‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 12 sur 124 · A M. PIERRE DE BÉRULLE · texte numérisé non relu

A M. PIERRE DE BÉRULLE

Retour i la foi d'un apostat; M. de Bérulle y a beaucoup coopéré. — Le Saint te réjouit d'apprendre le bien qui te fait à Paris par son entremise et celle de ses amis.

Annecy, 6 juillet 1608.

Monsieur,

Je me retiens de vous escrire souvent pour le respect que je doy a vos dignes et religfieuses occupations, quoy que je désire tous-jours bien fort d'avoir quelque place en vostre mémoire et dilection, particulièrement pour le tems de vos oraysons et Sacrifices. Mais maintenant vous aures aggp'eable, je m'asseure, que je vous divertisse un peu pour vous dire que le 1 5 du moys passé, je receuz l'abjuration de M. Claude Boucard, de Verdun, et le remis dans le sein de la sainte Eglise publiquement,

• Vide supra, p. 37. en Teglise de Nostre Dame de Thonon *. Vous devés vous

en res-jouir par ce que la pièce que nous avons gaignee est importante, mais spécialement par ce que, comme vous avies receu de luy l'instruction de la philosophie, ainsy quil m'a dit, aussi vous avés beaucoup coopéré par vos lettres a sa réduction en l'Eglise ; et si, vous m'aves beaucoup obligé, l'asseurant que je le servirois en ce dessein-la.

Dieu soit a jamais béni de la chaleur amoureuse

• Ps. XVIII, 7. duquel nul n'est esconduit ni caché *. Le discours que

ce personnage m'a fait de sa cheute et de la peyne quil a eu a prendre les resolutions convenables pour son reddressement, me font dire du fond de mon ame : ^*^ Nisi quia Dominus erat in nobis, nisi quia Dominus erat

• Ps. cxxiii, X, a. in nobis *.

O Si le Seigneur n'eût été avec nom, si le Seigneur n'eût ètè avec nous.

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J'ay de la consolation d'oûir le resonnement, quoy que confus, des biens qui se font a Paris par vostre entremise et de ces autres serviteurs de Dieu, que j'honnore de tout mon cœur (0. Sa divine Majesté soit tous-jours a vostre dextre * pour establîr de plus en plus vostre vie en son ' p«- cix. 5. saint amour, et je suis inviolablement.

Monsieur,

Vostre serviteur bien humble.

Franc», E. de Genève.

A Neci, le vi juUiet 1608.

Monsieur, je salue bien humblement mesdames vos mère (*) et tante (3), et madamoyselle de Montberaut (4) ; sil vous plait de le leur faire sçavoir, je vous en auray de l'obligation.

A Monsieur Monsieur de Berule,

Aumosnier de S. M**.

Revu tar TAutographe conservé aa Carmel de la rae Messine, à Paris.

(i) A cette date, dn Val, Gallemand, de Brétig^y, Vivien, Sonlfour, Asseline, de Marillac, etc., mêlaient leur activité et rivalisaient de zèle pour propager en France Tesprit de piété et doter la capitale d*institutions chrétiennes. Tous ces hommes de bien se donnaient rendez- vous, avec M. de BéruUe chez M*^ Acarie. Saint François de Sales, qui fut en 1603, pendant son séjour à Paris, le père spirituel de la Bienheureuse, les y rencontra souvent et gagna si bien leur confiance que la plupart le prirent pour leur directeur.

(a) Voir le tome XII, note (a), p. 136.

(3) Voir ibid., note ( i ), p. 157.

(4) Très probablement. M"»* Acarie. (Voir le tome précédent, note (x), p. 153, et note (4), p. a86.)

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au baron amédée de villette

L'Académie Florimontane et ses premiers membres. — Le Saint promet sa visite au châtelain de Dérée, son parent, nouvellement marié.

Annecy, 7 juillet 1608.

