DXVI
A LA PRÉSIDENTE BRULART
En quels cas une chrétienne doit être indifférente au choix du confesseur. — Les bonnes intentions et les mauvaises pensées. — Dévotion de François de Sales i sainte Thérèse. — Intérêt qu'il porte i une veuve. — Pourquoi les vertus des femmes mariées sont agréables à Dieu. — Unique souci d'une veuve chrétienne. — Il faut être douce et suave parmi les siens, et mettre un soin particulier à le devenir.
Annecy, fin février 1609.
Ma chère Seur, ma Fille,
Je ne respons qu'aux deux lettres que ce porteur m'a rendues de vostre part ; car la troysiesme, envoyée par la voye de madame de Chantai, ne m'est pas encor arrivée (0. Ce m'est beaucoup de contentement que vous
(x) Donc la Sainte n'était pas encore à Annecy, où elle n'arriva que vers le 10 mars (cf. ci-dessus, note (6), p. 130) : ce qui rend très probable U date proposée.
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viviés sans scrupule et que la sainte Communion vous soit prouffitable ; sur quoy je vous dis qu'il faut donq continuer. Et pour cela, ma chère Fille, puisque monsieur vostre mary s'inquiète dequoy vous ailes a N. ( 0, ne vous y opiniastres nullement ; car, puisque aussi bien vous n'aves pas beaucoup de grans conseilz a prendre, tous confesseurs vous seront presque bons, mesme celuy de vostre parroîsse, c'est a dire monsieur N.(>), et, quand il s'oflFrira encor des occasions, celuy des bonnes Mères Carmélites (3). Vous sçaves tout ce qu'il faut pour se bien conduire avec toute sorte de confesseurs ; c'est pourquoy vous pouves aller en liberté pour ce regard. Ma chère Fille, demeurés bien douce et bien humble a vostre mary.
Vous aves rayson de ne vous point inquiéter pour les mauvaises pensées, tandis que vous aves de bonnes intentions et volontés, car ce sont celles-cy que Dieu regarde. Ouy, ma Fille, faites bien comme je vous ay dit, car quoy que mille petites tricheries de raysons apparentes s'eslevent au contraire, si est-ce que mes resolutions sont fondées sur des raysons fondamentales et conformes aux Docteurs et a l'Eglise ; mais je vous dis qu'elles sont tellement véritables, que le contraire est une grande faute. Serves donq Dieu selon cela, et il vous en bénira ; mais n'escoutés jamais rien au contraire, et croyés qu'il faut que je sois bien asseuré quand je parle si hardiment.
Je rens grâces a la bonne Mère Prieure (4), et la porte avec toutes ses Seurs en mon ame, avec grand honneur et amour. Mais, ma Fille, il y a bien d'autres choses a vous demander pour cette mesme dévotion de la bienheureuse Mère Thérèse : c'est que je voudrois que vous me fissiés extraire son image au vif jusques a la ceinture seulement, sur celle qu'on dit que ces bonnes Seurs ont (5), et allant par delà, un de nos curés qui doit y aller
( X ) Probablement le P. Gentil, S. J., confesseur de M<"* Brûlart depuis 1607. (Voir le tome précédent, p. 390.)
(a) Sur les registres de l'église Saint-Pierre, paroisse de la Présidente, on trouve les noms de « Vyardot » et de « Ponse ou Ponset. »
(3) Le confesseur des Carmélites dijoonaises nous est inconnu.
(4) La Mère Louise de Jésus (voir ci-dessus, note ( i ), p. 41).
()) La vénérable Mère Anne de Jésus, étant prieure à Bruxelles, où elle
dans sept ou huit jours, la prendroit a son retour pour me l'apporter. Je ne traitterois pas comme cela avec toutes sortes de filles, mais avec vous je fay selon mon cœur. Je recommanderay au Saint Esprit la chère seur vefve(0, afiin qu'il l'inspire au choix d'un mary qui luy soit a jamais a consolation. C'est le sacré mary de Tame que j'entens ; néanmoins, si Dieu dispose de se servir d'elle encor une fois au tracas d'un mesnage complet et qu'il la veuille exercer a la sujétion, il en faudra louer sa Majesté, laquelle sans doute fait toutes choses pour le •Cf. Rom., vin, «8. bien des siens*. Ah mon Dieu, ma Fille, que les vertus d'une femme mariée sont aggreables a Dieu I car il faut qu'elles soyent fortes et excellentes pour durer en cette vocation ; mais aussi, o mon Dieu, que c'est une chose douce a une vefve de n'avoir qu'un cœur a contenter 1 Mais bien ; cette Bonté souveraine sera le soleil qui esclairera cette bonne chère seur, affin qu'elle sache ou prendre son chemin. C'est une ame que j'ayme tendrement, et ou qu'elle aille, j'espère qu'elle servira bien Dieu, et je la suivray par les continuelles prières que je feray pour elle. Je me recommande a celles de nostre petite fille [Madeleine (>)] et de N. Il est vray que [Madeleine] est ma fille un peu plus que les autres ; et me semble que tout est mien, ma Fille, en Celuy qui, pour nous rendre siens, s'est rendu tout nostre. Je suis en luy, ma très chère Fille, Vostre frère et serviteur très humble.
Franc», E. de Genève.
Faites avec un soin particulier tout ce que vous pourres
arriva en 1607, fit exécuter â Anvers un album de vingt-quatre planches représentant toute la vie de sainte Thérèse. Elle en envoya un exemplaire aux Carmélites de Dijon qu'elle chérissait. La première planche de ce recueil, devenu très rare aujourd'hui, contient un portrait-médaillon de la Sainte d'Avila.
D'autre part, le cardinal de Bérulle avait apporté à son retour d'Espagne une miniature de sainte Thérèse. A sa mort, il la laissa au premier Monastère de Paris, du faubourg Saint-Jacques, qui la conserve encore.
C'est sans doute de l'un de ces deux portraits que saint François de Sales désirait avoir une copie.
( i) M"* Jaquot (cf. ci-dessus, note (a), p. 4^).
(a) Madeleine était la fille aînée de la Présidente. (Voir le tome précédent, pp. 398, 358, 390, et ci-après, p. 158.) Voici, avec la date de leur baptême, le nom
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pour acquérir la douceur entre les vostres, je veux dire en vostre mesnage. Je ne dis pas qu'il faille estre molle ni remise, mais je dis, douce et suave. Il y faut penser entrant en la mayson, sortant d'icelle, y estant le matin, a midy, a toute heure ; il faut faire un principal de ce soin pour un tems, et le reste, l'oublier quasi un peu.
de ses quatre petites sœurs, que le Saint a pu connaître lors de son voyage à Dijon, en 1608 : Françoise, 5 mars 1598; Rose, si mars 1599; Marguerite, 19 juin 1600; Anne, 6 novembre x6ox. (Archives municipales de Dijon, B. 490 et 506.)