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A MADAME DE LA FLÉCHÉ RB
L*ii nique guérison de certaines épreuves spirituelles. — Le sang du Calvaire et la clarté du Thabor ; de ces deux montagnes, quelle est la plus désirable et la plus fructueuse. — Le pain sans sucre et le sucre sans pain. — Pourquoi la connaissance de notre néant ne doit pas nous troubler.
[1609 ou 1610 (x).]
Certes, ma chère Fille, ce n'est pas que je n'aye un cœur tout tendre pour vous, mais je suis tellement tracassé d'encombriers, que je ne puis pas escrire quand je veux. Et puis, vostre mal, qui n'est d'autre chose que de sécheresse et aridité, ne peut estre remédié par lettre ; il faut en présence ouyr vos petitz accidens, et encor, après tout, la patience et résignation en est l'unique guerison. Apres l'hiver de ces froidures, le saint esté arrivera et nous serons consolés.
( X ) Cette lettre, donnée par les premiers éditeurs sans indication de date ni de destinataire, paraît, d*après sa teneur, avoir été adressée à M"»* de la Fléchère. - Elle ne renferme aucun renseignement qui puisse aider à mieux préciser It datei
236 Lettres de smht François de Sales
Helas ! ma Fille, nous sommes tous-jours affectionnés a la douceur, suavité et délicieuse consolation ; mais toutefois, Taspreté de la sécheresse est plus fructueuse. Et •Matt.. XVII, 4. quoy que saint Pierre aymast la montaigne de Thabor * et fuist la montaigne de Calvaire, celle ci toutefois ne laisse pas d^estre plus utile que celle la, et le sang qui est respandu en Tune, est plus désirable que la clairté qui est respandue en l'autre. Nostre Seigneur vous traitte des-ja en brave fille ; vives aussi un peu comme cela. Mieux vaut manger le pain sans sucre que le sucre sans pain.
L'inquiétude et chagrin qui vous arrive de la connoissance de vostre neantise n'est pas aymable; car encor que
•Cf.tom.priBced., la cause en est bonne, l'effect néanmoins ne Test pas* p. 167. __ ., , , '^ ,
Non, ma Fille, car cette connoissance de nostre neantise
ne nous doit pas troubler, ains adoucir, humilier et abbaisser ; c'est l'amour propre qui fait que nous nous impatientons de nous voir vilz et abjectz. Or sus, je vous conjure par nostre commun amour, qui est Jésus Christ, que vous vivies toute consolée et toute tranquille en vos infirmités. Je me glorifie en mes infirmités^ dit nostre * II Cor., XII, 9. grand saint Paul *, affin que la vertu de mon Sauveur habite en moy. Ouy, car nostre misère sert de throsne pour faire reconnoistre la bonté souveraine de Nostre Seigneur.
Je vous souhaitte mille bénédictions. O Seigneur, bénisses le cœur de ma très chère Fille, faites-le brusler comme un holocauste de suavité a l'honneur de vostre divine dilection ; qu'elle ne cherche aucun autre contentement que le vostre, ne requière autre consolation que celle d'estre très parfaittement consacrée a vostre gloire. Jésus soit a jamais au milieu de ce cœur et que ce cœur soit a jamais au milieu de Jésus ; Jésus vive en ce cœur et ce cœur en Jésus.
Je suis en luy, plus vostre que vous ne sçauriés croire, ma chère Fille.
Vostre très affectionné serviteur.
Franc», E. de Genève,
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