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au père claude-louis-nicolas de quoex, prieur DU monastère de talloires ( I )
La réforme dans an monastère demande une grande longanimité dans Texéca* tion et an cœar généreux. — L'exemple de Notre-Seignear. — Les exercices de piété; Thabit, le mobilier, etc. ; la « composition extérieure » et son importance dans one Communauté. — Conditions du succès.
Annecy, 10 juillet 1609.
Monsieur,
Puisque Dieu a choisi un nombre de personnes fort petit, et encor des moindres de la Mayson en aage et
( I ) Claude-Louis-Nicolas de Quoex, né i Talloires vers 1^74, de noble Jean- Ennemond de Quoex et de noble Jeanne Délavai, descendait d'une famille attachée au prieuré par les offices séculiers qu'elle y remplissait. Après 1^90, il prit l'habit dans l'abbaye royale bénédictine de Saint-Martin de Savigny,
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en crédit, il faut que le tout s'entreprenne avec une très grande humilité et simplicité, sans que ce petit nombre face semblant de vouloir reprendre ou censurer les autres par paroles ni par gestes extérieurs ; ains que simplement il les édifie par bon exemple et conversation (0.
Le commencement estant si petit, il faut avoir une grande longanimité a la poursuitte, et se resouvenir que
diocèse de Lyon. Mais François de Sales, qui voulait réformer Talloires, avait jeté les yeux sar son jeune ami pour en faire Tinstrament de son dessein. Il le persuada de venir s*y fixer. Ordonné prêtre par le Saint lui-même, le x8 février 1606, Religieux profès (95 novembre 16x0), élu prieur de Tabbaye (juin 1609), il exerça cette charge jusqu'en 1633, et se retira avec un Religieux pour compagnon, nommé Pierre, dans la pittoresque solitude de Saint-Germain, où jadis François de Sales avait rêvé de finir sa vie. Il mourut le 14 janvier 1660 et fut enseveli dans le cloître de Talloires.
Le pieux ermite de Saint-Germain avait connu de près pendant vingtquatre ans le Saint, qui véritablement Taimait d'un amour paternel. Aussi appartient-il au groupe des contemporains privilégiés qui furent admis dans son intimité. Les deux dépositions qu'il a laissées en 1637 et en i60 sont d'un remarquable intérêt, la dernière surtout; il y règne en effet un ton de conviction admirative, un accent ému qui la rendent touchante. Ces pages, écrites dans une beUe langue latine, prennent même un air vénérable, quand on songe que l'humble moine était un vieillard de quatre-vingt-deux ans.
( t ) Le prieuré de Talloires (cf. tome XII, note ( i )» p. 341), m lieu i la vérité grandement propre pour la vie religieuse et que la nature a rendu tres-aymable, » (Charles- Auguste, Histoire^ etc., liv. VII) fut pendant des siècles un foyer de ferveur monastique qui abrita de vrais saints. Là, comme ailleurs, le règne abusif des abbés commendataires amena le relâchement et la ruine de la piété. Claude de Granier, Ange Giustiniani travaillèrent en vain à restaurer la régularité déchue. Cette rude tâche devait échoir i François de Sales. Muni des pouvoirs du Saint-Siège et de l'agrément de l'Abbé de Savigny, dont Talloires dépendait, l'Evêque de Genève se rendit au monastère (1609) et fit procéder â l'élection d'un prieur claustral, malgré l'opposition de quelques Religieux. Claude- Louis-Nicolas de Quoex ayant été élu, les opposants descendirent aux pires violences. Le prestige du Saint, sa prudente fermeté eurent bientôt raison de ces fanatiques ; ils durent se retirer et il ne resta dans le monastère que les Religieux sincèrement désireux de l'observance. C'est pour éclairer le nouveau prieur sur la conduite du petit troupeau demeuré fidèle, que François de Sales lui adressa les présentes instructions. Jusqu'à sa mort, le Saint entretint l'ardeur des convertis par des visites annuelles. Plus d'une fois il dut s'entremettre, tant auprès du Pape qu'auprès du duc, pour garantir la tranquillité des Religieux, menacée de temps â autre par les abbés commendataires ou par les moines non réformés. Il songea un moment à introduire les Feuillants dans le prieuré. Celui-ci fut détaché par le Saint- Siège de Tabbaye de Savigny (juillet 1634), institué par Urbain VIII, chef d'ordre de la Congrégation des Bénédictins de Savoie, ou Congrégation des AUobroges, et uni plus tard par Clément X, â la Congrégation du Mont- Cassin. L'abbaye de Talloires subsista jusqu'à la grande Révolution,
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Nostre Seigneur, après trente trois ans, ne laissa que six vingtz disciples bien assemblés, entre lesquelz il y en eut encores beaucoup de discoles. La palme, reyne des arbres, ne produit son fruit que cent ans après qu'elle est plantée. Il convient donq estre doué d'un cœur généreux et de longue haleyne en un œuvre de si grande importance. Dieu a fait des reformations par des moindres commencemens, et ne faut rien moins prétendre qu'a la perfection.
