DXLVIII
au duc de SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL l*'
François de Sales offre au dac la deuxième édition de Vlntroduction à la Vie dêvoie, — Culte du bienheureux Ame en Savoie et en Bourgogne. — Supplique pour obtenir que le président Favre puisse transmettre à son fils René la charge de sénateur.
Annecy, 26 septembre 1609(1).
Monseigneur,
Je supplie Vostre Altesse de regarder de son œil de faveur ce petit livret (») que je luy offre en toute humilité. La dévotion est son sujet, la gloire de Dieu est sa fin, et son escrivain est, par toute sorte de devoirs, voué a Tobeyssance de Vostre Altesse. Il fut des-ja publié Tannée passée, mais si imparfait que je n'osay pas l'exposer a la veuë d'un si gfrand Prince ; maintenant qu'il est un peu moins mal accommodé, j'en prens la hardiesse, porté par la seule considération de cette douce bonté qui a tousjours aggreablement receu les foibles tesmoignages de mon invariable fidélité. L'infinie variété des occupations que ma charge me pousse incessamment sur le bras, adjouste beaucoup a mon insuffisance, pour m'empescher de bien faire de telz ouvrages ; mais s'il plaist a Dieu de se servir de moy en cet exercice d'escrire, il m'en donnera des commodités.
J'envoye a Vostre Altesse l'attestation de Testât de deux images et de quelques autres particularités qui regardent Testime que Ton a eu de la sainteté du serenissime et glorieux Amé (3). Dans peu de jours, j'en
(i) La date du x6 septembre donnée par Datta est inexacte. Comme cette lettre, d'après son contenu, a été écrite par le Saint à son retour de Seyssel et qu'il était encore dans cette yille le 3^ septembre (cf. la lettre précédente), c'est la date du 36 qui est plus probable.
( a ) La deuxième édition de Vlntroduction à la Vie dévote.
( 3 ) Le « glorieux Amé >» ou Amédée, fils aîné de Louis, duc de Savoie, et de la célèbre Anne de Lusignan ou de Chypre, na(|uit à Thonon le x*'' février 1433.
not. (x).
Année 1609 199
envoyeray un'autre de l'image que j'ay treuvee a SesseK ' ),
revenant de Gex ou j'estois allé pour establir l'exercice
catholique en quelques parroisses *. J'ay aussi sceu qu'au 'y^*^*/^**?"» P'^^^.
duché de Bourgoigfne, en la ville de Seurre, il y a une
église de Sainte Clere, ou il se treuve une chapelle sous
l'invocation de ce bienheureux Prince, avec son image et
Tabbregé de toute sa vie escritte en un placard affigé.
C'est pourquoy, devant aller bien tost en ce païs-la pour
le mariage de l'un de mes frères avec la fille du baron
de ChantaK*), selon la déclaration que Vostre Altesse
a faitte de l'avoir aggreable, j 'envoyeray exprès sur le
lieu pour avoir de tout cela une attestation authentique (3),
laquelle, s'il est vray ce qu'on m'a dit, sera une des plus
belles marques de la sainteté de ce glorieux Prince que
l'on ait recouvert jusques a présent.
Oséray-je bien, Monseigneur, présenter encor ce mien
Il épousa en 1453, Yolande de France, fille de Charles VII, succéda à son père comme duc de Savoie en 146^, et mourut en odeur de sainteté à Tâge de trente-sept ans, le 30 mars 1472. (Cf. Guichenon, Hist. généaL de la royale Maison de Savoie, 1778, tome II, chap. xxvni.) L'Eglise Thonore le 30 mars.
