‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 79 sur 124 · A LA BARONNE DE CUSY · texte numérisé non relu

A LA BARONNE DE CUSY

Une postulante que le monde dispute â la vie religieuse. — Qu'elle sonde son cœur avant d'embrasser Jésus-Christ crucifié ; ce dessein demande une âme vaillante et généreuse. — Encouragements à prendre un parti décisif. — Le Saint promet de s'employer avec joie et constance à la n sainte besoigne i» de la future Congrégation.

Annecy, 2 mai 1610.

Madame, A ce passage de M. le Baron vostre mari, j'ay sceu avec combien d'artifices le monde s'estoit essayé d'esbransler vostre resolution touchant vostre retraitte*, et • Vide supra, Epist ay loué Nostre Seigneur dequoy vous aves conservé °^^'* vostre fermeté jusques a présent. Néanmoins, maintenant que nous sommes, ce me semble, a la veille de l'exécution d'une si sainte entreprise (0, il faut que je vous parle un peu ouvertement, et que je vous conjure

( I ) La Pentecôte tombait le 30 mai, et c'était la date arrêtée pour exécuter la « sainte entreprise. » (Cf. ci-dessus, p. 349; note (s), p. 187, et ci-après, note(i), p. 307.)

a94 Lettres de saint François de Sales

de bien espreuver vostre cœur pour reconnoîstre si vous aures asses d'affection, de force et de courage pour embrasser ainsy absolument Jésus Christ crucifié et donner les derniers adieux a ce misérable monde. Car voyes vous, Madame, il est requis que vous ayes une ame vaillante et généreuse pour entrer en ce dessein, affin que vous resisties aux suggestions que la folle •Cf. I Cor., I, ao. sagesse du monde * vous fera.

Il est vray que si vous entreprenés cette œuvre simplement pour Dieu et vostre salut, vous y aures tant de consolations que rien ne vous sçauroit destourner, et la bonne compaignie en laquelle vous seres ne vous servira pas de peu a vous bien establir ; mais il ne faut pour cela que vous laissies de bien examiner vostre courage avant que de venir. Que si vous le treuvés bon et ferme, venés donq hardiment au nom de Dieu, lequel, s'estant rendu autheur et protecteur de ce projet, le favorisera de plus en plus de ses bénédictions et vous y donnera mille consolations que le monde ne peut sçavoir.

Si, au contraire (ce que Dieu ne veuille), vous ne vous senties pas asses forte pour entrer en ce chemin, il seroit bien bon de nous en advertir, affin que les autres commençassent selon leur inviolable désir, et vous, Madame, pensassies a prendre quelque autre sorte de vie plus a vostre gré (0.

Pour moy, j'ay tellement cette sainte besoigne en recommandation, que je me sentiray bien heureux de pouvoir m'employer a son advancement, et y serviray constamment, joyeusement et. Dieu aydant, utilement; mais avec tant d'affection, que rien ne m'en sçauroit destourner sinon la seule volonté de Dieu(»), lequel peut

( I ) Comme on le voit, le Saint n'était pas absolument rassuré sur les intentions de la respectable Baronne et sur la stabilité de son dessein. Les perplexités de la postulante devaient durer jusqu'au moment où il fallut songer au départ. François de Sales ne les connut pas, puisque le 34 du même mois (cf. ci>après, p. 307) le projet tenait encore» et aussi Tespoir de le commencer â la date convenue.

(s) Les éditeurs, croyant sans doute devoir éviter la répétition du mot « Dieu », qui se lit plus haut, avaient substitué ici, « la volonté divine », aux mots : « la volonté de Dieu, n Ce changement a dû nécessairement amener, dans la phrase suivante, celui de Imy en elle qui se voit dans les anciens textes.

Annéb 1610 295

estre, pour mes péchés ne me treuvera pas digne de faire ce service a sa gloire.

( » ) J'espère en luy que vostre esprit accroistra de bien en mieux, et le suppliant qu'il vous console et prépare, je demeureray,

Madame,

Vostre très humble serviteur,

Franc», E. de Genève.

D'Annessi, ce 2 may 1610.

ReTB sur le texte inséré dans VHisioirê manuscrit* de la Fondation du /«r Monastère de la Visitation d* Annecy,

( I ) La dernière phrase de la lettre et les clansnles finales manquent dans V Histoire de la Fondation ; nous les avons empruntées â l'édition de 164 1.

