A MADAME DE LA CHAMBRE, RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE BAUME (O
Pourquoi il ne faut pas remettre les Vêpres après souper. — Le moyen d'être consolée pour cette vie et pour l'autre. — Messages divers.
Annecy, 24 novembre 1608.
Madame ma très chère Nièce,
Vous ne sçauries m'obliger davantage que de prendre la confiance que vous aves en moy, qui aussi vous chéris et honnore avec toute la fidélité que vous pouves désirer. Vous faites dignement de donner a monsieur vostre frère (») toute la satisfaction que vous pouves, puisqu'il vous tesmoigne tant de son amitié, et, puisqu'il le désire, c'est bien fait de vous tenir tout le jour occupée aux ouvrages. Mais quant a remettre vos Vespres jusques a ce que vous vous retiries le soir après souper, oh ! ma chère Nièce, je ne vous le conseille pas. Non point que ce soit grand péché, car tout au plus il n'est que véniel ; mais par ce que ce sera plus d'édification pour toute vostre compaignie et plus de satisfaction pour vostre ame, si vous vous retires demi heure devant souper pour dire vos Vespres, faysant paroistre que cela est vostre cher ouvrage et vostre besoigne bienaymee. Pour les autres suffrages des trespassés,
(i) Louise de Seyssel, née de François de Seyssel-la-Chambre, marquis d'Aix, lieutenant-général au gouvernement de Savoie, et d'Isabelle de la Roche-Andry, demoiselle d'honneur de la duchesse de Savoie. Elle entra en 1603 à l'abbaye de Baume-les-Dames (voir le tome précédent, note ( i ), p. no), et mourut à Chambéry, le 30 avril 1659. Le Saint lui avait offert un exemplaire de V Introduction à la Vie dévote (la 3"« édition, 1610). Voir notre tome III, note (3), p. LXii.
(3) Louis de Seyssel, baron de Meillonnas, marquis d'Aix, vicomte de Maurtenue, maréchal de camp, chevalier de l'Ordre de l'Annonciade (1618), fut le continuateur de sa race. Après la mort de Gasparde-Juliane de Mouxy, sa première femme, il épousa, le 8 août 1699, Adrienne-Françoise de Grammont, veuve de Jean Fonrnier de Marcossey, baron d'Haussonville, et mourut i Aix, le 93 janvier 1650.
90 Lettres de saint François de Sales
vous pouves bien ne les point dire du tout, car vous n'y estes nullement obligée ; si que vous pouves, sans scrupule, les laisser.
Soyes tous-jours bien dévote, ma chère Nièce, et croyes que c'est le seul moyen de recevoir toute consolation • Cf. I Tim., IV, 8. pour cette vie et pour Tautre*. Je recommanderay a Nostre Seigneur madamoyselle vostre seur (O, affin quil la conduise selon vostre désir. Je vous supplie de resaluer madame vostre belleseur (») de ma part et de Tasseurer de mon service.
Si j'avois autant de liberté que je souhaiterois, vous ne tarderies guère a me voir ; mais, ne pouvant mieux, je vous visite souvent en esprit, désirant en vostre cœur abondance de Tamour divin. Vives joyeuse. Madame ma chère Nièce, puisque vous aves bonne volonté d'estre toute a sa divine Majesté, pour laquelle je suis très afiFectionnement,
Vostre oncle et serviteur très asseuré.
Franc», E. de Genève.
XXIV novembre 1608.
A Madame Madame de la Chambre,
Religieuse de Baume.
A Aix{3).
Revu sur l'Autographe conservé au Graud-Sémioaire de Besançon.
( I ) Sans doute Marguerite de Seyssel, qui épousa (par contrat signé à Chambéry le 38 mai 161 3) Charles, comte de la Forest. Elle testa le 33 août et le 10 décembre 165^, et fut enserelie en Téglise de Sainte-Claire, à Chambéry.
(a) Gasparde-Juliane de Mouxy, fille de Georges de Mouxy, conseiller et chambellan du duc de Savoie, et de Louise de Seyssel-la-Chambre, épousa en avril 1606, Louis de Seyssel (cf. note (3) de la page précédente); mais elle ne vécut pas longtemps. (Voir La Maison de Seyssel (Grenoble, 1900), tome !•'.)
(3) Aix en Savoie, où Louis de Seyssel, frère de la destinataire, avait un château.
