 1597, songea i la vie religieuse. Elle entra dans le Carmel de Paris, y prit Thabit sous le. nom de Louise de Jésas, le i««' novembre 1604, fit profession le 30 novembre de Tannée suivante, à Pontoise. D*abord maîtresse des novices au couvent de Dijon, elle en devint prieure en février ou mars 1607. C'était la première fois qu'on donnait cette charge à une française. Mère Louise de Jésus fonda en 1610, le Carmel de Chalonsur-Saône, et celui de Besançon en x6i6. Elle mourut saintement, le 39 février t6s8, dans le monastère de D61e qu'elle avait fondé en 1614. Ses grandes vertus, ses travaux non moins que ses épreuves, lui valent Thonneur d'être comptée parmi les premières Carmélites françaises regardées i juste titre comme les colonnes du saint Institut. EUe conserva toujours avec M"^ Acarie des relations intimes, et sans doute eut de là l'occasion d'être connue de saint François de Sales quand il vint à Paris en 1609. (Cf. Chroniques dt tOrdn des Carmélites^ tome II ; Troyes, 1850.)

42 Lettres de saint François de Sales

CDLXIII

A UN CARDINAL (pRÂGMBirr) ( X ] Un reproche immérité. — Les Savoisiens ne lisent pas de manvais livres. Annecy, commencement de juillet 1608 (a).

Profecto si res ita haberet, justissime non tantum indignaretur in me Sua Sanctitas, sed negligentiam meam, imo vero proditionem, castigaret. At in rei veritate dico : cum generalem diocaesis meae visitationem, nuUa praetermissa parrœcia, pêne exegerim, nuUum omnino reperi

.... Si ce reproche était fondé, Sa Sainteté aurait un très juste motif, non seulement de s'indigner contre moi, mais encore de châtier ma négligence, je dirais même ma trahison. Mais la vérité, la voici : dans la visite générale de mon diocèse, que j'ai presque achevée, sans laisser aucune paroisse, je n'ai trouvé absolument aucun hérétique dans les paroisses qui n'ont pas été occupées par les Bernois et les

( I ) D'après Charles-Auguste (Histoire, etc., liv. VII), d'où nous tirons ce texte, « le sieur Medard, chanoine de TEglise Cathédrale de Verdun (t), revenant de Rome, » dit au Bienheureux « qu'il avoit appris d'un tres-illustre Prélat, que Sa Saincteté estoit grandement indignée contre luy, d'autant qu'elle avoit sceu par les lettres du Père Chérubin de Maurienne, qu'il sortoit tous les jours un grand nombre de livres hérétiques de la ville de Genève, qui s'espanchoyent par le reste du diocèse... ; et elle eust voulu qu'il eust pris soing d'empescher ce malheur par tous moyens. » (Cf. V Année Sainte de la Visitation, tome VII, p. loi.)

Il n'est pas absolument prouvé que le P. Chérubin ait fait au Saint-Siège ce rapport inexact ; quoique l'affirmation de Charles-Auguste ne semble pas gratuite, et quand bien même cette dénonciation s'expliquerait par le zèle impétueux du célèbre Capucin, il ne convient pas de la lui attribuer sans preuves certaines. Le chanoine Médard a pu se méprendre, confondre le Chablais avec le Valais, dont TEvéque, Hildebrand de Riedmatten, par son attitude indolente envers le prosélytisme des ministres protestants, semblait alors mériter les justes plaintes de Rome.

( s ) La date du s juillet, donnée dans l'édition de 17 58, est démentie par les faits, puisque ce jour-là le Saint ignorait encore la calomnie qui provoqua sa lettre.

(i) « Médard de Medardis • fut pourvu de la trente-cinquième prébende du Chapitre de Verdun, le 11 octobre 1603. Il mourut en 16^0.

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haereticum în parrœciîs quae a Bernatibus et Genevatîbus non fuerunt occupatae, nuUum librum prohibitum, antiquis nonnuUis exceptis, qui ex mera negligentîa et contemptu in alicujus domus profundo pulvere restabant ; et Catholici nostri tantis anguntur scrupulis, ut, cum de libro aliquo dubitant, vel in ignem projiciunt, vel deferunt ad delegatos. Verum est Genev» fabricari libelles multos pestilentissimos, sed quod Sabaudi nostri eos legant, nuUo modo verum est.

Fateor postea me non tan ta uti diligentia quanta necessarium forte foret ; verumtamen in ea qua secundum tenuitatem meam uti possum, fidelis sum et sincerus, et in me nec perfidia nec animi defectus, siquidem virium et insitae dotis, reperientur.

Obsecro te autem, Illustrissime Domine, uti hilaritatis mihi in afflictissima hac provincia necessariae protector esse velis : pendet vero ex eo hœc hilaritas, ut sciam Sanctam Sedem de actibus meis non contristari, ut a generali illa sua erga inferiores benevolentia non me excludat.

Genevois, ni aucun livre prohibé, si ce n'est quelques vieux ouvrages restés ensevelis, soit pure indifférence, soit mépris, dans la poussière de quelque maison. D'ailleurs, sur ce point, nos catholiques sont pris de tels scrupules que, si quelque livre leur parait suspect, ib le jettent au feu ou le remettent aux délégués. Oui, à Genève, des libelles très corrupteurs se fabriquent en nombre ; mais que nos Savoisiens les lisent, cela n'est nullement vrai.

