‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 72 sur 124 · AU DUC DE SAVOIE. CHARLES-EMMANUEL · texte numérisé non relu

AU DUC DE SAVOIE. CHARLES-EMMANUEL

(minutb)

Sainteté du bienheureux Amédée. — Estime qu'on eu fait en Savoie. — C'est un devoir pour le duc de désirer la canonisation d'un tel ancêtre et de s'employer à l'obtenir.

Annecy, [janvier 1610(1).] Monseigneur,

Il y a quelque tems que j'envoyay a Vostre Altesse Serenissime plusieurs mémoires* touchant Testime et • Vide Bp. DXLvm.

( I ) Cette lettre n*a pas été écrite très longtemps après celle dn 35 septembre 1609, car elle lui fait suite, et d'autre part il n'est guère probable que le

340 Lettres db saint François db Salbs

véritable opinion que tout ce pais de deçà avoit tous-jours eue de la sainteté du bienheureux Duc Amedee troisiesme ( O ; et je croyois que Vostre Altesse, considérant ces honnorables tesmoignages de l'eminente sainteté d'un Prince auquel elle appartient de si près, seroit suffisamment incitée a en désirer la canonisation. Mais attendant de jour a autre qu'on fist quelque bon dessein pour cela et n'ayant point de telles nouvelles, je supplie très humblement Vostre Altesse de me pardonner si, avec un peu de chaleur, je luy représente ma pensée sur ce sujet : car en une grande affection on ne se peut pas bien retenir.

Ce grand Saint et Vostre Altesse aves un devoir mutuel Tun a l'autre; car Vostre Altesse luy succédant, et selon le mesme sang et selon le mesme sceptre, elle luy appartient comme un filz a son père. Vostre Altesse donq le doit honnorer en tout ce qu'elle peut, comme sa charité l'oblige de protéger, secourir et eslever Vostre Altesse. Ni ces liens réciproques ne sont point rompus par la mort, car ce sont des liens de l'amour sacré, qui est aussi fort pour les conserver que la mort pour les • Cant., uit., 6. dissoudre *.

Or, les miracles que Dieu a faitz en faveur de ce grand Prince, la grande estime de la sainteté d'iceluy que sa divine Providence a nourrie dans le cœur des peuples qui ont le bonheur d'estre sous sa couronne et de plusieurs autres circonvoysins, les histoires qui célèbrent si hautement la pieté de sa vie(>), ce sont. Monseigneur, tout autant de sommations que ce saint Prince vous fait de luy faire les honneurs qui sont dus a son

Saint Tait envoyée au mois de décembre 1609. Averti alors et préoccupé de la calomnie répandue contre lui k la cour de Turin (cf. ci-dessus, pp. a 16, 337 , François de Sales a dû attendre un moment plus favorable pour sMntéresser à la canonisation du bienheureux Amédée. La date proposée se déduit de ces circonstances.

( I ) Ce prince porte le nom d'Amédée IX dans l'histoire ; mais comme duc, il est le troisième de sa dynastie.

(3) On peut voir dans les Vies du Bienheureux Amédée, publiées par J.-F. Ranxo (Turin, 1613) et par F. Maleto (Turin, 16x3^ de nombreux témoignages sur les vertns du Prince, recueillis dans les auteurs qui les ont pré* cédés.

Annbb i6io 341

excellente sainteté. Nul ne luy a ce devoir en pareil degré avec Vostre Altesse, nul n'a le pouvoir si grand de le luy rendre, ni, par conséquent, nul n'en doit avoir un vouloir si ardent.

Je prie Dieu qu'il comble de célestes bénédictions Vostre Altesse, de laquelle je suis infiniment.

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidelle orateur et serviteur,

Franc», E. de Genève.

DLXVIII

Page 1