‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 80 sur 124 · A M. JEAN-FRANÇOIS RANZ · texte numérisé non relu

A M. JEAN-FRANÇOIS RANZ

Zèle de François de Sales pour la Canonisation du bienheureux Amédée. — Il propose de lui £Biire dédier l'oratoire de sa future Congrégation.

Annecy, 6 mai 1610.

Molto Illustre Signor mio,

La lettera che V. S. molto Illustre mi scrisse per far dar principio a qualche sorte di solennità per il giorno

Mon très Illustre Seigneur,

La lettre que Votre très Illustre Seigneurie m'écrivit pour me prier d'inaugurer une manière de solennité au jour du trépas du

(i) Jean-FrançoU Ranzo, né à Verceil vers 1550, suivit tout jeune la carrière des armes. Chevalier de Saint-Maurice en 1^70, préposé à la garde

2^S Lettres de >saint François de Salis

del transite del Beato Amedeo ( > ), capitô nelle mie mani il giorno dopo la festa ; onde non si fece quel che io havrei sommamente desiderato, ma si farà, piacendo al Signore, Tanno seguente.

Da Nantua non si ha altro, ne de Borghi, perché le fondationi ivi fatte (») sono del Conte Verde (5) et non del nostro Beato. Ringratio V. S. molto Illustre délia

bienheureux Amédée (>), me parvint le lendemain de sa fête ; ainsi Ton ne put faire ce que j'aurais vivement souhaité, mais, s'il plaît à Dieu, on le fera l'année prochaine.

De Nantua, on n'a pas autre chose, ni de Bourg non plus, parce que les fondations de ces pays («) sont du Comte-Vert (î) et non de notre Bienheureux. Je remercie Votre très Illustre Seigneurie de

da châtean de Nice, il fit ensuite des études de droit à Bologne et fat podestat dn marquisat de Romagnano en 1585-1^84. Charles-Emmanuel, qui l'aimait, le nomma d*abord son conseiller, gentilhomme de sa chambre, et en 1604, gfentilhomme ordinaire et conseiller d'Btat. (Voir Diomisetii^ NoU^U hiograficke dti VtreelUsi illustri, Biella, x86s.) Il a écrit plusieurs ouvrages, et notamment la VU du hienheurtux Amédie, Certains manuscrits le donnent comme ayant fait partie de la maison de saint Charles Borromée. Dans une lettre du 17 février 1615 (cf. note (a) de la page suivante), François de Sales parle du « trespas du seigneur Ranzo. •

(i) Ce jour était le 30 mars. (Voir ci-dessus, note (5), p. 198.)

( s ) Nous n*avons pu savoir les fondations du Comte- Vert, à Nantua. (Cf. le tome précédent, note ( i), p. 165.)

Il fonda à Bourg, le 18 mai 1356, de concert avec Bonne de Bourbon, sa femme, le couvent de Saint-François qui « a subsisté en splendeur fort longtemps, jusques à ce qu'à la prise de Bourg par le Roy Henry le Grand, on Tabbatit pour estre trop prés de la citadelle, i» Le monastère fut rebâti dès le as mai 1604, et Téglise en fut consacrée le 51 juillet 160^ par Robert Berthelot, évéque de Damas, suffragant de Lyon. (Voir Guichenon, Histoire de Bresse et de Bugey^ Lyon, 161^0; Partie II, p. 19.)

(3) Âmédée VI, né à Chambéry le 4 janvier 1334 d*Aimon le Pacifique et dTolaûde de Montferrat, succéda tout jeune i son père et mourut de la peste au château de Saint-Etienne, près de Campobasso, non loin de Naples, le 3 mars 1383, laissant de Bonne de Bourbon qu'il avait épousée en 135^, Amédée VII et Louis, mort au berceau.

Ce long règne affermit la Maison de Savoie, car ce prince chrétien fut toujours heureux dans ses armes et sut profiter de la* paix pour doter son peuple de sages institutions. Dans un célèbre tournoi donné i Chambéry en 1348, le jeune comte de Savoie, âgé de quatorze ans, fit admirer les grâces séduisantes de sa jeunesse; les couleurs qoHl avait choisies pour son armure, son coursier et son écuyer, étaient vertes ; de là, le nom de Comte-Vert qu'il porte dans l'histoire. (Cf. Guichenon, Hist, ginéaL de la reyale Maison de Savoie, tome I*^)

Amn6e i6io 399

imagine, et desidero sommamente di veder la Vita (<) et che le cose délia Canonizatione vadano inanzi (»).

