‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 7 sur 124 · AU ROI DE FRANCE, HENRI IV · texte numérisé non relu

AU ROI DE FRANCE, HENRI IV

(miwutb)

PaoTreté des curés du Bngey ; supplique en leur faveur.

Annecy, fin avril 1608 (i).

Sire,

J'ay cinquante ou soixante curés sous ma charge au balliage de Beugey, sur lesquelz nulle décime n'a ci devant esté imposée de la part de Vostre Majesté, a la bonté delaquelle je recours maintenant pour eux, et eux avec moy, affin quil luy playse les exempter encores ci après. Le fondement de cette supplication. Sire, est a la vérité bien mauvais, mais il n'en est que plus solide, car c'est leur extrême pauvreté; puisque presque tous sont si chetifz en moyens qu'ilz n'en ont que pour vivre misérablement. Si que Vostre Majesté commandant qu'on les laysse, elle leur fera un'excellente aumosne, car elle leur donnera le repos, seule condition qui peut rendre leur disette aucunement supportable, du milieu delaquelle

[je prie] Dieu quil prospère Vostre Majesté!»)

qui est

Revu sur TAotographe consenré à la Visitation d*Annecy.

( I ) La date de cette lettre se dédait de son contenu. En 1607, rassemblée générale du clergé de France essaya de faire payer les décimes au clergé de Bresse, Bugey, Valromey et Gex, charge dont celui-ci avait été exempté par le traité de Lyon (17 janvier 1601).

Les ecclésiastiques de Valromey et de Michaille constituèrent le 94 avril 1608 leur procureur, André de Sauzéa, pour solliciter du roi le maintien de Texemption. (R. E.) C'est donc vers le même temps que le Saint dut écrire la présente lettre, et peut-être la confia-t-il à M. de Sauzéa. Henri IV fit droit à la réclamation, et le 98 août 1608 le Conseil d*Etat annulait la décision de l'assemblée du clergé de France. (Cf. la lettre du 3^ septembre 1608, aux Ecclésiastiques du Bngey, du Valromey et de Gex.)

(a) Les lacunes qui suivent proviennent de la mutilation de l'Autographe.

CDXLVIII

A MADAME DE LA FLéCHÉRE

L^humiiité joyeuse dans les légers manquements. — Les exercices de dévotion pendant la journée. — Faire comme Notre-Dame : se tenir toujours d'une main à Kotre-Seignenr. — Apprivoiser son cœur à la mansuétude. — Les prières vocales et Toraison mentale.

Annecy, [fin avril ou commencement de mai] 1608 (x). Madame,

J'ay esté bien consolé par les lettres que vous m'aves escrit, voyant que Nostre Seigneur vous a fait gouster les commencemens de la tranquillité avec laquelle, moyennant sa grâce, il nous faut des-ormais continuer de le servir parmi la presse et multiplicité des affaires ausquelles nostre vocation nous oblige. J'ay une extrêmement bonne espérance pour vous, parce que j'ay veu, ce me semble, en vostre cœur une profonde resolution de vouloir servir sa divine Majesté, qui me fait asseurer que vous userés de fidélité es exercices de la sainte dévotion. Que si bien il y entrevient beaucoup de manquemens par infirmité, il ne faut nullement s'estonner ; mais, en détestant d'un costé Toffence que Dieu en reçoit, il faut de Tautre avoir une certaine humilité joyeuse qui ayt a playsir de voir et connoistre nostre misère.

Je vous diray briefvement les exercices que je vous conseillerois ; vous les verres plus clairement en cet escrit que je fay (»). La préparation de toute la journée, qui se fait briefvement le matin ; l'orayson mentale avant disner, selon vostre loysir, pour une heure ou environ ; le soir, avant souper, une petite retraitte, en laquelle, comme

( I ) L'étude des lettres du 8 avril, du 19 mai 1608, leur comparaison avec celle-ci, lui font attribuer avec certitude une même destinataire et suggèrent la date avec une grande vraisemblance.

( s ) Des instructions de ce genre avaient été rédigées en 1604 pour les dames de Dijon. (Cf. le tome XII, pp. 366, ^33, 3^7 etc.)

8 Lettres db saint François de Sales

en manière de répétition, vous faciès une douzaine de vives aspirations en Dieu selon la méditation du matin, ou sur quelque autre sujet.

Parmi le jour et entre les affaires, le plus souvent que vous pourres, examinés si vostre amour est point engagé trop avant, s'il n'est point détraqué et si vous ne vous tenes pas tous-jours par l'une des mains a Nostre Seigneur. Si vous vous treuves embarrassée outre mesure, accoisés vostre ame et remettes-la en repos. Imaginés vous comme Nostre Dame employoit doucement l'une de ses mains tandis qu'elle tenoit Nostre Seigneur de l'autre, ou sur son autre bras, en son enfance ; car c'estoit avec un gfrand esgard.

Au tems de paix et de tranquillité, multipliés les actes de douceur; car, par ce moyen, vous apprivoyseres vostre cœur a la mansuétude. Ne vous amuses pas a combattre les menues tentations qui vous arrivent, par des contestes ou disputes avec elles, mais par des simples retours de vostre cœur a Jésus Christ crucifié, comme si vous allies bayser son costé ou ses pieds par amour.

Ne vous mettes point en peyne de faire beaucoup d'oraysons vocales, et tous-jours, quand vous prières et que vous sentires vostre cœur porté a l'orayson mentale, laissés-l'y aller hardiment ; et quand vous ne feries que l'orayson mentale avec l'Orayson Dominicale et la Salutation Angélique et la Créance, vous pouves vous contenter.

Je me dédie de grand courage au service de vostre ame, qui me sera dores-en-avant chère comme la mienne propre. Nostre Seigneur soit a jamais maistre de nos cœurs, comme je suis en luy,

Vostre serviteur.

Année 1608 9

CDXLIX

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