‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 20 sur 124 · AUX SYNDICS, OU AUX MESSIEURS DU CONSEIL DE RUMILLY · texte numérisé non relu

AUX SYNDICS, OU AUX MESSIEURS DU CONSEIL DE RUMILLY

L*église paroissiale de Ramilly a besoin d*tine restauration : difficultés de Tentreprise ; encouragements à les vaincre. — Affection du Saint pour la ville ; son humilité.

Annecy, 4 novembre 1608.

Messieurs,

Je sçay que le desir de la restauration de vostre église parrochiale ne vous a jamais manqué. Mais il a néanmoins esté infructueux jusques a présent, ou soit que la générale condition de ce pais despuis plusieurs années vous ayt osté les moyens d'en chevir, ou que l'union et liaison des espritz, si nécessaire a toute bonne entreprise, vous ayt defailly.

L'année passée (*), quand j'estois avec vous, il me sembla que ce dernier empeschement fust fort débilité, puisque je vous vis presque tous consentans pour ce regard. Mais nous demeurasmes court au second, parce qu'encor que plusieurs d'entre vous, animés d'une sainte dévotion, donnassent leur parole devant Dieu de contribuer, si est ce que plusieurs aussi n'entrèrent pas en cette si digne délibération selon leur devoir ; et pour tous il se treuva la difficulté de l'exaction, qui est néanmoins la pièce la plus requise a l'exécution, et a faute de laquelle tout a cessé, comme il appert.

Maintenant, il se présente un parti fort asseuré pour vous faire voir en un an ou deux au plus ce que vous aves si longuement désiré, et oster de devant les yeux des estrangers une mauvaise marque de vostre ville, laquelle,

(i) Migne (tome VI, col. 107a) suppose que cette lettre a été adressée i « MM. du Conseil d'Annecy, » Cest une erreur. L*objet dont elle traite, le postscriptum qui la suit, ce que nous savons de Thistoire de Rumilly, tout persuade que les destinataires sont les Syndics, ou MM. du Conseil de cette ville.

( t ) Voir la note ( x ) de la page suivante.

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au demeurant, n'en a que des bonnes. Il est vray que, comme en toutes les choses de ce monde il y a tous-jours moyen de faire naistre des difficultés, aussi se pourra-il faire qu'en celle-ci quelques uns en pourront susciter. Et pour cela je vous escris, vous conjurant, par vostre propre bonheur et honneur, que vous consideriés beaucoup avant de refuser un si bon moyen de faire une chose si utile, si nécessaire et si désirable pour vostre ville, et sans laquelle, ou je me trompe en l'estime que je fay de vos âmes, ou vous ne pouves pas vivre contens ni consolés en vos consciences. Je me prometz que cette déclaration de mon affection aura quelque poids pour vous esmouvoir, comme considerans que je n'ay nul motif que celuy de la gloire de Dieu et de vostre bien spirituel, auquel, selon mon devoir et inclination, je suis extrêmement dédié, et je puis mesme dire que j'y suis tout sacrifié et immolé.

Donnés donq, je vous prie, cette satisfaction a mon ame qui est vostre, ce bon exemple aux autres, cette douceur a vostre vie et cette consolation a vostre postérité, que par des dissensions et variétés de conceptions, une si bonne œuvre ne soit point remise ni divertie. Ainsy, puissies vous longuement tous jouir de la dévotion que cette restauration rendra a vos exercices spirituelz et des biens temporelz que Dieu vous en donnera en recompense. Je suis. Messieurs,

Vostre humble et très affectionné en Nostre Seigneur,

Franc", E. de Genève.

A Neci, 4 novembre 1608.

Je m'essayeray de vous procurer un meilleur prédicateur que celuy qui vous prescha l'année passée ( 0, et cela ne me sera pas difficile, bien qu'il est impossible que jamais vous en ayes un plus affectionné.

( I ) Ce prédicateur dont le Saint £iit si pen de cas, on devine bien qne c*ett lai-mème. (C£ le tome précédent, note ( f ), p. 377.) « L*annee passée » yeat dire ici, sans aacnn doute, le Carême passé.