DXCV

A MADAME DE CHARMOISY

(Bourr miniT)

Prière de donner Thospitalité à une postulante de la Visitation.

Annecy, [mars-mai 1610(1).]

Ma chère Fille,

Praesupposant que cela ne vous incommode pas, je seray bien ayse que vous logies en vostre logis de la ville M"' d'Escrilles; et pour les meubles, ce qui sera

(i) La destinataire habitait Annecy; elle était dévouée aux intérêts de saint François de Sales. M*"* de Charmoisy semble désignée plus que toute autre par ces indications ; d'antres renseignements nous apprennent qu'elle n'était pas absente d'Annecy à cette époque.

Quant à la date, elle est très vraisemblablement antérieure â la fondation de la Visitation, c'est-à-dire au 6 juin 1610. fille se déduit des dispositions où se trouvait la voyageuse, M»* d'fiscrilles. C'était une postulante pour le petit monastère de la Galerie (cf. ci-dessus, note ( s ), p. 317). S'il avait été ouvert quand eUe vint à Annecy, le Saint aurait-il pris le souci de lui chercher un logis aiUeurs }

296 LbTTRBS DB saint pRilNÇOIS DB SaLBS

requis je le feray prendre céans, ou mesme je la logeroîs, si cela vous estoit beaucoup incommode, parce qu'ell' est icy comm* estrangere.

Je vous donneray simplement le bon jour ce matin.

Rêva sur TAutographe conMnré à la Visitation de Nantes.

DXCVI

A LA BARONNE DB CHANTAL

Une idée que le Saint trouve à son réveil. -^ La fête dn Saint-Snaire et les paroles « extatiques » d'Isaïe. — Bspoir jojeuz qae Dieu plantera et fera frnctifier la plante dm fntur Institut.

Annecy, ^ mai 1610.

Ma chère Fille,

Il faut bien dire que nostre Congrégation me soit a cœur, puisque j'y songe, contre ma coustume, et la treuve comme une idée a mon resveil. Dieu y veuille mettre sa bonne et puissante main.

O ma Fille, que je fus consolé hier sur le sujet de la mort et sépulture du Sauveur 1 car les paroles d'Isaie, qu'on lisoit a la Messe pour la feste du Saint Suaire, estoyent extatiques (0.0 Dieu, si ce Sauveur a tantf^t pour nous, que ne ferons-nous pas pour luy? S'il a exhalé sa vie pour nous, pourquoy ne reduirons-nous pas toute la nostre a son service et plus pur amour ? En fin, je m'imagine que Nostre Seigneur plantera cette plante, l'arrousera de ses bénédictions et la fera fructifier en sanctification.

( X ) Ces paroles « extatiques » se lisaient à l'Epure du jour; elles sont tirées dlsaïe, chap. lxii, ii, Lxni» x-7.

Le texte de la Messe du Saint-Suaire se trouve dans le Missel du Saint, conservé à Chambéry, chez M. le chanoine CoUonges, avec ces particularités, qu'il est sur feuille volante, collée après l'Office de sainte Monique, entre les pages 496 et 437, et que la date d'impression est de x6ii. Mais cette Messe dut être concédée avant, et sans doute avant le 4 mai 1610.

Année i6io 297

Certes, l'autre jour, en recommandant ce projet a sa divine Majesté, je me confondois extrêmement dequoy elle se servoit pour cela de mon cœur et du vostre, je veux dire de nostre cœur ; car, bien que la rayson ne le veuille pas, si est-ce que je ne sçai séparer ce cœur en deux, ni en me res-jouissant, ni en me confondant. Nous serons trop heureux de rendre ce service a sa Bonté céleste.

Dieu soit vostre Dieu, ma chère Fille, Dieu soit vostre Dieu ; et vostre cœur, que vous luy aves dressé, soit sa mayson* et son autel, sur lequel nuit et jour il fasse 'Cf. Geo., xxviu, ardre et luire le feu de son saint amour*. O Dieu, qui • cf. Levitic, vi, nous fera la grâce de nous combler de charité? Recom- "' '^• mandés-moy a vostre Abbesse.

Franc», E. de Genève.

Ce 5 may 1610.

DXCVII

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