Monsieur mon Oncle,

Ce m'est tous-jours beaucoup d'honneur et de consolation de recevoir par vos lettres les tesmoignages que vous me donnes de la continuation de vostre bîenveuillance en mon endroit. Je voudrois bien, en eschange, vous pouvoir aussi rendre des preuves de mon affection a vostre service, et avoir quelques bonnes nouvelles pour vous envoyer, en lieu de celles dont il vous a pieu me gratifier. Mais outre que je croy que vous les aves de delà les mons, j'en suis bien le plus mauvais pescheur de cette ville. Je vous diray seulement que nostr' Académie (O

( X ) Le Saint pouvait dire « nostr*Academie, • puisqu'il Tavait fondée, de concert avec le président Favre, pendant Thiver de 1606-1607. ^^^^ ^^^ ^^ Florimontane; son emblème, un oranger; sa devise, « Fleurs et fruits, » sentaient r Italie et respiraient Tâme gracieuse de TEvéque ; mais Tinstitution fut très française et très pratique par le genre de travaux qu'elle se proposa. Ses constitutions sont toutes pénétrées d'une instructive sagesse : a Les seuls gens de bien et doctes y seront receus... Le stil de parler ou de lire, » y est-il dit encore, « sera grave, exquis, plein, et ne ressentira en point de façon la pédanterie. I» Dans les leçons, « on traictera de l'ornement des langues, et sur tout de la françoise... Les lecteurs tascheront de tout leur pouvoir d'enseigner bien, beaucoup et en peu de temps... Tous iront â qui mieux fera. » (Charles- Auguste, Histoire, etc., liv. VII.)

Ces derniers articles et d'autres encore, prouvent que l'Académie avait organisé des cours publics qui lui donnaient des airs de petite Université. Bientôt, Annecy devint un foyer de ferveur littéraire et scientifique, et vit se grouper toute une élite de lettrés et d'émdits autour du saint Evéque et du grand magistrat. Ainsi les deux amis, arrivés à l'âge mûr, restaient fidèles au culte des belles-lettres, dont l'étude avait enchanté leur jeunesse (voir leur correspondance de cette époque). Quant à François de Sales, il continuait la tradition des Pères et des Docteurs de l'Eglise. Comme eux, il goûtait le plaisir délicat des choses de Tesprit ; il savait comme eux la prestigieuse puissance des lettres, mais instruit par son temps, il sentait plus vivement

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a receu pour faveur la demande que monsieur Nouvelet ( O luy a faitte d'une place pour vous, entre les académiciens. Pour moy, vous pouves penser si je la pris a gloire, m'acquerant un si digfne sujet.

Demain, madame de Deré (*) vient a Deré (3), et moy j'y iray mercredi faire la part des honneurs du logis qui me compete, en qualité de bien humble parent du nouveau marié. Nostre Seigneur vous prospérera tous-jours en l'abondance de ses bénédictions, si luy plait d'exaucer les souhaitz que fait continuellement, Monsieur,

Vostre serviteur bien humble et neveu.

Franc*, E. de Genève.

VII juUiet 1608.

A Monsieur Monsieur le Baron de Vilette, Conseiller d'Estat et Ambassadeur ordinaire de S. A. en Soiiisse.

Rêva tar TAutographe appartenant à M. Domeojoud, à Annecy.

peut-être que ses illustres devanciers, qu'il fallait tourner en moyen d'apostolat la beauté conquérante du savoir. L'Académie eut des débuts prospères, mais son destin fut court; Toranger des montagnes ne donna pas longtemps ses fleurs odorantes et ses fruits dorés; au départ du président Favre pour Chambéry, il sembla dépérir.

L'Académie Florimontane n'était pas la première institution de ce genre ; bien d'autres sociétés littéraires, avaient fleuri avant elle, en Italie et même en France; toutefois, son organisation, qui devance de viogt-sept ans la fondation de Richelieu, est à retenir. Il est piquant aussi de le noter: Vangelas, l'auteur des Remarques sur la langue française yixTx des premiers membres de l'Académie française, Tun des fils du président Favre, dut fréquenter l'Académie paternelle, et sans doute il y trouva la culture qui le prépara à sa destinée de grammairien.

L'Académie Florimontane du xvii* siècle se survit aujourd'hui dans deux sociétés : l'Association Florimontane et l'Académie Salésienne ; la première date de 1851, l'autre a été fondée en 1878. Toutes deux publient chaque année un volume de Mémoires, où l'on remarque d'intéressants travaux.

( I ) Voir le tome XII, note ( i ), p. 47.

(3) Très probablement, Charlotte-Emmanuelle de Chabod, fille de Guillaume-François de Chabod, seigneur de Jacob, comte de Saint-Maurice, et de Louise-Marguerite de Seyssel. Le 33 juin précédent, elle avait épousé le neveu du destinataire, Bernard de Chevron- Villette, baron et seigneur de Chevron, gentilhomme ordinaire de Son Altesse, etc. Il portait vraisemblablement alors le nom de M. de Dérée.

( 3 ) Château situé sur les bords du lac d'Annecy.

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