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L^esprit naturel et Tesprit chrétien ou Tesprit de la foi ; les rébellions du premier n*empèchent pas celui-ci de subsister et d^avoir finalement la victoire. — La barque, Taiguille marine et la m belle estoile. • — Qjie doit faire Tâme chrétienne an temps de la « dereliction. • — Comment se condoir« dans les assauts contre la foi et dans les tentations de vanité et de vaine gloire. — Les assoupissements et les distractions.— Les nuages du ciel atmosphérique et les brouillards de Tesprit. — Porter remède au mal, mais se tenir dans Tindifférence à Tégard des résultats. — Le moyen d'être parmi le monde, sans y avoir son ccrar.
Resouvenes vous que nostre esprit connoissant et agissant, s'appelle ame agissante et connoissante ; [connaissant] par le discours et raysonnement naturel, il s'appelle entendement, intelligence ou esprit humain ;
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mais connoissant et agissant par l'esprit de la foy, il s'appelle esprit de la foy ou esprit chrestien. Or, ma Fille, il arrive quelquefois que nostre esprit n'agfit que par la clairté naturelle, et que Tesprit humain ne peut acquiescer a cette action, et beaucoup moins Tame sensuelle, ains se contredisent et s'opposent ; et Ihors il nous semble que tout est perdu, et l'esprit, presque abandonné de toutes les facultés raysonnables et sensiti ves, demeure tout esperdu, ce semble, et estonné. Mays néanmoins, en vraye vérité, il n'y a nul danger, car l'esprit de la foy demeure vif et sauve. Quand tout le reste conspireroit contre nous, nous ne sçaurions deschoir de la grâce de Dieu.
Il est vray qu'Absalon inquiète et trouble tout le royaume d'Israël contre son père David, en sorte que le pauvre David, tout Roy qu'il est, s'en va pleurant, piedz
•II Reg., XV. nus et la teste voilée, chacun l'ayant abandonné*; mais il est Roy néanmoins, et a la fin rangera tout le reste a son obéissance. Quand donq il vous arrivera de voir vostre ame sensuelle et vostre esprit humain se bander contre vostre esprit chrestien, le troubler, inquiéter et faire souslever contre luy les facultés de vostre cœur, courage, ma Fille, un peu de patience, car nostre David, en fin, demeurera vainqueur. Que toute la barque de nostre navire aille ou il voudra ; il tirera bien quant et soy l'aiguille marine, mais il n'empeschera pas pourtant qu'elle ne face son mouvement et qu'elle n'aye sa tendance a sa
•Cf.tom.ill,p.3i7. belle estoile*.
Cette dereliction ressemble a celle que Nostre Seigneur
• Matt., XXVII, 46. ressentit a sa Passion * ; et en icelle, il semble que nostre
ame soit comme le Prophète que l'Ange tenoit et portoit
• Dan., XIV, 35. en l'air par un de ses cheveux *. Nul remède a cela, ma
Fille, que de s'humilier et attendre en patience la sainte grâce de Dieu, recommandant doucement nostre esprit
• Cf.Luc.,xxm,46. entre ses mains paternelles*.
Aux tentations de la foy, humilies vous profondement devant Dieu, puis devant son Eglise, par une sainte inclination cordiale, et faites un acte positif de foy, protestant de vouloir a jamais croire tout ce que Dieu a révélé a son Eglise ; et, sans plus disputer ni examiner
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aucunes choses, divertisses vostre cœur a des autres occupations, et principalement extérieures. Et bien que la tentation vienne autour de vous, ne faites aucun semblant de la voir ; mais dissimulant cette attaque, appliques vous aux autres exercices*. *C{. «pra, p. 104.
Aux tentations de vanité et de vaine gloire, il en faut faire le mesme, c'est a sçavoir : faire un acte positif et contraire, et au lieu de se glorifier, s'humilier de sa propre vanité, comme disant : Ouy, Seigneur, je suis vaine et mon esprit n'est que vanité.
Ne vous rendes pas si pointilleuse et tendre aux sentimens des tentations, que pour cela vous soyes troublée et inquiétée. Helas ! ma Fille, il se faut résoudre également a sentir les tentations et a n'y point consentir. Quand donq vous les sentires, penches doucement vostre cœur de l'autre costé et ne vous inquiètes point ; et bien que vos sens et vostre esprit humain semblent tenir le parti de la tentation, ne vous estonnes nullement, pourveu que l'esprit de la foy et le mouvement intime de vostre cœur se tournent tous-jours a vostre belle estoile.