En 1609, lorsque les Evêques de Verceil et de Turin firent une enquête sur les vertus d'Âmédée et sur les miracles obtenus par son intercession, François de Sales sHntéressa tout de suite à cette cause, avec ce zèle qu*il mettait à toutes les œuvres qui avaient pour but de glorifier Dieu et ses Saints. On verra au cours de sa correspondance les démarches multipliées de sa piété pour propager parmi ses diocésains et dans son Institut de la Visitation le culte et Tamour du bienheureux Prince. Celui-ci fut béatifié par Innocent XI, le 3 mars 1677 ; sa Messe et son Office propres furent approuvés par le Saint-Siège le 33 avril 1684. (Voir Lafrasse, Etude sur la liturgie dans Fancien diocèse de Genève, p. ^03 ; Genève, 1904.)
( I ) Le procès-verbal de cet attestations, rédigé avec le plus grand soin par les ordres de saint François de Sales, se conserve à Turin, aux Archives de TEtat. (Storia délia Real Casa, Mazzo ^o, cat. 3*.)
L'une des « deux images » se trouvait dans Téglise de Saint-Dominique d'Annecy, « affigee en haut, en un pilier de la chapeUe de Nostre Dame de Confort; » l'attestation porte la date du 3X août 1609. La seconde ornait un vitrail du chœur dans l'église du prieuré de Notre-Dame de Talloires ; l'attestation est du 7 septembre 1609. Quant au tableau de Seyssel, il était « pendant et attaché en la muraille de Teglise du couvent des Augustins... a costé du grand autel. » L'attestation a été dressée le 33 septembre 1609.
( 3 ) François de Sales partit pour « ce païs-la • le 6 octobre suivant.
(3) Ce fut Georges Rolland qui alla à Seurre pour y prendre l'attestation désirée. Dans cette ville, en effet, « en l'église du dévot couvent Madame S'« Claire, » au chœur, m proche le grand autel, » l'envoyé du Saint put voir « un grand tableau... sur toile, peinct en détrempe, » représentant le bienheureux Prince. Le procès-verbal est daté du 18 octobre 1609.
300 Lettres de saint François de Sales
souhait a Vostre Altesse ? Le sieur président Favre a mis sur le front des beaux livres qu'il a composés et que les nations estrangeres admirent, les marques de sa fidélité envers Vostre Altesse et de l'honneur qu'il a receu d'elle (0. Or, maintenant il désire laisser les mesmes marques a son filz aisné, affin que l'une et l'autre production tesmoigne a la postérité le bonheur qu'il a eu d'avoir esté serviteur aggreable d'un si grand Prince. Il supplie donq Vostre Altesse de faire grâce a son dit filz de la survivance en Testât de sénateur ; ce qu'obtenant, il en aura une consolation nompareille, prévoyant qu'en la personne de son filz, il revivra après sa mort au mesme genre de vie qu'il a suivi en vivant. Pour cela, Monseigneur, sachant que les affections et services héréditaires sont les plus fermes, je souhaitterois qu'il pleust a Vostre Altesse s'incliner a cette requeste, de l'entérinement de laquelle se respandra une bonn' odeur qui fera connoistre a chacun que sa providence s'estend jusques a prendre soin des enfans de ceux qui l'ont fidellement servie, pourveu qu'imitateurs de leurs pères, ilz s'en rendent dignes!»).
Je joindray donq ma très humble supplication avec celle dudit sieur Président, et fay^ant très humblement la révérence a Vostre Altesse, je prie Dieu qu'il la prospère en toutes bénédictions.
Monseigneur,
de Vostre Altesse, Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,
Franc», E. de Genève.
A Neci, le ... septembre 1609.
(x) Les dédicaceti dont l'usage est très ancien, étaient fort en honneur au début du XVII* siècle. Antoine Favre dédia au duc de Savoie Les Gardions et Maximins (1^89), le Codex Fabrianus^ etc.
(s) Le duc accorda la faveur demandée, par lettres patentes en date du fcr février 1610 ; le Sénat ayant fait des difficultés, Charles-Emmanuel envoya, le 95 juillet suivant, des lettres de jussion. (Archives du Sénat, Bditt-Bul/es, vol. XXXL)
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