‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 23 sur 124 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

DE LETTRES A LA BARONNE DE CHANTAL

DI

Ne jamais reprendre le temps fixé pour Toraison. — Le crucifix matériel et le vrai Crucifix. — Comment s^accnser en confession. — La simplicité, Tamitié, la petitesse. — Qpe faire quand il arrive des pensées mauvaises.

Le tems que nous déterminons de donner a Dieu en l'orayson, donnons le luy avec nostre pensée libre et desoccupee de toutes autres choses, avec resolution de ne jamais le reprendre, quelz que travaux qui nous en arrivent, et tenons un tel tems pour chose qui n*est plus a nous ; et encor que vous y senties vostre misère, ne vous troubles point, ains soyes en joyeuse*, pensant que vous •Cf.iiCor.,uit.9. estes une vrayement bonne besoigne pour la miséricorde • q^ ^^^ praced. de Dieu*. p. 3^.

( I ) Bn 1605, la baronne de Chantai commença i transcrire dans un petit livret, des extraits des lettres qu'elle recevait de saint François de Sales. (Cf. M/moires de la Mère de Chaugy, Partie III, chap. xv.) L*original de ce recueil n*a pas été retrouvé. Il en existe toutefois plusieurs copies. Les fragments donnés ici proviennent d'un ancien Ms. in-is gardé à la Visitation d'Annecy, lequel contient, avec une partie du « petit livret, » V Histoire de la Galerie^ etc.

Les passages que nous reproduisons ont paru pour la plupart dans le tome II des Œuvres de sainte Jeanne-Françoise de Chantai (Paris, Pion, 1875). D'une longue et minutieuse étude, il ressort qu'ils appartiennent à des lettres écrites de 1605 i 1608 ; mais comme la vénérée Fondatrice n'a pas cru devoir s'astreindre à une transcription scrupuleuse, et que d'ailleurs notre copie n'est pas de première main, il n'est pas possible de garantir absolument l'intégrité de ces morceaux. C'est cette difficulté qui a persuadé de les grouper ensemble et de les insérer i cette place.

Certains fragments nous ont paru inédits ; nous les indiquons, mais sous toutes réserves.

I04 Lettres de saint François de Sales

Quand on fait les Religieuses professes, on leur met un crucifix matériel entre les bras ; mais moy, ma Fille, je vous donne le vray Crucifix. C'est vostre Espoux. Portés le entre vos bras et que vostre ame le tienne bien serré et n'abandonne point le pied de la Croix, luy donnant vostre cœur souventes fois le jour.

c) (0 Je vous recommande de vous accuser en confession clairement, franchement et simplement, et ne vous empresses point f>our vos confessions, pourveu que vous gardies cette fidélité a Dieu, de ne point retenir ni excuser vos péchés : Non, non, mon Sauveur, deves vous dire, jamais je n'oublieray t;05 volontés, carenicelles, vous

• Pf. cxviii, 93. m'aves justifiée *.

Vuides vostre cœur de toute image des choses corporelles, et simplifies vos actions et vos paroles, tant que vous pourres. Que vostre amitié soit cordiale et sincère et sans flatterie. Faites vous fort petite a vos yeux : c'est la

• Cf. toiu. pr«ccd., vraye grandeur des vefves*.

^* '^'' Quand il vous arrivera des pensées mauvaises et que

vous vous en appercevres, faites un acte f>ositif par une aspiration contraire, et ne perdes pas le tems a vouloir

•Cf.iofra.p. m. rien rechercher, mais passes outre*.

Il est bon de représenter ses nécessités a Dieu par un simple regard, et l'invoquer au commencement de toutes vos actions. Penses que le doux Sauveur est assis dans vostre cœur comme en son throsne, et le regardés souvent, vous humiliant fort devant luy.

Je désire que vous soyes extrêmement humble ; que vostre cœur soit fort clair et ouvert, et sans reserve en mon endroit.

( I ) La phrase suivante parait inédite.

Années 160$ -1608 10$

DU

Exhortation à la douceur dans les relations avec le prochain. — Comment réprimer les défauts de nos inférieurs. — Aveu du Saint — Les vainqueurs do mal.