Année 1608 91
CDXCIV
A LA BARONNE DE CHANTAL
(fragmiiit)
AnniTersaire d*ane consécration épiscopale. — Sentiments de François de Sales à propos de cet éyènement.
Annecy, 7 décembre 1608.
Ma très chère Fille,
Je m'essaye de faire un très g^and renouvellement pour mon ame, parce qu'il y a demain six ans que Dieu m'osta au monde et a moy mesme pour me donner a son Eglise et a ses brebis. Vous sçaves que c'est le jour de ma consécration épiscopale. Ah, ma Fille, qu'il me fit alhors de grâces, ce grand Dieu, et que j'en ay mal prouffité ! Mais, vive sa bonté et son amour I je vay commencer tout a cette heure a le bien servir, moyennant l'ayde de sa grâce.
ReTQ snr le texte inséré dans le II<* Procès de Canonisation.
CDXCV
A MADEMOISELLE DE TRAVES ( 0
Témoignages d'affectnenx déyonement. — Ingénieuse manière de demander à nne âme chrétienne si elle aime Dieu; que faire quand on aime bien Dieu.
Annecy, i8 décembre 1608.
Madamoyselle,
Mon frère (»), qui va la, vous dira peut estre que je vous
( X ) Probablement Claude du Plesseys, fille de Jean du Plesseys et de Louise de Vieil-Châtel, qui avait épousé le 34 juin 1598, Jean II de Choiseul de Traves. Celui-ci mourut en octobre 160% laissant à sa veuve trois enfants et la tutelle de cinq fils et d*une fille quHl avait eus de Barbe de Chastellux, sa première femme. (Cf. La Chesnaye- Desbois, Dictionnaire de la NohUsstf 1770-1786, art. Choiseul,) Voir le tome précédent, p. aa^, et ci-après, la lettre du 18 avril 1609 à la même.
(a) Bernard de Sales (voir ci-après, note (a), p. 93).
93 Lettres de saint François de Sales
chéris et honnore bien fort ; mais vous croiries peut estre bien aussi qu'il me feroit ce bon office par charité, et je désire que vous sçachies que c'est mon cœur qui a vrayement ce sentiment-la : c'est pourquoy je l'escris ainsy de ma main et de mon cœur.
Mais dites-moy donq, Madamoyselle, je vous supplie, l'amour de Dieu regne-il pas tous-jours en vostre ame? N'est-ce pas luy qui tient les resnes de toutes vos affections et qui dompte toutes les passions de vostre cœur ? Oh je n'en doute nullement ; mais, Madamoyselle, il faut que vous permetties a un esprit qui vous ayme chèrement, de vous demander ce qu'il sçait, pour le playsir qu'il prend d'ouïr dire et redire vostre bonheur. On demande si souvent : Vous portes-vous bien ? encor que l'on voye ceux qu'on interroge en fort bonne santé. Ayés donques aggreableque, sans desfiance de vostre vertu et constance, je vous demande par amour : Aymes-vous bien Dieu, Madamoyselle? Si vous l'aymes bien, vous vous plaires a le considérer souvent, a parler souvent a luy et de luy, a vous reunir souvent a luy au très Saint Sacrement. Qu'a jamais puisse-il estre nostre propre cœur, Madamoyselle !
Je suis en luy,
Vostre serviteur bien humble.
i8 décembre 1608.
Année 1608 93
CDXCVI
A LA BARONNE DE CHANTAL
Départ de Bernard de Sales pour la Boargogne. — Souhaits et actions de grices à propos de son mariage. — Le Saint déplore les dangers qae court une âme infidèle à ses engagements sacrés et bénit Dieu qui l'a gardé de Terreur dès son jeune Age. — Les saints Pères et Thérésie. — Un ministre converti. — « Madamoyselle de PerdreauTille » et sa Emilie. — La manière de prêcher contre les hérétiques.
Annecy, 18 ou 19 décembre 1608 (x).
Mais dites donq la vérité, ma très chère Fille, ne voyci [pas] une extravagance, que mon frère (>) partant pour aller auprès de vous, je n'aye pas loysir de vous escrire qu'a demy ? Or sus, voyla quil s'en va avec un cœur tout vostre et désireux de vous obéir en tout ; car, comme je luy ay recommandé, il traittera de toutes choses avec vous, en l'entière confiance et obéissance qu'un humble et doux enfant doit rendre a sa bonne et chère mère, et en tout suivra vos advis. Dieu soit loué a jamais ! Je ne puis révoquer en doute que ce mariage ne soit son prouffit, puisque luy en ayant si purement remis et recommandé l'événement, il l'a conduit a ce terme. Qu'a jamais il veuille en maintenir le lien intérieur, et longuement l'extérieur.
