‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 73 sur 124 · A UN GENTILHOMME · texte numérisé non relu

A UN GENTILHOMME

Charité da Saint pour ses amis : au premier il propose une honorable alliance pour Tun des siens; il fait à l'autre de vives instances pour qu'il pardonne à son fils repentant.

Annecy, 8 janvier 1610.

Monsieur,

Mais seray-je donq ainsy esconduit es prières que je fay a ceux que je chéris et honnore tant, et pour choses si honnestes et si justes? Monsieur d'Avully(^) me fait attendre plus longuement, a mon advis, que ne mérite une bonne et favorable resolution du mariage que je luy ay proposé (3). Et vous, Monsieur, me refuseresvous la gfrace que je vous ay requise, de voir et recevoir monsieur vostre filz, qui recourt a vostre sein paternel

( I ) Les conjectures que permet la teneur de la lettre sont trop vagues pour révéler le nom du destinataire et celui de son fils. Il semble néanmoins que le premier était à la fois Tami du Saint et de M. d'Avully.

(3) Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avullv (voir tome XI, note (i),

(3) Renée de Saint-Michel d'Avully épousa (contrat dotal du 38 août 1611) Prosper de Montvuagnard. Le contrat de 1616 (voir le tome précédent, note (i), p. loi) a dû être fait après le mariage. S'agirait-il ici de ce projet d'alliance }

UlTTRlS IV 16

24a Lettres de saint François de Sales

pour y vivre meshuy avec toute humilité et obéissance qu'il vous doit rendre ? Donnes-moy, je vous conjure, Monsieur, ce contentement, que ce soit par mon entremise que ce bonheur arrive a ce filz, affin qu'il sache que je tiens un rang en vostre bienveuillance aussi grand que celuy que vous tenes en mon honneur et respect.

En cor faut-il. Monsieur, que j'adjouste a ma supplication ce mot de mon mestier. Tandis que les pères exercent leur sévérité a l'endroit de leurs enfans par nécessité, ilz leur doivent préparer de la douceur en leur volonté, affin que la rigueur qui les a chastiés ne les accable pas, dégénérant en dureté et fierté. Cet enfant se jette a vos pieds, et je vous supplie de le recevoir paternellement, ce pendant que je m'essayeray de vaincre aussi de l'autre costé monsieur d'Avully. Que si, tout en retour de mon attente, je suis par tout rejette, je cesseray cet office d'intercéder vers l'un et l'autre, mais non jamais d'estre.

Monsieur,

Vostre serviteur bien humble.

Franc», E. de Genève.

A Neci, le 8 janvier 16 10.

DLXIX

A MADAME BOURGEOIS, ABBBSSE DU PUITS-d'oRBE

(iniditb)

Un chirurgien espagnol est prié de s'employer à guérir TAbbesse. — Encoaragements. — Comment le Saint s*excuse de parler brièvement de Dieu.

Annecy, 16 janvier i6io.

Je VOUS escrivis n'a gueres, ma chère Fille, et tousjours hastivement, comme je fay encor maintenant, et vous envoyay Tadvis que j 'a vois eu du cyrurgien

ÂKKéE 1610 ^43

espaignol (0. Le gentilhomme a qui j'avois confié le soin de luy parler arrivera bientost icy, et j'apprendray plus particulièrement ce quil aura dit touchant Tesperance de vous guérir, et tout au plus tard, je vous escriray des Salins (*).

Au demeurant, ma chère Fille, tenes vous fort auprès de Nostre Seigneur, aggrandisses tous-jours vostre courage en son amour. Tenes vous ferme en Tenclos de vos resolutions, et vous souvienne que vous n'aures jamais bien que par là.

Que dires vous dequoy je vous escris si peu ? Mais je ne puis mieux faire, et puisque je ne puis vous parler davantage de Dieu, je m'en vay parler a Dieu de vous. Ce grand Dieu soit a jamais en nos cœurs. Je suis en luy, tout entièrement et perpétuellement vostre.

Le XVI janvier 16 10.

ReTu BUT TAntographe appartenant à M"^ Farghon, à Issoire (Puy-de-Dôme).

(i) Voir plus haut, note (a), p. 1^3. Dans un ancien petit livre de comptes (Archives de Thorens- Sales), on lit ceci : « Pour Tapoticaire des Espagnols, des drogues fournies en maladie de la feue dame (de Pingon, qui mourut le 33 novembre 1609), et le médecin Le Barba, espagnol. »

Le « S** docteur Symene, Yspagnol, » figure dans un acte des Registres paroissiaux d*Annecy, du 17 avril x6o8.

(3) François de Sales, en effet, espérait aller à Salins pour y prêcher le Carême (cf. ci-dessus, note ( i ), p. 309 ; mais il en fut empêché pour des raisons qui sont expliquées ci-après, note (3), p. 345.

DLXX

A MADAMB DE CORNILLON, SA SGBUR

Que dire à mesure que les années s*en vont. — Les mères chrétiennes et Notre-Seigneur, qui se comporte au rebours des autres enfants.

Annecy, fin janvier 1610(1).

Il ne faut pas que le premier mois de Tannée passe que je ne vous salué, ma très chère Fille, ma Seur, en vous

( I ) Les souhaits du nouvel an, Tallusion i Tenfant attendu, les livres promis rendent cette date très vraisemblable.

^44 Lettres de saint François de Sales

asseurant tous-jours du parfait amour que mon cœur porte au vostre, auquel je ne cesse point de désirer toutes sortes de bénédictions. Mais aussi, ma chère Seur, je le vous recommande, vostre pauvre cœur : ayés bien soin de le rendre de plus en plus aggfreable a son Sauveur, et de faire que cette année soit plus fertile que l'autre en toute sorte de saintes actions ; car a mesure que les années s'en vont et que l'éternité s'approche, il nous faut aussi redoubler le courage et relever nostre esprit en Dieu, le servant plus attentivement en tout ce que nos vocations et professions nous obligent.

Je voudrois bien pouvoir vous envoyer les livres que je vous ay promis ( O et a madame de Cornillon ma commère (^) ; mais je ne m'en suis pas treuvé un seul. Il faut donq avoir un peu de patience avec moy, comme avec un mauvais payeur.

Ce pendant, chère Seur, prenés bien courage a faire vostre enfant ; je dis celuy du cors et celuy du cœur, mais sur tout celuy du cœur, qui est Nostre Seigneur, lequel vous voules, je m'asseure, produire en vostre vie et en vous mesme beaucoup mieux d'ores en avant. Mais c'est un enfant lequel, au rebours des autres, soulage, nourrit et maintient sa mère ; aussi faut il bien, ma Fille, que vous metties toute vostre espérance, vostre amour et vostre confiance en luy, car en cette sorte vous vivres toute joyeuse, contente. (5)

( I ) Des exemplaires de la deuxième édition de Vlntroduction à la Vie dévote,

(2) Sans doute Eglantine de Moreau, que le beau-père de la destinataire, Raymond-Charles de Cornillon, avait épousée en secondes noces (contrat dotal du 17 septembre 1603). Le Saint rappelle « ma commère » parce qu^elle avait probablement tenu au baptême avec lui un enfant, soit de Gasparde, soit d'une autre famille.

(3) La lettre, à laquelle manquent les clausules finales, semble se terminer ici. Elle se continuait, dans l'édition de 1639 et les suivantes, par un fragment que nous avons rejeté plus loin, d'après les indications mêmes du texte qui porte avec lui sa date.

Annbb i6io 345

DLXXI

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