‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 71 sur 124 · A UNE DAME INCONNUE · texte numérisé non relu

A UNE DAME INCONNUE

Qn*U faat ravaler son courage et eo même temps Texalter. ~ L'anique leçoo da divin Maitre. — Une bonne condition pour faire des progrès spirituels. ~ Denx choses conseillées contre les assoupissements en Toraison.

Annecy, 3 janvier 1610(1).

Vous me dites trois bons motz, ma très chère Fille, en la lettre que j'ay receue de vous : que vous faites une grande violence pour empescher Teslevement de vostre courage et prattiquer l'amour de Tabjection (c'est a quoy vous vous estudies maintenant), et que vous [trouvez] vos désirs plus disposés au vouloir divin qu'auparavant. Il faut bien tous-jours faire ainsy, ma chère Fille ; car, comme dit Nostre Seigneur, le Royaume des deux souffre violence et les violens le ravissent*. Plus la • Matt., xi, la. sainte humilité vous coustera de travaux, plus elle vous donnera de grâce. Continues donq courageusement a bien ravaler vostre courage par humilité et a l'exalter par charité ; car ainsy vous monteres et descendres, comme les Anges sur la sainte eschelle de Jacob*. Estudies bien • Gen., xxvm, la. cette leçon, car c'est l'unique leçon de nostre souverain

(i) La partie de TAutographe où se trouve le nom de la destinataire est collée sur un carton ; il n'est donc pas possible de le connaître, et le texte à cet égard ne donne aucune lumière.

Cest d'après les éditeurs précédents que nous donnons la date de Tannée, mais sans la garantir, car 10 et ao se confondent parfois sous la plume du Saint, et ici encore le texte ne permet pas de dissiper Tincertitude.

338 Lettres de saint François de Sales

Maistre : Apprenes de moy que je suis débonnaire et ' Matt., XI, 39. humble de cœur *.

, Que vous seres heureuse, ma chère Fille, si vous vous resignes pleynement au vouloir de Nostre Seigneur. Oùy, car ce saint vouloir est tout bon et sa disposition toute bonne ; mieux ne pouvons nous marcher que sous sa providence et conduite.

Mais sçaves vous ce qui me plait ? C'est que vous me dites que vous me parles a cœur ouvert ; car, ma chère Fille, c'est une bonne condition pour avancer selon l'esprit que d'avoir le cœur ouvert pour la fidèle et naifve communication que nous devons faire entre nous, d'autant que Nostre Seigneur, qui se plait tant a communiquer son Cf. Luc, XI, 13. esprit aux siens*, se plait aussi beaucoup a voir que nous nous entrecommuniquions les nostres, pour nous entresoulager et ayder.

Marches donq comme cela, ma chère Fille, et ne vous troubles point pour vos assoupissemens, contre lesquelz il faut faire deux choses : l'un' est de changer souvent de contenance en l'orayson, comme de tenir tantost les mains croisées sur l'estomach, tantost jointes, tantost bandées, tantost estre debout, tantost a genoux sur un genoux, tantost sur l'autre, a mesure que les assoupissemens vous arriveront. La seconde chose c'est d'eslancer souvent des paroles extérieures, de bouche, semées parmi vostr'orayson plus ou moins dru, selon que plus ou moins vous vous verres attaquée des assoupissemens.

Dieu vous siot a jamais favorable, ma chère Fille, affin que vous cheminies bien avant en son saint amour, pour lequel je vous cheriray toute ma vie ; et me recommandant de plus en plus a vos prières, je suis

Vostre bien humble serviteur.

Franc', E. de Genève.

3 janvier 16 10, a Neci.

Revu sur l'Autographe conservé i Paris, à THôtel-Dicu.

Annbb 1610 239

DLXVI

A LA BARONNE DE CHANTAL

(ntAGMINT)

La première toarière de la Visitation offre ses services.

Annecy, commencenient de 1610(1).

Cette bonne servante prétendue ( « ) me demande souvent quand Madame viendra. Voyes vous, ma Fille, vostre venue luy est bien a cœur, parce qu'elle espère de servir bien Dieu en vostre personne et en celle des filles et femmes qui seront si heureuses que de vous suivre en la petite, mais sainte et aymable retraitte que nous méditons.

( I ) La barooDe de Chantai arriva en Savoie le 4 avril. L'allusion à sa venue semble donc Justifier la date attribuée à ce fragment. ( s ) Anne-Jacqueline Coste (cf. ci-dessus, Lettre dlzi).

DLXVII

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