Helas, ma Fille, que c'est un dur passage a mon esprit, de passer de ce mariage a la dissolution de celuy que la pauvre damoy selle de Bareul (3) avoit fait avec son Dieu I
( I ) La date du 3 décembre 1609, donnée par l'édition de 1626, est inexacte ; la nôtre est justifiée par le texte. L'allusion formelle à la fête de saint Thomas (Toir la page suivante) indique le jour, et c'est le voyage du gentilhomme, porteur de cette lettre, qui sert à préciser Tannée.
Le texte entier de cette page est inédit.
(3) Bernard de Sales, qui se rendait en Bourgogne pour son contrat de mariage avec Marie-Aimée de Chantai. Ce contrat fut signé à Thoste, le ^janvier 1609.
(3) La sympathie attristée du Saint sur le malheur de la « pauvre damoyseUe » éveille notre curiosité ; mais Thistoire détaillée de la « pauvrette w et de son mari, qu'il serait si intéressant de connaître, s>st dérobée jusqu'ici i nos recherches. Nous savons seulement que Marie de Rabutin, fille de Jean de Rabutin et cousine germaine du mari de la baronne de Chantai,
94 Lettres de saint François de Sales
La pauvrette se veut donques perdre avec son mary. Les Confessions de saint Augustin et le chapitre que je luy montray passant vers elle, devoyent suffire pour la retenir, si elle n'estoit lancée a son précipice que par les considérations qu'elle allègue. Dieu, au jour de son grand jugement, se justifiera contre elle et fera bien voir pour-
• Ps. xLi, 8. quoy il Ta abandonnée. Ah ! un abisme en tire un autre*.
Je prieray Dieu pour elle, et spécialement le jour de saint Thomas, que je conjureray, par son heureuse infidélité, d'intercéder pour cette pauvre ame si malheureusement infidelle.
Quelles actions de grâces devons nous a ce grand Dieu, ma chère Fille ! Mais moy, attaqué par tant de moyens, en un aage fresle et floûet, pour me rendre a l'heresie, et que jamais je ne luy aye pas seulement voulu regarder au visage sinon pour luy cracher sur le nez, et que mon foible et jeune esprit, parcourant sur tous les livres empestés, n'aye pas eu la moindre esmotion de ce malheureux mal : o Dieu, quand je pense a ce bénéfice, je tremble d'horreur de mon ingratitude. Ma Fille, accoisons nous en la perte de ces âmes, car Jésus Christ a qui elles estoyent plus chères, ne les laisseroit pas aller après
• Cf. Rom., I, a8. leur sens *, si sa plus grande gloire ne le requeroit. Il
est vray que nous les devons regretter, et souspirer pour •llReg.,xvin,9-33, elles comme David sur son Absalon pendu et perdu *.
Il n'y eut pas grand mal, non, en ces desdains que vous tesmoignastes parlant avec elle. Helas ! ma Fille, on ne se peut contenir quelquefois en des accidens si dignes d'abhorrissement. Les epistres de saint Hierosme luy seront encores bonnes, car voyes vous, outre les tesmoignages qui sont espars ça et la es escritz des saintz Pères en faveur de l'Eglise (car en fin ilz parlent tous comme nous), l'esprit mesme de ces grans personnages respire par tout contre l'heresie.
L'autre jour, de grand matin, uji homme grandement docte et qui avoit esté ministre long tems, vint me voir,
épousa Eraste de Vins, seigneur de Bareuil. Si cette personne est celle dont parle saint François de Sales, il avait pu la voir lors de son voyage en Bourgogne quelques mois auparavant.
Année 1608 9^
et me racontant comme Dieu Ta voit retiré de Theresie : « J'ay eu, » ce me dit il, « pour catéchiste le plus docte Evesque du monde. » Je m'attendois qu'il me nommast quelqu'un de ces grandes renommées de cet aage, et il me va nommer saint Augustin. Il s'appelle Corneille (O, et maintenant fait imprimer un beau et digne livre pour la foy (»). Il n'est pas encores receu a l'Eglise, et m'a donné espérance que ce sera moy qui le recevray . Je n'ay jamais veu homme si docte de ceux qui sont hors de l'Eglise. Helas, le bon homme s'en alla satisfait d'avec moy, disant que je Tavois caressé amoureusement et que j 'a vois le vray esprit de chrestien. (3) Je croy bien qu'il adjousta que je n'estois pas des plus doctes, mais on ne me le dit pas. Mon Dieu, ma Fille, que dis-je ? J'escris a course de plume et ne pense qu'a vous parler comme entre nous deux. Je voulois dire que ces anciens Pères ont un esprit qui respire contre l'heresie, es pointz mesmes esquelz ilz ne disputent pas contre elle.
