‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 29 sur 124 · DXIV · texte numérisé non relu

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a monseigneur pierre DB VILLARS, ARCHEVÊQUE DE VIENNE (O

V Introduction à la Vie dévote : circonstances historiques de la publication de cet ouvrage. — Pour quelles raisons l'auteur croit devoir laisser aux grands ouvriers les grands desseins. -^ Ouvrages moins laborieux quUl inédite d'écrire : « un livret ■» de V Amour de Dieu, un petit Calendrier et Journalier pour l'âme dévote, un Traité de la prédication, une méthode de convertir les hérétiques. — La bibliothèque du Saint en Chablait. — Jugement do M**^ Fenouillet sur Vlntroduction,

Annecy, vers le 15 février 1609 (3),

Monseigneur,

Je receus le huitiesme de ce mois la lettre qu'il vous pleut m'escrire le 25 de l'autre prochainement passé, et proteste que rien ne m'est arrivé, il y a long tems, qui m'ayt rempli de tant de joye et d'honneur ; car mon ame, qui reveroit la vostre d'un g^and respect, desiroit par quelque heureuse rencontre avoir quelque digne accès a vostre bienveuillance. Mais, comme le pouvois je espérer,

( X ) Pierre de Villars, né à Lyon le 3 mars 1545, étudia à Tonmon, à Toulouse et enfin i Paris, où il fut reçu docteur en théologie. Il succéda à son oncle Pierre, comme évéque de Mirepoix, en 1575, et comme archevêque de Vienne, en 1^87. Malade, il démissionna en 1599 en faveur de son frère Jérôme, qu'il sacra lui-même, à Saint-Maurice de Vienne, le 37 décembre de la même année. Après cinq ans de séjour i Annonay, il se retira k Lyon en 1604 et mena jusqu'à sa mort (x8 juillet 161 3) une vie de prière et de bonnes œuvres. On a de lui, en deux volumes in-folio, divers écrits de spiritualité et de théologie. Grégoire XIV songea i le faire cardinal ; le saint £vêque, comme on le voit, déférait i ses conseils, non seulement parce qu'il était son métropolitain, mais surtout à cause de sa doctrine et de sa piété. C'est « l'un des plus saints « prelatz, ■» écrivait-il (1), « et des plus sçavans docteurs que l'Eglise ayt eu de « nostre aage. u (Cf. Colonia, S. J., Hist. litt, de la ville de Z^on (1730), tome II.)

(3) Charle»-Auguste (Histoire, etc.. Table des Preuves, n® 57) signale trois lettres de Pierre de Villars adressées au Saint, i propos de Vlntroduction a la Vie dévote, en janvier, mars et avril 1609. (Voir à l'Appendice I ce qui nous est parvenu de cette correspondance.) C'est à la première lettre de son métropolitain que François de Sales semble répondre, et il résulte des premières lignes de sa réponse que celle-ci a dû être envoyée quelques jours après le 8 février.

(1) Préface du TrmitU de V Amour de Dieu, tome IV de cette Edition, p. la. Voir encore tome VI, pp. 197, 198, et tome XIII, pp. 48, 49.

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estant cloué et affigé a ces montaignes, et si indigène de vostre considération? Et voyci néanmoins que Dieu a voulu me prévenir de cette consolation, de laquelle je remercie très humblement sa Bonté, et me sens fort obligé a la vostre qui s'y est si amiablement inclinée. C'est un grand fruit que ce pauvre petit livre m'a rendu, et lequel certes je n'attendois pas, mais pour lequel seul, plus que pour aucun autre duquel je me sois apperceu jusques a présent, je le veux désormais aymer et cultiver.

Vous aures bien remarqué, Monseigfneur, que cette besoigfne ne fut jamais faitte a dessein projette. C'est un mémorial que j 'a vois dressé pour une belle ame qui avoit désiré ma direction ; et cela, emmi les occupations d'un Caresme, auquel je preschois deux fois la semaine. Elle le monstra au R. P. Forier, Ihors Recteur du collège de Chamberi et maintenant de celuy d'Avignon, qu'elle sçavoit estre mon g^and amy, et auquel mesme je rendois souvent conte de mes actions. Ce fut luy qui me pressa si fort de faire mettre au jour cet escrit, qu'après l'avoir hastivement reveu et accommodé de quelques petitz ageancemens, je l'envoyay a l'imprimeur : c'est pourquoy il s'est présenté a vos yeux si mal accommodé. Mais puisque, tel qu'il est, vous le favorisés de vostre approbation, si jamais il retourne sous la presse, je me délibère de l'ageancer et accroistre de certaines pièces qui, a mon advis, le rendront plus utile au publiq et moins indigne de la faveur que vous luy faites.

Et puisque vous m'exhortes. Monseigneur, de continuer a mettre par escrit ce que Dieu me donnera pour l'édification de son Eglise, je vous diray librement et avec confiance mes intentions pour ce regard. Tout me manque, sans doute, pour l'entreprise des œuvres de grand volume et de longue haleine ; car vrayement je n'ay nulle suffisance d'esprit pour cela. Il n'y a peut estre Evesque a cent lieues autour de moy qui ayt un si grand embrouillement d'afifaires que j'ay ; je suis en lieu ou je ne puis avoir ni livres ni communications propres a telz effectz. Pour cela, laissant aux grans ouvriers les grans desseins, j'ay conceu certains petitz ouvrages moins laborieux, et

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néanmoins asses propres a la condition de ma vie, non seulement voûee mais consacrée au service du prochain pour la gloire de Dieu. Je vous en representeray briefvement les argumens.

