A MADAME DE MAILLARD, ANCIENNE ABBBSSB DE SAINTE-CATHERINE
Soahaits de fenrenr par le doo da cœar à Dieu. — N'aimer rien qa*eo lui, par loi et pour loi.
Annecy^ 15 octobre 1608.
Un seul mot, ma très chère Fille. N'advoQés vous pas le don que je fay tous les jours a Dieu de vostre cœur ? Je le luy donne comme tout mien et je le tiens pour tout mien, par ce quil me Ta donné. Mais sil est sien et quil me Tayt donné, ne le luy puis-je pas donner comme tout mien ? Qu'a jamais, et le vostre qui est mien et le mien qui est vostre, puissent estre tous siens, puis que, par son immense bonté, le sien est tout nostre. Je vous conjure, ma chère Fille,
( X ) Jéronyme de Maillard, fille de Pierre de Maillard, baroo do Boochet, eomte de Toomoo, gooveroear de Savoie, etc., et de Claodiae de Bellegarde, dame de Montagny, entrée i l'abbaye Saiote-Catherioe du Semnoz, près Annecy, en devint l'abbesse en 1)87, après Claudine de Villette, et fut remplacée par Claudine de Menthon. (Voir le tome précédent, note (4 ), p. ii6.)
8o Lettres de saint François de Sales
d'aymer bien ce bon Dieu qui vous a tous-jours esté si
doux, et de n'aymer rien qu'en luy, par luy et pour luy.
C'est ainsy que je vous chéris de toute mon ame, et suis
Vostre serviteur très fidelle,
F. E. de G.
XV octobre 1608.
Je sçai bien que vous aures des lettres sur le sujet duquel vous me parlastes. La chère cousine (0 m'escrivit hier : ce sera un cœur tout d'or. Elle m'escrit deux motz d'un saint amour pour vous.
A Madame Madame l'Ancienne Abbesse de S^ Catherine.
Revu sur T Autographe appartenant à M. l'abbé Michaud, curé de Saint-Alban, près de Chambéry.
( X ) M">« de Cbarmoisj.
CDLXXXVII
A LA BARONNE DE CHANTAL
Humilité du Saint ; sa confusion et tt peine de se voir estimé. Se tenir dans Tindifférence.
Annecy, 28 octobre 1608.
Je ne sçaurois maintenant, ma chère Fille, respondre a vostre lettre du septiesme de ce mois, que je receus hier au soir bien tard ; car il faut que je die Messe et que j'aille visiter une église a une lieuë d'icy ('). Je diray ce que je pourray.
Ma Fille, je ne suis que vanité, et néanmoins je ne m'estime pas tant que vous m'estimes. Je voudrois bien que vous me conneussies bien ; vous ne lairries pas d'avoir une absolue confiance en moy, mais vous ne m'estimeries guère. Vous diries : Voyla un jonc sur lequel Dieu veut que je m'appuye ; je suis bien asseuree, puisque Dieu le veut, mais le jonc ne vaut pourtant rien.
( f ) Il visita Metz et Meythet.
Année 1608 8t
Hier, après avoir leu vostre lettre, je me promenay deux tours avec les yeux pleins d'eau, de voir ce que je suis et ce qu'on m'estime. Je voy donques ce que vous m'estimes, et m'est advis que cette estime vous contente beaucoup : cela, ma Fille, c'est un idole. Or bien, ne vous fasches point pour cela ; car Dieu n'est pas oflFencé des péchés de l'entendement, bien qu'il s'en faille garder, s'il est possible. Vos affections fortes s'addouciront tous les jours par les fréquentes actions de l'indiflFerence. Revoyés une lettre que je vous escrivis au commencement, de la liberté de l'esprit*. ^Vide ^ xn^uj.
A Dieu, ma Fille très chère. Je suis celuy que Dieu *'
rend tous-jours plus vostre.
Franc*, E. de Genève.
Le jour saint Simon et saint Jude, 1608.