Et pour venir au particulier, mon advis est que toute vostre sainte brigade soit soigneuse de se communier dévotement, a tout le moins une fois chaque semaine. Qu'on luy apprenne de bien etdeûement examiner sa conscience tous les soirs ; qu'on luy monstre a faire convenablement l'orayson mentale, selon la disposition des sujetz ; sur tout qu'on luy enseigne a obéir au directeur très volontairement, très fermement et très continuellement.
Quant a l'habit, je ne pense pas qu'il soit a propos de le changer qu'après que l'année sera expirée ; bien desirerois-je qu'il fust en tout le plus uniforme que faire se pourra, tant en sa forme qu'en sa matière, et que le froc fust large, a la façon des Bénédictins reformés. Il me semble qu'on doit garder la chemise pour l'honnesteté, pourveu toutefois que le collet ne soit pas immodérément estendu, ains fort sobrement et d'une mesme manière. Chacun aussi portera la ceinture et le bonnet de mesme façon, et le tout bien proprement.
Pour le regard des litz, plus ilz seront simples, plus aussi seront ilz a propos. Que chacun ayt le sien, et qu'ilz soyent tellement disposés, qu'en se couchant ou levant on ne se voye point les uns les autres, affin que les yeux mesmes soyent mondes et netz.
J'appreuverois fort que ceux qui portent barbe fussent bien rasés a la teste et au menton, selon les anciennes coustumes des Bénédictins ; et que, tant qu'il sera possible, on n'allast plus seul a seul, ains tous-jours avec un compaignon.
Il sera expédient qu'aux divins Offices le petit troupeau entre, demeure et sorte ensemblement, avec mesme
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contenance et cérémonie, d'autant que la composition extérieure, soit aux Offices, soit a table, soit en public, est un puissant motif pour beaucoup de bien.
A ce commencement, il n'est pas nécessaire d'adjouster aucune abstinence a celle des vendredis et des samedis, sinon celle des mercredis, selon la vielle coustume et mitigation observée au Monastère.
Voyla mon petit advis pour ce commencement. La fin prétendue sera bien autre chose, Dieu aydant : car, comme vous sçaves, i^) primum in intentione est ultitnutn in executione. Mais pour bien servir en cette besoig^e, il faut avoir un courage inexpugnable et attendre i^) /ructum in patientia*. Je sçay et vpy vostre •Luc, vm, 15. . Règle qui dit merveilles ; il n'est pas pourtant expédient de passer d'une extrémité a l'autre sans milieu.
Plantés bien avant, Monsieur, cette afifection dans vostre cœur, de restabliri^) mur os Hierusalem* i Dieu • l Mac, xu, 36. vous assistera de sa main. Sur tout prenes garde d'user de lait et de tniel*^ parce que les viandes solides ne •Cf.Cant.,iv, n. pourroyent pas encor estre maschees par les foibles dens des invités *. • Cf. I Cor., m, >.
A Dieu, et ayés bon courage d'estre l'un de ceux {^) per quos salus fiet in Israël *. • i Mac, v, 6».
Vostre confrère et serviteur affectionné en Nostre Seigneur,
Franc», E. de Genève.
D'Annessy, ce 10 juillet 1609.
(a) la première chose en l'intention est la dernière en l'exécution.
(b) le fruit dans la patience.
(c) les murs de Jérusalem,
(à) par lesquels le salut sera /a// en Israël,
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