Estonnes vous encores moins des assoupissemens et distractions qui surviennent, car ce sont accidens naturelz. Et comme au grand monde, le ciel n'est pas tousjours serein et descouvert, mais souvent l'air se couvre par des nuages et brouillardz, ainsy au petit monde, qui est l'homme *, l'esprit n'est pas tous-jours gay et clair, ^Videtom. m, p. mais couvert quelquefois d'assoupissement qui trouble sa ^' ' clairté et empesche sa gayeté.
10 Quand il vous arrive des maux, ou intérieurs ou extérieurs, employés contre iceux les remèdes que je vous ay marqués, puisque Dieu vous les a donnés, mais laissés a Nostre Seigneur le choix de donner la victoire ou aux tourmens ou aux remèdes, selon son bon playsir. Cette résignation est bien requise. Cloues vostre cœur au pied de la Croix, laissés-le la en asseurance, tandis que par la nécessité de vostre condition il faut estre parmi le monde, .^^ ^^ ^^
car ainsy nous n'y aurons pas nostre cœur *. 77-
(i) Cet alinéa parait ioédit.
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DVII
Une grâce qae le Saint sollicite de Notre-Seignenr pour M"** de Chantai. — La présence de Dieu dans Tâme chrétienne, d'après sainte Thérèse et saint François de Sales.
J'ay fort prié Nostre Seigneur qu'il vous fist bien sentir comme il faut resigner tout vostre soin, toutes vos agilités et souplesse d'esprit, toutes ces petites pointes de vostre entendement qui veulent tout mesnager, voir et prévoir, entre les mains de sa Bonté souveraine et très paternelle, ne permettant point que vostre cœur s'inquiète, ains le faysant reposer doucement sur les bras du Sauveur.
( 0 La présence de Dieu que la Mère Thérèse enseigne au 29 et 30 chapitres du Chemin de perfection est excellente, et pense que c'est la mesme que je vous marquois, quand j'escri vois que Dieu estoit dans nostr'esprit comme le cœur d'iceluy, et en nostre cœur comme l'esprit qui le vivifie, et que David appelloit Dieu : Dieu de son • Ps. Lxxn, 36. cœur *. Usés-en hardiment et souvent, car elle est fort utile.
Dieu soit a jamais l'ame et l'esprit de nos cœurs, ma très chère Fille ! Courage, je vous prie.
(i) Ce fragment parait inédit.
DVIII
La charité envers le prochain ne doit pas nous faire couvrir le mal. — Blâmons le vice, épargnons les personnes. — Comment nous devons considérer les actions du prochain. — La charité et les pécheurs.
(0 Je vous conjure de ne dire jamais mal du prochain
( I ) Pour ce fragment, cf. Vlntroduction a la Vie dévote^ tome III, pp. 334- S36, 941, 343, et voir ci-dessus, note (i ), p. 10^.
ni rien qui tant soit peu le puisse offencer. Il ne faut pas toutesfois favoriser le mal, le flatter ou le couvrir, ains parler rondement et dire franchement mal du mal, et blasmer les choses blasmables, quand Futilité de celuy de qui Ton parle le requiert ; car en cela, Dieu est glorifié. Et sur tout, blasmer le vice et espargner le plus que Ton peut la personne auquel il est, d'autant plus que la bonté de Dieu est si grande, qu'un moment seul suffit pour impetrer sa grâce. Et qui pourra asseurer que celuy qui estoit hier pécheur et meschant le soit aujourd'huy ?
Quand nous regardons les actions du prochain, [voyonsles] dans le biais qui est le plus doux, et quand [nous] ne pouvons excuser ni le fait ni l'intention de celuy que, d'ailleurs, nous connoissons estre bon, n'en jugeons point, mais ostons cela de nostre esprit et laissons le jugement a Dieu. Quand nous ne pouvons excuser le péché, rendons le au moins digne de compassion, l'attribuant a la cause la plus supportable, comme a l'ignorance ou infirmité.
La charité craint de rencontrer le mal, tant s'en faut qu'elle l'aille chercher * ; quand elle le treuve, elle s'en * ^^* ^ ^®'» ""» 5destourne, elle le dissimule, ains elle ferme les yeux avant que de le voir ; que s'il faut le voir, elle s'en destourne