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CDXC

A MADAME DE MIEUDRyCO

Les meones pensées de raine gloire et les mouches.— Les larmes et les résolutions, m la tendreté de cœur et la fermeté de cœur » : choses bien différentes. — Les pensées importunes. — Ne pas tourmenter son âme.

Annecy, 6 novembre 1608. Madame,

Hasté du soudain despart de... (») vostre porteur, je vous respondray briefvement. Escrîves moy tous-jours quand il vous plaira, avec entière confiance et sans cérémonie ; car en cette sorte d'amitié, il faut cheminer comme cela.

Mocques vous, je vous prie, de toutes ces menues pensées de vaine gloire qui se viennent présenter a vostre ame parmi vos bonnes actions ; car ce ne sont proprement que des mouches, lesquelles ne vous peuvent faire nul autre mal que de vous importuner. Ne vous amuses donq point a examiner si vous y aves consenti ou non ; mais, tout simplement, continues vos œuvres comme si cela ne vous regardoit nullement.

Ne poussés pas vostre cœur a la pitié ou compassion en la méditation de la Passion du Sauveur, car il suffit, en toutes méditations, d'en tirer de bonnes resolutions pour nostre amendement et fermeté en l'amour de Dieu, encor que ce soit sans larmes, sans souspirs et sans douceur de cœur ; car il y a bien de la différence entre la tendreté de cœur que nous desirons parce qu'elle console, et la fermeté de cœur que nous devons désirer parce qu'elle nous rend vrays serviteurs de Dieu.

Ne respondes non plus aucun mot a la pensée deshon-

( X ) Gaspard e de Cerisier, fille de Jacques de Cerisier. Elle épousa (contrat dotal de février i6oa) Sébastien Portier, seigneur de Mieudry, qui habitait Rumï\ly, La destinataire mourut le 10 octobre x6i6.

(s) Le nom qui manque a été laissé en blanc par le premier éditeur.

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neste qui vous arrive ; seulement, dites en vostre cœur, a Nostre Seigfneur : O Seigneur, vous sçaves que je vous ' P«. cmn, 94. honnore ; ah ! je suis toute vostre* ; et passes outre, sans disputer avec cette tentation.

Ne vous troubles point du défaut de vostre examen de conscience, car il ne peut pas estre grand, puisque vous aves désir de vous bien purifier. Il ne faut pas tourmenter son ame, quand on la sent désireuse d^estre fidelle a Dieu. Quand vous n'aures pas vostre confesseur ordinaire, il ne faut pas laisser d'aller a un autre, regardant a Dieu et non pas a l'homme qui confesse ou absout ; mesmement, vous confessant souvent comme vous faites.

Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur. Je suis en luy. Madame,

Vostre

A Neci, 6 novembre 1608.

CDXCI

A MADEMOISELLE DE BRÉCHARD ( î )

Recommandations pressantes de garder son cœnr, de le mortifier et de le tenir en même temps dans la joie. — Messages.

16 novembre 1608.

Madamoyselle,

Le seul désir que j'ay que vous sachies que mon cœur chérit le vostre me fait escrire ces trois motz. Conserves

(i) Jeanne-Charlotte de Bréchard, née en 1^80 et vraisemblablement an château de Vellerot, non loin de Beanne, descendait de denx nobles familles de Bourgogne, les Bréchard et les Machecop. Orpheline dès le berceau, négligée et parfois tristement délaissée par son père, elle mena pendant plus de vingt ans, parmi toutes sortes de périls, une existence souffrante et humiliée. Heureusement, elle rencontra la baronne de Chantai, et, par sa vertu et par ses malheurs, s'en fit aimer. Qui sait même, si d*ètre la proche parente de M. d*Anlex7, le meurtrier de M. de Chantai, ne lui valut pas un surcroît d'obligeantes amitiés de la part de la veuve magnanime ? Un jour, et par Tentremise de celle-ci sans doute, François de Sales prit sa conduite. Ce fut pour la noble demoiselle un jour béni ; dès lors, elle trouva la paix et connut sa vocation. Le 6 juin f6fO, elle s'enfisrmait dans la maison de la Galerie, à

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le bien, ce cœur, pour lequel le cœur de Dieu fut triste

jusques a la mort*, et, après la mort, transpercé par 'Matt., xxvi, 38.

le fer*, affin que le vostre vive après la mort et soyt joyeux ' Jo«°-» «^f» 34.

toute sa vie. Mortifies le bien en ses jo^es, et le res-

jouisses en ses mortifications (0.

