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A LA BARONNE DE CHANTAL
Souhaits de bienvcDue et offrande d'un gîte. — Envoi d*exemplaires de Vln/roduction à la Vie dévote. — Joie du Saint de voir que tous les siens parlent avec respect et affection de la petite Aimée et de sa mère. — M"* de Chantai attendue à Sales. — De quels documents Tauteur compte se servir pour une seconde édition de Vlntroductioti. — L'Abbesse du Puits-d'Orbe et son frère. — Affection de François de Sales pour Marie-Aimée.
Annecy, mi-février 1609(1).
Mon Dieu, que vous seres la bien venue, ma chère Fille, et comme il m'est advis que mon ame embrasse la vostre chèrement ! Partes donq au premier beau jour que vous verres, après que vostre cheval se sera délassé, lequel, sans doute, on ne pourroit pas bien vous renvoyer sinon despuis troys jours en ça, pour les dernières pluyes qui sont tombées en ce pais. Je vous souhaitte
( X ) Hérissant, qui a publié cette lettre pour la première fois, n'a pu la donner en son entier. Nous pouvons aujourd'hui la compléter, en grande partie du moins, grâce à deux fragments autographes conservés à la Visitation de Reims; ils en sont en effet la suite et la fin authentiques, comme il ressort d'ailleurs d'une simple lecture. (Voir ci-après, note (i), p. x^i.)
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bon et heureux voyage et que ma petite fille ( ' ) ne soit pas mallement du travail du chemin ; mais arrivant de bonne heure le soir et la faisant bien dormir, j'espère qu'elle fera prou.
M. de Ballon i^) désire tant que vous faciès vostre giste chez luy, que je suis contraint aussi de le désirer pour la bonne amitié qu'il nous porte.
Madame du Puys d'Orbe m'avoit escrit qu'elle desiroit de venir avec vous ; mais ni la sayson n'est pas propre pour elle, ni je ne voudrois pas l'avoir en tems si incommode comme est le Caresme. Je luy escris donq qu'elle attende le vray primtems et qu'elle vienne en litière, affin que si l'une de ses seurs veut l'accompaigner, elle le puisse faire sans appréhension d'aller a cheval. Je luy envoyé le livre ci-joint (3), l'autre a madamoy selle de Traves selon vostre désir. Le Père de Monchi (4) m'en demandoit un : si vous luy donnés celuy que vous avés, je vous en rendray un plus brave icy; car encor le faut-il consoler. J'en voudrois envoyer a plusieurs personnes, mais je vous asseure que, pour tout, il n'en est venu que trente en ce pais, et je n'ay peu fournir a la dixiesme partie de ceux a qui j'en devois donner. Il est vray que je n'en suis pas
( I ) Marie-Aimée.
(a) Charles-Emmanuel de Ballon était le fils de Marguerite Le Grand et de Pierre Perrucard, barbier et valet de chambre d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, anobli le 15 mars 1^63 et devenu peu de temps après, seigneur de Ballon, Cusinens, Vancby, etc. Il épousa (contrat dotal du 39 ou 30 avril 1586) Jeanne de Chevron- Villette, fille de Jean et d*Alexandrine de Menthon, et nièce de la grand'mère de François de Sales, Bonaventure de Chevron-Villette. De cette union naquirent plusieurs enfants, dont Tune, Louise, fut la célèbre Mère de Ballon. (D'après les notes de M, le comte de MareschaL)
Le château de Vanchy ne fat pas seulement le berceau de Tillustre fondatrice des Bernardines réformées de Rumilly ; il abrita plus d'une fois deux grands Saints. En effet, au dire de la Mère de Ballon elle-même, M»» de Chantai « passoit par Vanchy dans les voïages qu'elle faisoit de Savoie en Bourgogne. Comme elle logeoit toujours au château, » ajoutent- elle, h j'alois volontiers la voir en sa chambre... et je me souviens qu'elle me caressoit plus que mes antres sœurs. » (Grossi, La Vie de la Vhk Mère de Ballon (Annecy, 1695), liv. I*% chap. II.) François de Sales allait aussi à Vanchy visiter son parent, et celui-ci réunissait alors tons ses enfants pour recevoir sa bénédiction. M. de Ballon vivait encore en 1634.
(3) La i*"^ édition de V Introduction à la Vie dévote.
(4) Voir ci-dessus, pp. 35, 36.
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tant en peyne, parce que je sçai que de delà il y en a plus qu'icy. J'ay creu néanmoins que je devois en envoyer un a M. de ChantaKO, et qu'il s'oflFenceroit si je ne le faysois; c'est pourquoy le voyla.
Qu*ay-je a vous dire de plus, ma chère Fille? Mille choses, mais que je n'ay nul loysir d'escrire, car je veux que Claude (») parte sans plus tarder. Saches seulement, ma vraye Fille, que je suis tout plein de joye et de contentement dequoy vostre Groysi O) parle non seulement avec respect, mais avec un amour tout affectionné de vous et de messieurs vos pères (4), et ce qui me plaist le plus, de ma chère petite Aymee. Je vous dis la vérité, il ne me sçauroit plus donner de playsir que par la ; et vrayement j'espère que tout ira fort bien et qu'il ne demeurera nul sujet de mescontentement a personne. Ne vous repentes point de m'avoir escrit des douze cens livres (5), car vous ne vous deves nullement repentir de rien qui se passe avec moy.
Et bien, je verray donq bien des misères, et nous en parlerons, a mon advis, a souhait.