Je médite donq un livret de V Amour de Dieu^ non point pour en traitter speculativement, mais pour en monstrer la prattique en l'observation des commandemens de la première Table. Celuy ci sera suivi d'un autre, qui monstrera la prattique du mesme amour divin en l'observation des commandemens de la seconde Table; et tous deux pourront estre reduitz en un volume juste et maniable. Je pense aussi de pousser dehors un jour un petit Calendrier et Journalier pour la conduitte de Tame dévote, auquel je representeray a Philothee des saintes occupations pour toutes les semaines de Tannée (0.

J'ay de plus quelques matériaux pour l'introduction des apprentifz a l'exercice de la prédication evangelique(»), laquelle je voudrois faire suivre de la méthode de convertir les hérétiques par la sainte prédication. Et en ce dernier livre, je voudrois, par manière de prattique, desfaire tous les plus apparens et célèbres argumens de nos adversaires ; et ce, avec un style non seulement instructif mais affectif, a ce qu'il proffitast non seulement a la consolation des Catholiques, mais a la réduction des

( X ) Ce qu'il n'a pu faire, pressé par tant de travaux, le saint Docteur a inspiré à d'autres de l'exécuter.

Le Diaire Chresiien ou Exercices Journaliers des Ckrestiems (Paris, 1638), du P. Canssin, S. J., mais plus encore VAun/e ckrestienne (Paris, 1641), du P. Suflfren, S. J., semble offrir i Philothee le « petit Calendrier et Journalier » que François de Sales pensait « de pousser dehors. » L'auteur de ce dernier recueil reconnaît expressément qu'il en doit l'idée i l'Evéque de Genève : « Il y a plus de vingt ans, m dit-il dans la Préface, « que conférant avec ce grand Père de la vie spirituelle... touchant l'ayde qu'on pouvoit donner aux âmes pour leur salut, ce bon Prélat me conseilla de dresser pour elles un bréviaire spirituel (ainsi l'appeloit-il), afin que... les âmes chrestiennes eussent leurs pratiques pour tous les jours, sepmaines, mois et diverses saisons de l'année. »

(a) Si le saint Missionnaire du Chablais avait eu le loisir de rédiger le Traité de prédication qu'il rêvait d'écrire, il y aurait fait entrer vraisemblablement la magistrale lettre à M'*^ Frémyot, du 5 octobre 1604 (voir tome XII, Lettre ccxxix), et aussi un directoire manuscrit qu'il prétait parfois à de jeunes prédicateurs, comme nous l'apprend Jean-François de Blonay dans sa déposition. (Proctss, remiss, Gebenn, (I), td art. 35.)

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hérétiques : a quoy j'employerois plusieurs méditations que j'ay faites durant cinq ans en Chablais (0, ou j'ay presché sans autres livres que la Bible et ceux du g^and Bellarmin.

Voyla, Monseigneur, ce que mon petit zèle me suggère, lequel, n'estant pas, a Tadventure, secundum scientiam*j le tems, le peu de loysir que j'ay, la connoissance de mon imbécillité modérera ; bien que , sans mentir, vostre autborité Tayt bien fort enflammé par le favorable jugement que vous faites de ce premier livret, duquel encor faut-il que je vous die ce que Monsieur nostre Evesque de Montpellier (>) m'a escrit.

Il m'advertit que je me tiens trop pressé et serré en plusieurs endroitz, ne donnant pas asses de cors a mes advis. En quoy, sans doute, je voy qu'il a rayson ; mais n'ayant dressé cette besoigne que pour une ame que je voyois souvent, j'affectois la briefveté en escrit, pour la commodité que j'avois de m'estendre en paroles. L'autre chose qu'il me dit, c'est que, pour une simple et première introduction, je porte trop avant ma Philothee ; et cela est arrivé parce que l'ame que je traittois estoit des-ja bien fort vertueuse, quoy qu'elle n'eust nullement gousté la vie dévote : c'est pourquoy, en peu de tems, elle advança bien fort.

Or, a l'un et a l'autre de ces defautz, je remedieray aysement si jamais cette Introduction se reimprime (3) ; car, pour finir par ou j'ay commencé, l'honneur qu'elle me donne m'ayant ouvert le chemin a vostre amitié, et l'opinion que vous aves qu'elle sera profitable aux âmes, sera cause que je l'aymeray et luy feray tous les biens qu'il me sera possible.

Mais, mon Dieu, que dires vous de moy. Monseigneur, me voyant espancher mon ame devant vous avec autant de naïfveté et d'asseurance, comme si j'avois bien mérité l'accueil que vous me faites et l'accès que vous me donnes ?

(i) Il s'agit des feailles des Controverses, (Voir tome XI, p. ix^.) (a) M"* FenouiUet.

(3) L*hiimilité du grand Docteur Tempéchait de prévoir que son ouvrage devait se réimprimer, et même pins de cinquante fois avant i6a3.

' Rom., X, a.

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Je suis tel, Monseigneur, et vostre sainte charité me donne cette libre confiance ; et, outre cela, me fait vous conjurer, par les entrailles de nostre commun et souverain object et Sauveur, de me continuer ce bien que vous aves commencé a me départir, non seulement me communiquant la suavité de vostre esprit, mais me censurant et advertissant en tout ce que vostre dilection et zèle vous dicteront ; vous promettant que vous rencontrerés un cœur capable, quoy que indigne, de recevoir de telles faveurs.

Dieu vous conserve longuement, Monseigneur, et vous prospère en ses glaces, selon le souhait de

Vostre très humble et très obéissant serviteur. Franc», E. de Genève.

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