( » ) Quand le saint patriarche Joseph renvoya ses frères d'Egypte pour amener Jacob leur père, il leur donna cet advis : Ne vous courroucés point en chemin *. Je vous * Gen., xlv, s^. dis de mesme : Cette misérable vie n'est qu'un acheminement a la bienheureuse ; ah ! ne nous courrouçons point en chemin, allons avec nos compaignes, doucement et paisiblement. Ne recevés pas les prétextes que l'amour propre suggère pour excuser le courroux, car saint Jacques dit tout net * : LHre de V homme n'opère point la * Cap. i, se. justice de Dieu ; combien moins celle de la femme. Et aussi, Nostre Seigneur a formé toute sa doctrine en ces motz : Apprenes de moy que je suis doux et humble de cœur *. Bref, le sucre ne gaste nulle sauce. * Matt., xi, 59.

Il faut résister au mal et reprimer les vices de ceux qui sont en nostre charge, puissamment, vaillamment, mais doucement, paisiblement. Rien ne matte tant l'elephant que l'aigneau, et rien ne rompt tant la fureur du canon que la laine. Je ne me suis mis en cholere, pour justement que ç'ayt esté, que je n'aye reconneu par après que j'eusse encores plus justement fait de ne me point courroucer.

Bref, resouvenes vous que l'espouse de Nostre Seigneur est appellee Sulamite *, c'est a dire paisible, et que des- • Cant., vu, i. sous sa langue est le lait et le miel; en ses lèvres^ le rayon distillant, comme il est dit au Cantique*. ^Cap. iv, n. Saint Paul nous apprend de vaincre le mal *, et non • Rom., xu, uit.

( I ) Ce passage a été inséré presque textueUement dans X Introduction a la Vit dévote (voir tome III, pp. i6a, 163, 165). Le saint Evéque s'est donc servi des lettres écrites i la baronne de Chantai, pour compléter les instructions adressées à Philothée et pour donner plus « de cors »> à Touvrage, suivant le désir de son ami Fenouillet. (Cf. plus bas, Lettre dxiv, p. 197.)

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Lettres de saint François de Sales

seulement de le combattre. Ceux qui se courroucent combattent le mal, mais ceux qui sont doux le vainquent : Ubi pag. pmced. Surmontes, dit TApostre*, le mal par le bien.

DIIKO

Avoir ton âme en tes mains ; comment elle nous échappe et les moyens de la reprendre. — Obligation d*ane âme qui est tonte â Dieu. — Le présent, le passé et Tavenir, et l'emploi qu'il convient d'en faire pour servir Notre- Seigneur comme il le désire.

(>) Mon ame est au hazard, je la porte en mes mains,

* Ps. cxviii, 109. disoit David *. Examines souvent si vous aves vostre ame

en vos mains ; si quelque passion, trouble ou inquiétude vous Ta point ravie ; si vous Taves en vostre commandement, ou bien si elle est f>oint engagée en quelque affection ; et si vous voyes qu'elle vous soit eschappee, avant toutes choses, cherches la et la reprenes. Mais resouvevenes vous qu'il la faut reprendre fort bellement et doucement, car si vous la voules saysir a force de bras, vous Teffaroucheres.

Dieu soit nostre tout !

h) Considérés souvent si vous f>ouves dire avec vérité :

* Cant., II, 16. Mon Bienaymé est a moy, et moy a luy*. Voyés s'il

y a quelques pièces et facultés de vostre ame ou quelque sens de vostre cors qui ne soit pas a Dieu, et l'ayant descouvert, reprenes le ou qu'il soit, et le luy rendes, car vous estes a luy, toute, toute.

Nostre Seigneur désire que vous ne pensies ni a vostre advancement ni a vostre amendement, point du tout;

( I ) Il existe deux leçons des fragments diii-dv. Nons les avons fondues ensemble, en rectifiant et en complétant un texte par l'autre.

( a ) Pour les deux alinéas suivants, cf. Vlniroduetion m la Vie devott, tome III, p. ucvi, note ( i ), et p. 319. (Voir la note ( i) de la page précédente.)

Années 1605-1608 107

mais a reœvoir et employer fidellement les occasions de

le servir et prattiquer les vertus dans chaque moment,

sans aucune reflexion sur le passé ni l'avenir. Chaque

moment présent doit f>orter son soin *, et Tunique occupa- ' Cf. Matt., ▼!, 34.

tion dans les retours a Dieu, est un gênerai abandonne-

ment et désir qu'il destruise tout ce qui s'oppose a ses

desseins.

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