Ma mère désire que vous faciès vostre petit délassement a Sales, ou elle vous attendra pour vous accompaigner icy ; mais ne croyes pas que je vous y laisse sans moy. Non pas, certes, car ou je vous y attendray, ou j'y seray aussi tost que je vous y sçauray (6).
Je n'escris point a vostre commère (7 ), car j'auray loysir
( x) Beaa-père de la Baronne.
(s) L'un des serviteurs du Saint. (Voir le tome précédent, note (6), p. t88.)
( 3 ) Bernard de Sales (cf. ci- dessus, p. 93).
(4) Le président Frémyot et le baron de Chantai.
(^) Dans le contrat de mariage passé à Thoste le 3 janvier 1609, Bernard de Sales avait promis de « donner des bagues et joyaulx nuptiaulx, jusques a la valeur de x,aoo livres ■» à sa future épouse, « pour la bonne amour et dilection que ledit sieur futur espoux porte a ladite damoyselle. » (Cf. Lés deux filles dé sainte Chantai^ Pièces justificatives, A.)
(6) Ce fut la première semaine de Carême, vers le 10 mars, que la Baronne arriva au terme de son voyage, avec Marie-Aimée et la petite Françoise. Les deux enfants attirèrent tous les regards. « On les trouvait si aimables, » écrit la Mère de Chaugy, « si bien nourries et si modestes, que Ton se pressait dans les églises et dans les maisons pour les voir. » (Mémoires, V Partie, chap. xxiu.)
(7 ) M"* de Bréchard, qui avait tenu sur les fonts baptismaux Charlotte, fiUe cadette de M.°>* de Chantai.
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de l'entretenir bien au long. Et si, je confesse que vous m'aves fait bien playsir de la mettre sur vostre train, bien que pour elle il faudra peut estre que je me mette en despense, affin qu'a son retour, elle face bon récit de ma magfnificence. Voyes vous, je ris des-ja dans le cœur surTatterite de vostre arrivée (0.
Apportes moy toutes les lettres et memoyres que je vous ay jamais envoyé, si vous les aves encor (ce que je dis a cause du naufrage que vous fistes a vandanges(*)), par ce que sil faut reimprimer V Introduction, cela me deschargera beaucoup, y treuvant plusieurs choses pour ce sujet ; puisque Ton ne m'a encor corrigé pour la substance de ce livre-la que de m'estre trop peu estendu*. 'Cf. supn, p. 117.
La bonne M"' de Charmoysi fait prou ; vous la treuverés bien avancée aux affections et aux effectz de la vraye dévotion. Mais mon Dieu, la voyla Tun des pieds sur le sùeil de la porte de la cour. J'espère que Dieu la tiendra par tout de sa main ; au moins il luy donne des bonnes resolutions. Je sçai que vostre venue luy sera (3)
Je vous prie de bien faire tenir a la bonne M"* du Puys d'Orbe le pacquet ci joint, car il faut luy donner satisfaction a la pauvrette. J'ayme bien son cœur par ce quil m'est bien franc. Elle m'escrit que, pour tous les advis que je luy ay donnés pour le bon ordre de son Monastère, elle ne pourroit pas se résoudre a rien faire sans le consentement de son frère (4), qui a, dit elle, un grand
( i] Ici finissait le texte donné par le premier éditeur. L'Antograpbe de ce texte n'a pu être retrouvé. (Voir ci-dessus, note ( i ), p. laS.)
(9) A répoque des vendanges de 1606, une épidémie ayant éclaté i Bourbilly, M*"* de Chantai avait failli mourir victime de son dévouement pour les malades. Il est très probable qu'elle détruisit alors, se croyant prés de sa fin» quelques-uns de ses papiers intimes. Cette destruction serait le « naufrage » dont parle le Saint.
(3] La lacune regrettable qui existe ici s'explique parla disposition des deux fragments écrits au recto et au verso de l'Autographe et par l'état de l'Autographe lui-même. Celui-ci représente environ la moitié d'une page ; la seconde moitié, le bas, a été coupée et n'a pas été retrouvée. C'est cette partie disparue qui contenait la suite du premier fragment et au verso de laquelle figurait sans doute l'adresse. (Cf. notre tome III, note ( i ), p. zix.)
(4) Le gentilhomme qui semblait tenir de son père cette manie d'ingérence abusive (voir le tome précédent, note (i), p. )^) était Guillaume Bourgeois,
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pouvoir sur sa volonté. Elle m'a infiniment obligé a me parler ainsy clair.
J'ay ouvert la lettre que mon frère ( ' ) vous escrivoit, pour curiosité que j'avois de voir le poulet qui estoit dedans. Je n'escris point a la chère petite!»), mais je sçai bien que je luy garde le plus amoureux salut que j'aye fait a damoyselle du monde il y a seze ans.
Mon Dieu, ma Fille, que j'ay gfrand désir que le bon et doux Jésus vive et règne dans nos cœurs ! C'est en luy que je suis tout uniquement vostre.
baron d'Origny, seigneur de Crépy, etc., et de Vie de Chassenay, gentilhomme ordinaire de la maison du roi, colonel d'infanterie, gouverneur de Semur. Il épousa Elisabeth, fille de Pierre Le Charron et de Marguerite Sauvât. (Cf. le tome précédent, note (a), p. la^.) Bn 1629, il avait cesse de vivre.
( I ) Sans doute Bernard.
(a) Marie- Aimée.