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A MADAME DE LA FOREST RELIGIEUSE DE l' ABBAYE DE BONS (0
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Les « âmes revesches • et le Saint. — Pourquoi la patience est nécessaire à ceux qui veulent servir les âmes. — Une Religieuse qui avait besoin de changer d*air. — Les promenades dangereuses. — Envoi d'un exemplaire de V Introduction,
Annecy, 2 octobre 1609.
Vous aves bien fait, très chère Fille, de m'advertir des mauvayses paroles de cette pauvrette, car cela m'est utile
( I ) La comparaison de cette lettre avec la précédente permet de lui attribuer la même date.
La destinataire, Jeanne-Bonaventure de la Forest, professe de l'Ordre de Ctteanx, était la propre sœur de M*^ de la Fléchère. Ame craintive et délicate.
Année 1609 205
et ne luy sera pas inutile a elle mesme pour Tadvenir. Je suis certes fort libre a parler, mais je ne pense pas avoir rien dit de tout cela. Oûy bien, peut estre, que l'expérience m'avoit apris de ne point estre dur aux âmes revesches, tandis quil y avoit espérance de les gaigfner par douceur.
Je croy que quant a Monsieur de Belley(0, je n'en auray parlé qu'avec le compas de la sincère dilection avec laquelle je Thonnore, car je sens bien en mon ame que j'ay de l'affection a son estime. Mais, ma chère Fille, il faut estre patient a ceux qui veulent servir les âmes, car tous-jours ainsy au commencement, elles sont volages, bigearres et inventrices de paroles. Qui se voudroit desgouster pour cela, ne feroit jamais rien. Cette la auroit grand besoin de changer d'air pour estre guérie, car en ce lieu-la il y a des aspicz et basilisques plus quil ne faut pour les tendres âmes. Dieu y mette sa sainte main. EU* a rayson de dire que je luy parlay a son advantage, car je ne luy parlay que pour son bien, mais sans flatterie et rondement, selon les sentimens que j'en avois.
Mais vous, ma très chère Fille, continues a tenir vostre cœur pur devant Dieu et compatissant envers le prochain. Vrayement je ne voudrois nullement que si les promenades tendent a la rencontre de ces galantz hommes, vous vous y treuvassies ; mais si cette fois-la ce fut par hazart, il n'en faut pas pour cela se scabrer . Que si néanmoins on voyoit que la chose retumbast souvent a mesme rencontre, je vous aymerois mieux en vostre chambre.
eUe arait grand besoin que le Saint Tenconrageât à la ferv^eur et la réconfortât an milieu des pernicieux divertissements qui troublaient la vie monastique à fions. (Voir ci-dessus, note (3)* p> Si») Son nom figure, avec celui des Dames Louise de Pâquier, Louise de Ponçonas, Claude de Buissonrond, dans un acte notarié du a8 février 1634, où il est dit qu'elles veulent établir un couvent réformé à Grenoble. (Archives départ, de la H**-Savoie, E. ^33.) Ces trois mêmes personnes étaient venues du monastère des Ayes, situé près de Grenoble, chez les Bernardines de RumiUy le i*'* janvier 1633. La Mère de Ballon, qui avait loué leur dessein, les accompagna elle-même à Grenoble le sa novembre 1634, pour les aider dans leur entreprise. Toutefois, les historiens qui rapportent cette circonstance, ne font pas mention de Jeanne-Bonaventure de la Forest. ( I ) Jean-Pierre Camus, évèque de Belley, que saint François de Sales avait sacré un mois auparavant.
7o6 Lettres de saint François de Sales
Je vous envoyé un livre de la nouvelle édition (0, et en envoyeray un autre a M"* vostre jeun' Abbesse (*) quand j'auray le loysir de luy escrire a propos, sans faire semblant de rien, sinon de quelques bonnes paroles qu'elle me dit.
Nostre Seigneur soit a jamais au milieu de nous, et je suis en luy très entièrement,
Vostre serviteur,
F., E. de G.
A Madame Madame de la Forest, Religieuse a [Bons].
Revu sur rAntographc conservé au s** Monattëre de la Visitation de MarseiUe.
( I ) De V Introduction à la VU dévote,
(s) Cette « jeun' Abbesse, » Jeanne de Vignod, sœur de Bernarde de Vignod (voir le tome précédent, note ( i ), p. 103), est citée par Gnichenon, Hist. de Bresse et Bugey^ Partie II, avec les dates de 1606-1613. Certaines allusions dans les lettres précédentes et dans d^antres qui suivront, persuadent qu'elle était de ces âmes « revesches, volages, bigearres » qui exerçaient, sans la lasser, la patience du Saint. Peat>étre même était-ce la « pauvrette » qui, « pour estre guérie, » avait « besoin de changer d'air. »