CDLXXXVIII
A MADAME DE LA FLÉCHÈRB
LUnsensibilité et rindifféreoce religieuse : définition de Tune et de Tantre ; ceUe-ci est an grand don de Dieu.
Annecy, 38 octobre 1608.
Madame ma très chère Fille et Commère,
Vous verres la lettre que j'escrîs a monsieur de Cisteaux (0 et a madame vostre bonne seur (»). Il me reste a vous dire, selon le peu de loysir que j'ay, que j'appreuve infiniment l'indiflFerence que vous avés, tant en l'affaire de Bons( 3) qu'en toutes autres, puisque c'est en contemplation
(i) Nicolas Boucherat, né en 1563, Religieux de Citeaux, docteur en théologie de rUniversité de Paris, prieur de Citeaux, devint Général de TOrdre en 1604. Il visita presque toutes ses abbayes, favorisa leur réforme, réunit cinq Chapitres généraux, de 1605 à 1633, et présida aux Etats de Bourgogne au nom de Henri IV et de Louis XIII. Il mourut le 8 mai 163^. François de Sales rayant rencontré à. Dijon en x6o8, avait reçu sa délégation pour s'employer à la réforme de Tabbaye de Sainte-Catherine d'Annecy.
(3) Jeanne-Bonaventure de la Forest, Religieuse à Bons.
(3) L*abbaye de Bons, située près de Belley, en Bugey, fut fondée en 1x5^
Lrrmas IV 6
82 Lettres de saint François de Sales
de la volonté de Dieu. Je n'ayme nullement certaines âmes qui n'affectionnent rien, et a tous evenemens demeurent immobiles ; mais cela, elles le font faute de vigfueur et de cœur, ou par mespris du bien et du mal. Mais celles qui, par un' entière résignation en la volonté de Dieu, demeurent indifférentes, o mon Dieu, elles en doivent remercier sa divine Majesté, car c'est un grand don que celluy la. Je vous dirois mieux ceci de bouche ; mais vous Tentendres, je pense, asses ainsy que je le dis. C'est une tentation, de vray, de vous amuser en l'orayson a penser ce que vous aves a me descouvrir de vostre ame, car ce n'en est pas le tems. N'escrimés néanmoins point contre ces pensées, ains destournes-en tout bellement vostre esprit par un simple retour a l'object de vostre oray son.
Je vous escriray avec plus de loysir a la première rencontre de commodité, car maintenant il faut que je parte •VidcEp.praeccd., pour aller faire la visite d'une parroisse*, et j'ay beaup. o, no . (1). Qoiip de gens autour. Dieu soit au milieu de vostre cœur, ma chère Fille, et le veuille enflammer de son saint amour. C'est luy qui m'a rendu pour jamais
Vostre très affectionné et fidelle serviteur,
F. E. de G.
XXVIII octobre 1608.
(0 Monsieur de Charmoysi arrive ce soir en cette ville.
A Madame Madame de la Flechere.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. Emile Roux, au château de Vogland
(Ain).
par Marguerite de Savoie, fille d*Amédée II de Savoie ; elle dépendait de Tabbaye de Saint-Sulpice, qui abritait des Cisterciens. En 1608, elle n'était déjà plus un lieu de prière, mais de scandales. « En ce lieu-la, » écrivait le Saint (a octobre 1609), a il y a des aspicz et basilisques plus quil ne faut pour c( les tendres âmes... ■• « L'affaire » dont il est question ici, doit se rapporter i ces tristes événements, auxquels semble avoir été mêlée TAbbeste elle-même, alors Jeanne de Vign'od (cf. le tome précédent, note ( 3 ), p. 348), et il s'agissait sans doute d'une tentative de réforme.
( I ) Cette ligne, qui paraît avoir été biffée par les éditeurs de 1636, est inédite. M. de Charmoisy revenait probablement de Turin, où il avait accompagné le duc de Nemours, à l'occasion des mariages de Marguerite et d'Isabelle de Savoie.
Année 1608 83