Resouvenes vos petites damoyselles (2) de moy, et principalement ma Marie Aymee que je tiens pour toute mienne. Je suis,

Madamoyselle,

Vostre très asseuré serviteur en Nostre Seigneur,

F. E. de G.

XVI novembre 1608.

Je vous escrivis l'autre jour par l'homme de M"** du Puy d'Orbe, et au bon M. de Lacurne que je vous prie saluer de ma part.

A Madamoyselle Madamoyselle de Brechard.

Revu sur TAutographe appartenant à M. de Mérona, an château de Mérona

Jnra).

Annecy, pour y commencer avec sa protectrice et Marie-Jacqueline Favre, rinstitut de la Visitation. Après son oblation (6 juin z6ii), elle fonda le Monastère de Moulins (le troisième de TOrdre, 1616), de Neyers (1690), et en dernier lieu, celui de Riom (1693), où elle mourut le 18 novembre 1637.

Par %^ droiture d*esprit, par son activité féconde et son admirable simplicité de cœur, la Mère de Brechard est bien de la sérieuse et forte race des fondatrices. Eloquente, enjouée, eUe a fait des cantiques dont quelques-uns ne sont pas dénués de grâce ; il semble même qu'elle avait Tintelligence des Saints Livres. Mais une faveur plus rare et plus haute fut accordée à la troisième Religieuse de la Visitation. Longtemps la corruption respecta son corps; des guérisons notables auraient été obtenues par son aide et par ses prières ; il fut même sérieusement question, en 1709, de commencer le Procès de sa Béatification. (Cf. Les Vies de quatre des premières MèreSy par la Mère de Chaugy (Paris, 1899), et La Visitation Sainte-Marie de Riom et Jeanne-Charlotte de Brechard, parE. Everat ; Riom, 1901, a"»» édit.)

(i) Les deuxième et troisième phrases de ce billet ont été interpolées par les éditeurs de 1696, dans une lettre qui sera donnée plus loin ; le reste est inédit.

(9) Les trois filles de la baronne de Chantai.

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CDXCII

A LA BARONNE DB CHANTAL

(frâgmbitt)

Amiable partage de biens pour faciliter le mariage de Bernard de Sales.

1 6 novembre ( i ) 1 6o8.

Jamais nostre la Thuille ne m'a tant contenté que dans ce partage des biens que nous avons fait amiablement cette semaine entre mes frères. En fin nostre Marie bienaymee sera baronne de Thorens(>). Mais tout cela s'est passé si paysiblement et si chrestiennement, que j'en suis tout a fait édifié et consolé

(i) D'après une pièce authentique, le partage avait été fait le 14 novembre. Comme le 16 était un Dimanche, il résulte du texte même du fragment que celui-^i a été écrit ce jour-lâ même.

( 9 ) Pour obliger ses enfonts à vivre ensemble, M. de Boisy avait décidé par testament, que les biens resteraient indivis; que le partage, s'il devenait un jour nécessaire, serait fait par François de Sales, mais que Bernard, cadet de la maison, aurait le premier choix, et ensuite les antres ; si bien que la part qui resterait devait échoir au frère aîné. Ainsi fut fait. Bernard de Sales choisit pour sa part la maison paternelle, et devint baron de Thorens et seigneur de Sales. Cette distribution plus qu'égalitaire n*agréa pas tout d*abord aux aines, qui s*en croyaient lésés ; mais la sagesse désintéressée de Louis, seigneur de la Thuille, intervint et les apaisa. Les lignes de ce fragment se rapportent sans doute à cet épisode. (Voir de Hauteville, La Maison naturelle de St Fr. de S, (Paris, X669), ParUe II.)

Ici le Saint a de la peine à contenir sa joie ; pour la comprendre, il faut savoir que ces arrangements facilitaient le mariage de son jeune frère, et par suite, donnaient plus de jour à la retraite de M"* de Chantai en Savoie. Le projet de Tlnstitut se précisant de plus en plus, U fallait bien songer à son établissement.

Année 1608 89

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