‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 52 sur 124 · DXL · texte numérisé non relu

DXL

A LA BARONNE DB CHANTAL

La quatrième chose toot à fait ignorée de Salomon. — L*ange gardien de Celse- Bénigne. — L'unique ambition d*un Saint. — L'Evéque de Genève trouve ton Ame • un peu plut a » ton « gré que Tordinaire, » et pourquoi. — Ce qu'il veut, d'une volonté inviolable. * Le gui et les imperfectiont involontaires.

Annecy, 14 juillet [1609 (<)]•

Cette fause estime de nous mesmes, ma chère Fille, est tellement favorisée par Tamour propre, que la rayson ne peut rien contre elle. Helas I c'est la quatriesme chose difficile a Salomon, et laquelle il dit * luy avoir esté 'Prov.,!!!, 18,19. inconneuê, que le chemin de Vhomme en sa jeunesse. Dieu donne a monsieur N. («) beaucoup de gfrace d'avoir monsieur son grand père qui veille sur luy. Que longuement puisse il jouir de ce bonheur !

O ma Fille, croyés que mon cœur attend le jour de vostre consolation avec autant d'ardeur que le vostre. Mais attendes, ma très chère Seur, attendes, dis je, en

(x ) Les faitt et le contenu de la lettre contredisent la date de 161 5 que lui ont donnée les ancient éditeurt et s'harmonisent mieux avec celle que nous lui attribuons. (Voir plus haut, note (i), p. 14.)

(a) Celse-Bénigne sans doute, objet des sollicitudes de son grand-père, M. Frémyot.

Limas IV la

178 Lettres de saint François de Sales

• Ps. XXXIX, î. a«^nrfan/,afen que j'insère (Odes paroles de rEscriture*. Or, attendre en attendant, c'est de ne s'inquiéter point en attendant ; car il y en a plusieurs qui en attendant n'attendent pas, mais se troublent et s'empressent.

Nous ferons prou, chère Fille, Dieu aydant. Et tout plein de petites traverses et secrettes contradictions qui sont survenues a ma tranquillité, me donnent une si douce et suave tranquillité que rien plus, et me présagent, ce me semble, le prochain establissement de mon ame en son Dieu, qui est certes, non seulement la grande, mais, a mon advis. Tunique ambition et passion de mon cœur. Et quand je dis de mon ame, je dis de toute mon ame, y comprenant celle que Dieu luy a conjointe inséparablement.

Et puisque je suis sur le propos de mon ame, je vous en veux donner cette bonne nouvelle : c'est que je fay et feray ce que vous m'aves demandé pour elle, n'en doutes point ; et vous remercie du zèle que vous aves pour son bien, qui est indivis avec celuy de la vostre, si vostre et mien se peut dire entre nous pour ce regard. Je vous diray plus : c'est que je la treuve un peu plus a mon gré que l'ordinaire, pour n'y voir plus rien qui la tienne attachée a ce monde et plus sensible aux biens eternelz. Que si j'estois aussi vivement et fortement joint a Dieu comme je suis absolument disjoint et aliéné du monde, mon cher Sauveur, que je serois heureux, et vous, ma Fille, que vous séries contente ! Mais je parle pour l'intérieur et pour mon sentiment ; car mon extérieur, et, ce qui est le pis, mes deportemens sont pleins d'une grande variété d'imperfections contraires, et le bien que je veux, je ne le • Rom., vn, 15. faypas * ; mais je sçay pourtant bien qu'en vérité et sans feintise je le veux, et d'une volonté inviolable. Mais, ma Fille, comment donques se peut il faire que sur une telle volonté tant d'imperfections paroissent et naissent en moy ? Non certes, ce n'est pas de ma volonté ni par ma volonté, quoy qu'en ma volonté et sur ma volonté. C'est, ce me semble, comme le guy, qui croist et paroist sur un

( i) A partir de Hérissant (1758), on a imprimé \je me serve.

Année 1609 179

arbre et en un arbre, bien que non pas de l'arbre ni par l'arbre. O Dieu, pourquoy vous dis-je tout ceci, sinon parce que mon cœur se met tous-jours au large et s'espanche sans borne quand il est avec le vostre ?

Si vous demeuries de delà, je serois bien ayse d'entreprendre le service que le Révérend Père N. désire de moy pour cette dame; mais cela n'estant point, il me semble qu'un autre qu'elle aura moyen de voir plus souvent, se rendra plus utile a ce bon œuvre. Et moy, cependant, je* prieray Nostre Seigneur pour elle, car sur les bonnes nouvelles que vous m'en donnes, je commence a l'aymer tendrement, la pauvre femme. Helas, quelle consolation de voir reverdir cette pauvre ame, après un si dur, si long et si aspre hiver !

Je vous suis ce que Dieu sçait. Amen.

Franc», E. de Genève.

Le 14 juUiet.

Page 1