( X ) Jean G>rDeille, né à Noves en Provence, quitta Thabit religieux, vint à Genève pour y étudier, en 1581, et après quelques années fut élu ministre d'Orange (1586). Suspendu en raison de sa conduite qui Tavait rendu suspect, il dut comparaître le 8 octobre 1^93 devant le consistoire de Nimes. Ses réponses et son adhésion écrite à la confession de foi semblèrent dissiper la méfiance de ses juges et le firent réintégrer dans ses fonctions. Mais au mois d'avril 1^96, son attitude et ses relations avec les Jésuites d'Avignon excitèrent de nouveau les alarmes des pasteurs, et bientôt, son refus de comparaître une deuxième fois devant eux, les persuada qu'il était retourné au papisme. A partir de ce moment, on perd la trace de l'ancien ministre jusqu'en mai 1608. On le trouve alors à Paris, faisant visite à un de ses bons amis, Pierre de l'Estoile, et lui exposant un plan de réunion des églises. (Voir Mé moire s-Journaun de Pierre de l'Estoile, mai 1608.) La présente lettre nous avertit qu'il était à Annecy à la fin de cette même année. Curieuse figure que celle de ce provençal érudit, i rame inquiète et remuante, tour à tour l'ami du célèbre chroniqueur parisien et de François de Sales I
C'est la lecture du Traité de VEglise de du Plessy-Mornay, « le pape des huguenots, » qui lui aurait ôté la foi ; mais si « le plus docte Evesque du monde » le catéchisa, n'est-ce pas le plus aimable et le plus persuasif des Evéques qui sans doute le convertit ? (Cf. Haag, La France protestante ^ 1884.)
(3) Ce doit être l'ouvrage mentionné par l'Estoile (ibid., 9 juin) :
Joannis Cornelii provincialis Encycîopadia (hoc est universa Institutio atque disciplina sacro-sanctœ christiance et catholicce Religionis), in qua. contra tela mali iïlius ignita rabidorum videlicet crescentes in dies errorum deformitates et damnatorum morum corruptelas^ verœ sapientia ac Reîigionis puritas de/enditur et armatur,
(3) Les quatre lignes suivantes sont inédites.
96 Lettres de saint François de Sales
Estant a Paris et preschant en la chapelle de la Reyne, du jour du Jugement (ce n'est pas un sermon de dispute), il se treuva une damoyselle, nommée madamoyselle Perdreauville, qui estoit venue par curiosité ; elle demeura dans les filetz, et sur ce sermon prit resolution de s'instruire, et dans trois semaines après, amena toute sa famille a confesse vers moy et fus leur parrein a tous en la Confirmation (0. Voyes vous, ce sermon la, qui ne fut point fait contre Theresie, respiroit néanmoins contre Theresie, car Dieu me donna Ihors cet esprit en faveur de ces âmes. Despuis j'ay tous-jours dit que qui presche
(x) M. de RacoQis était anssi seignear de PerdreauviUe ; il eut quinze enfants de trois mariages successifs. Cest pour avoir ignoré ces deux particularités, que la plupart des historiens ont mêlé au récit de cette conversion beaucoup d'inexactitudes.
