A MADAME DE CORNILLON, SA SCEUR
L'amitié d'un Saint pour sa scsur. — Exercice recommandé pour s'avancer en Tamonr de Dieu. —- Quand les affaires réussissent-elles plus i souhait. — Pourquoi M"^ de Cornillon parait i son frère plus digne d'affection.
Annecy, 30 juin 1609 ( r ). Ma chère Seur, ma Fille,
Je suis marry que je n'ay plus tost receu la salutation que maistre Constantin («) m'avoit apporté de vostre part ; car j'eusse eu plus de loysir de vous escrire selon mon cœur, qui est si plein d'affection pour vous et vous chérit si fort qu'il ne peut se contenter de vous entretenir pour un peu.
Je vis avec beaucoup de contentement de sçavoir que vostre ame est toute dediee a l'amour de Dieu, auquel vous prétendes de vous avancer petit a petit, par toutes sortes de saintz exercices. Mais je vous recommande tousjours plus que tout, celuy de la sainte douceur et suavité
(x) Les éditeurs de 1696 donnent la date du 30 juin; Vives indique, mais sans preuve, i6i3. Or, d'après son contenu, la lettre semble faire suite à celle du x^ mai 1609.
( 3 ) Parmi les nombreux contemporains qui portaient ce nom, il est difficile de savoir celui dont il est parlé ici. Serait-ce « Maistre André Constantin » qu'on voit figurer plusieurs fois, avec sa femme Charlotte Cellier, dans les Registres paroissiaux de La Roche ? C'est dans cette ville que résidaient, au moins temporairement, les beaux-parents de la destinataire et que celle-ci mourut.
172 Lettres de saint François de Sales
es rencontres que cette vie vous présente sans doute souventesfois. Demeurés tranquille et toute amiable avec Nostre Seigneur sur vostre cœur. Que vous seres heureuse, très chère Seur, ma Fille, si vous continues a vous tenir a la main de sa divine Majesté, entre le soin et le train de vos affaires, lesquelles réussiront bien plus a souhait quand Dieu vous y assistera; et la moindre consolation que vous en aures sera meilleure que les plus grandes de celles que vous pourries avoir de la terre.
Ouy, ma chère Fille, ma Seur, que je vous ayme, et plus que vous ne sçauries croire ; mais principalement des que j'ay veu en vostre ame ce digne et honnorable désir de vouloir aymer Nostre Seigneur avec toute fidélité et sincérité; a quoy je vous conjure de persévérer constamment, et de m'aymer tous-jours bien entièrement, puisque je suis, d'un cœur tout entier et fidelle,
Vostre humble frère et très affectionné serviteur,
Franc», E. de Genève.
Le 30 juin.