Après tout, je n'use pas, je le confesse, de toute la diligence qui serait nécessaire ; toutefois, je mets de la fidélité et du bon vouloir à celle que, selon ma petitesse, je puis exercer. Enfm, si les forces et les talents naturels me font défaut, on ne trouvera point en moi de perfidie, ni de manque de courage.

Je vous en supplie donc, Illustrissime Seigneur, daignez me conserver la consolation joyeuse dont j'ai tant besoin dans cette province si éprouvée ; cette joie dépend de la certitude que le Saint-Siège n'est pas affligé de ma conduite et que je ne suis pas exclu de la bienveillance ordinaire accordée à ses inférieurs

44 Lettres de saint François de Sales

CDLXIV

A LA BARONNE DE CHANTAL

(PBAGMBNTS) ( I )

Traoscription de Vlniroduction à la Vie dévote, — Le projet de la Visitation sourit de plus en plus au saint Evéque. — Son amour pour Notre-Seigneur. — Nouvelles de la ferveur de M"»* de Charmoisy. — Bonheur de ne prétendre qu'à Dieu.

Annecy, 4 juillet 1608.

me feroit volontier

me feroit des be

séries bien ayse. . . . non pas plus que moy. Or sus, ce sera a mon tour que je seray le bien venu comme les autres ; je dis plus que les autres, car je pense bien cela. Alhors nous parlerons, si nous pouvons, de vostre misère et de l'envie que vous me dites avoir de vous plonger pour la dernière fois au saint lavoir de Pœnitence.

J'ay respondu a toutes vos lettres jusques a huy ; et si, je n'ay pas beaucoup de loysir maintenant, car vo^es vous, en ces grans jours on ne me laisse point en repos, et je fay escrire a nostre Thibaut les advis spirituelz ( « ) • Cf.tom. praced., desquelz je vous ay parlé*. Mais si faut il que je vous die PP- 3 » 375. 377- q^g i^ sorte de vie que nous avons choysie me semble tous les jours plus désirable et que Nostre Seigneur en sera fort servi. Je voy bien plusieurs difficultés, mais croyant que Dieu le veut, cela ne me donne nulle crainte : il faut seulement avoir un peu de patience. Je vous recommande, ce me semble, de si bon cœur a Dieu, ma chère Fille ; croyés que je le fay avec un'affection du tout incomparable. Vives bien doucement, ce pendant, tous-jours auprès de Nostre Seigfneur et de Nostre Dame et de saint

( I ) Cette lettre est en partie inédite ; le texte des treize premières lignes de cette page et des lignes ^-16, 19, 30 de la page suivante parait ici pour la première fois. Les lacunes du commencement et du milieu proviennent de la mutilation de TAutographe.

(9) 11 s'agit de V Introduction à la Vie dévote. (Cf. tome III, pp. xvii, lxv.)

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Joseph. Mon Dieu, ma Fille, que quelquefois j'ay des bonnes et douces affections en mon ame a l'endroit de ce Sauveur ; mais, helas ! je n'ay guère d'effectz en mes mains. Je ne perds pourtant point courage.

Or sus, . . . [mon] frère de Groysi n'est pas. . . . . resolution quil viendroit avec moy vers vous, ou soit que Monsieur de Nemours fut icy ou quil n'y fut pas.

Vostre fileul (0 se porte bien, et sa bonne mère l'ayme spécialement pour l'amour de vous. Ma mère se porte bien aussi et tout le reste de la famille. Or, pour moy, je pippe a me porter bien maintenant. M"* de Charmoysi se porte bien et ne me parle jamais que de vous, et me presse de vous aller voir tant qu'elle peut. Je ne la voy pas si souvent que je voudrois, mais si voy-je bien qu'elle s'aflFermit fort en sa resolution de bien servir Dieu.

Or sus, je verray encor nos vefves («) avec vous, ou a Dijon : comment ? O ma Fille, ne sommes nous pas bienheureux de ne praetendre rien moins qu'a Dieu? Mais monsieur le Conte (3) est il tout a fait mort, que je ne sçai ou il est, ni ce quil fait*? •^Cf.tom.praBced.,

A Dieu, ma chère Fille, je m'en vay aux prières du soir qui se font devant le Saint Sacrement pour les nécessités de ce pais. Vous ny seres pas oubliée, car vous tenes un rang en mon cœur qui ne le peut permettre. Ouy, je croy en mon ame que Dieu veut que je sois inviolablement et très incomparablement tout vostre.

A Neci, le iiii juillet 1608.

A Madame Madame la Baronne de Chantai, m. f. (ina fille).

Revu sur l'Autographe conservé i la Visitation de Limoges.

(i) Probablement Charles-Auguste de Sales, né le i**" janvier 1606. (Voir le tome précédent, note (a), p. 339.) Le jour où il fut sevré, la baronne de Chantai le présenta au prêtre pour le bénir.

( 3 ) Parmi ces veuves se trouvaient sans doute M"* Jaquot (voir le tome précédent, Lettre cdxix) et M'"' de Traves. (Cf. ci-dessus, note ( i ), p. 15.)

(3) Sans doute Guy de Chaugy, comte de Roussillon, chevalier des ordres du roi, maitre de camp, conseiller d'Etat, etc., qui épousa en 1603, Diane de ChasteUux, une amie de M<"* de Chantai. (Baudiau, Le Moroaifi/(Nevers, 18^4), tome II.)

CDLXV

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