François d*Abra de Raconis, d*origine piémontaise, naturalisé en 1549, seigneur de Neuville, de PerdreauviUe et d'Havelu, ambassadeur en Suisse pour le roi, etc., épousa en troisièmes noces Rachel Bochart. C'est cette âme obstinée dans le calvinisme, qui se rebella contre la grâce jusqu'au jour où elle fut prise dans les filets du grand convertisseur, et avec elle, sa maison, composée d'une vingtaine de personnes. L'événement fit grand bruit â la cour et dans la capitale. On connaît le mot du cardinal du Perron, cité par Charles- Auguste (Histoire^ etc., liv. V) : « Sire, il s'en est peu fallu que je n'aye jette tous mes livres de controverse au feu, quand j'ay sceu que ces messieurs de Raconis, i la conversion desquels j'ay pris tant de peine, avoyent abjuré rheresie entre les mains de Monsieur de Sales, Evesque de Genève ( i ). »
Trois membres de la famille de Raconis sont surtout connus dans l'histoire religieuse du temps : Matthieu de Raconis, né du deuxième mariage de François d'Abra, se convertit en 1^93, entra en 1595 chez les Capucins, où il devint célèbre sous le nom du P. Ange ; trois de ses sœurs abjurèrent dans le même temps; la quatrième, plus opiniâtre, fut amenée à la foi par M. de fiéruUe. Celui-ci n'étant pas encore prêtre, la confia au P. Benoit de Canfeld et ensuite â M*"* Acarie. Entrée au Csrmel, non sans de grandes difficultés (cf. Mémoire sur la fondation.,, des Carmélites (Reims, 1894), t. II, p. 177), elle reçut le voilfe et le nom de Claire du Saint-Sacrement, au monastère de Pontoise, où elle mourut en x666. Le troisième personnage, Charles-François de Raconis, neveu du P. Ange, se trouvait au nombre des convertis et des filleuls spirituels du Saint, et mourut en 1646 évêque de Lavaur, après s'être distingué par ses travaux et ses ouvrages de controverse.
(Cette note s'inspire en grande partie des renseignements du P. Edouard d'Alençon, érudit aussi consciencieux que bien informé. Voir Annales Fran^ciscaines^yoxa. 1888 : « Deux Saints François. »)
(1) Le même Cardinal disait encore du Saint : « Si vous voulez que Je les convainque (les hérétiques), j'espère, avec l'aide de Dieu, que la doctrine qu'il m'a donnée pourra aisément faire cela ; nuis si vous voulez les convertir, menez-les à Monsieur de Genève^ auquel Dieu a baillé ceste vertu, que tous ceux ausqueto il parle s'en retournent convertis, n (Ibid.)
Année 1608 97
avec amour presche asses contre les hérétiques, quoy qu'il ne die un seul mot de dispute contre eux ; et c'est pour dire qu'en gênerai, tous les escritz des Pères sont propres a la conversion des hérétiques.
(O O mon Dieu, ma chère Fille, que je vous souhaitte de perfections ! Une pour toutes : cette unité, cette simplicité. Vives en paix et joyeuse, ou au moins contente, de tout ce que Dieu veut et fera de vostre cœur. Je suis en luy et par luy, tout vostre.
Franc', E. de Genève.
Le ... décembre ....
A Madame Madame la Baronne de Chantai.
Revu sur le texte inséré dans le I*'' Procès de Canonisation.
( 1 ] Cette fin de lettre, qni manque dans le Procès de Canonisation, est empruntée à Tédition de i6a6.
CDXCVII
A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS- d'ORBE
Le Saint demande à TAbbesse de ses nouvelles. — Conseils divers. — Le moyen de tirer profit de ses infirmités. — Exhortation à la dévotion. — Assurance de dévouement.
Annecy, 19 décembre 1608.
C'est grand cas, ma chère Fille, que nul ne m'escrit de vous, ni de Dijon, ni de Bourbilly, sinon l'autre jour madame de Chantai qui me dit qu'elle vous iroit voir. Mais que faites vous donq, chère Fille ? Voyci la cinquiesme lettre que je vous envoyé despuis mon retour : penses vous pas que ce soit a bon escient que je suis vostre père ? Voyes vous, escrives moy un peu souvent, et envoyés a commodité vos lettres a Dijon et a Montelon, car je les recevray tous-jours asses ; et si vous ne pouves pas m'escrire (car je m'imagfine que cette mauvaise jambe
LiTTUS IV 7
98 Lettres de saint François de Sales
vous tient souvent au Ht), faites que cette bonne seur ( * ) m'escrive pour vous.
Mon Dieu, que de biens mon ame souhaite a la vostre ! Faites bien vostre prouffit de vos travaux, rendes-les fructueux par une volontaire acceptation des croix que la nécessité vous impose. Resouvenes vous de vos premiers mouvemens de dévotion ; car a vostre retour de Dijon, on me dit qu'entre les rasoirs et lancettes, vous chanties des cantiques a Dieu. Prattiques fidellement les oraysons jaculatoires, faites vous lire des bons livres et ordonnes a vos plus confidentes filles qu'elles vous entretiennent de Dieu.
J'attens que ce primtems nous donne la commodité de nous revoir, et tandis, tous les jours je prie pour vous ; et certes, mon cœur vous chérit très parfaittement en * Joan., XIX, 34. Celuy qui, pour nous, eut le sien transpercé sur la croix*. Dites vous pas tous-jours : Vive Jésus ? Ouy, ma Fille très chère, qu'a jamais ce grand Jésus vive et règne en nos âmes ! Amen.
Je salue toutes vos chères Seurs, et a part la nostre (•). Mon frère le chanoyne (3) n'est pas icy ; je m'asseure quil vous escriroit ; car et luy et toute nostre mayson est dédié a vostre service.
xviiii décembre 1608.
A Madame Madame l'Abbesse du Puy d'Orbe.
Revo sur TAutographe conservé à la Visitation du Mans.
( I ) M»* de Chantai.
(s) Françoise Bourgeois, prieure du Puits-d*Orbe.
(3) Jean-François.
Année 1608 99
CDXCVIII
A MADAME DE ROCHETTB, RELIGIEUSE DE l'aBBAYE DE SAINTE-CATHERINE (0
(nnDiTB)
Un sujet inépuisable de correspondance. — Le Saint envoie à la destinataire des chansons spirituelles.
Annecy, a8 décembre 1608.
Vous faites bien, ma chère Fille, de m'escrire quelquefois sans sujet particulier, mais avec le seul gênerai que Jésus Christ et sa dilection, unique lien de nos cœurs, vous fournira tous-jours. Sans doute que Dieu vous consolera tous-jours plus en cette heureuse entreprise que vous aves faitte de ne vivre que pour luy. Continues donq courageusement, chère Fille, et demeures invariable en ce divin propos.
Je vous envoyay des chansons spirituelles par cette porteuse (*), et ne sçay comme elle ne les vous a données. Il y en avoit peu parce que les copies des autres se sont esgarees ; mais je les feray rechercher, aflBn qu'a cela ne tienne que vous aspiries amoureusement et souëfvement en Dieu, pour lequel nous devons souspirer toute nostre
(x) Péronne de Rochette, fille de Charles de Rochette et de Françoise- Marie de Chevron-ViUette, entra i Sainte-Catherine et prit Thabit de noyice le 4 mars 1607. Aidée par les avis dn saint Evéqne, elle se distingua bientôt par sa ferveur, et pins tard, quand parmi ses compagnes, nn gronpe se forma pour embrasser décidément nne vie religieuse plus exacte, elle donna son nom. Elle eut l'occasion de se lier avec la baronne de Chantai et d*en recevoir de précieux conseils pour sa conduite spirituelle. Les particularités de cette lettre semblent se référer à son histoire et la désigner comme destinataire. (Voir Grossi, La Vie de la Vhlt Mère de Ballon (Annecy, 1695), et Mngnier, HisU de l'ahèaj^e de Su-Catherine ;Chzmbéry, 1886.)
(s) La « porteuse », si la lettre s'adresse à Péronne de Rochette, pourrait être Marie-Aimée de Blonay, qui était venue passer les fêtes de la Noël à Annecy pour y entendre les prédications de François de Sales. (Cf. ci-après, note(i), p. lox.)
loo Lettres de saint François de Sales
vie et auquel nous souhaitons d'expirer a la fin de nos jours. Amen.
Je suis en luy,
Vostre très affectionné et fidelle serviteur,
Franc», E de Genève.
28 décembre 1608.
Si vostre bonne Mad* (sic) ( ' ) me fait la consolation de venir me voir, faites-le moy sçavoir, je vous prie, affin que je la reçoive plus a propos, et vous aussi.
A Madame de Rochette.
Revu sur nne copie cooservée à la Visitation de Montélimar.
( X ) Cette « bonne Mad* » serait-ce TAbbesse dn monastère, Claudine de Menthon, ou Claudine de Rochette ? Celle-ci était saur de Péronne; Religieuse comme elle à Sainte-Catherine, elle contraria souvent, par son tempérament un peu rnde, Thumeur plus douce de sa cadette. L'abbaye l'avait pour prienre le i*'' août 1639 ; c'est pen de temps après, que les généreuses dissidentes, et Péronne parmi elles, allèrent fonder i RnmiUy un asile plus régulier et plus fervent. (Voir les ouvrages indiqués à la note ( 1 ) de la page précédente.)
CDXCIX