Mi è venuto in pensiero una cosa, la quai se V. S. molto Illustre trova a proposito, potrà molto ben riuscire ad honor di detto Beato. Si darà principio a questa festa prossima di Pentecoste, ad una Congregatione di gentildonne (3), di gran spirito et qualità, nella quale si adopraranno molto [in] opère di carità verso li poveri et ammalati, al servitio de'quali quelle benedette anime si vogliono in parte ( 4 ) dedicare, secondo che in queste

rimage, et j'ai un extrême désir de voir la VieiO et l'avancement des affaires de la Canonisation (*).

J'ai pensé à une chose qui pourrait, si Votre Seigneurie l'approuve, contribuer grandement à la gloire du Bienheureux. En la prochaine fête de Pentecôte, on doit donner commencement à une Congrégation de dames, de grande vertu et qualité (3). Elles s'emploieront à plusieurs œuvres de charité en faveur des pauvres et des malades; c'est à leur service que ces bénites âmes veulent en partie ( 4 ) se consacrer, en suivant l'usage d'après lequel, en ces

( I ) L*oiiginal de cette biographie te conserve aux Archives de Turin (Stofia délia Real Casa^ Mazzo 9», cat. m) et porte ce titre : Vita del Beato Amedeo, ter^o duea di Savoia^ di Gio, Prancesco Ran\o, di Vercelli^ al Seren, Vittorio Amedeo, Preneipe di Piemonte. Le mannscrit, qui est daté du 6 avril x6io, ne fut imprimé qu*en 1613.

( s ) Ces affaires de la Canonisation n'avançaient pas beaucoup, malgré qu^on eût Tair de se remuer de tous côtés pour les faire aboutir. Le seigneur Ranso et le P . Maleto qui s'en occupaient à Turin, y mirent, i ce qu'il semble, plus de zèle que d'ordre et d'exactitude. Sur ce dernier point, la lettre que François de Sales adressa au cardinal Maurice le 17 février 161 1^, est significative. Le x8 décembre x6ii, le Nonce de Turin écrivait au cardinal Borghese : « On parle encore du bienheureux Amédée. On parle de tant de choses ici, mais quand vient-on â l'exécution I » (Archiv. Vaticanes, Nunj[, di Savoia, vol. 161.)

( 3 ) Cf. les lettres du s et du 34 mai.

(4 ) On pourra remarquer l'importance de cette restriction « in parie n, que les éditeurs précédents avaient négligé de traduire. Dans la toute première pensée du Saint, ses filles devaient vivre de prière et d'oraison. La visite des pauvres et les exercices de charité, tels qu'il les régla, ne devaient pas déranger leur vie contemplative. (Cf. le tome précédent, note(i), p. 510, et ci-après, note ( i), p. 306.) Les biographes modernes se sont donc mépris en écrivant que François de Sales avait rêvé « la Sœur de Charité, » et que « la visite des malades et des pauvres » était le « but définitif » de son Institut. (Voir Bougaud, Hist. de Ste Chantai, tome !*■', chap. zm, xrv.)

300 Lettres de saint François de Sales

parti ultramontane quel essercitio si suol fare fra le donne ; et elle havranno una casa nella quale viveranno insieme, et un oratorio di gran devotione. Hora, sta in man mia di far dedicare quell' oratorio et quella casa al Santo che mi parera più a proposito. Et vedendo che la divotione di quelle gentildonne è circa li poveri et ammalati, alli quali il nostro Beato fu tanto affettionato che Tessempio suo è pubblicato in tutti li pulpiti, vorrei volontieri che detta Casa al suo beato nome fosse dedicata ( > ) ; et sarebbe convenevole che essendo egli nato in questa diocesi, in questa havesse la sua prima casa et oratorio.

Ma acciô io potessi far questo, sarebbe conveniente che Sua Altezza ne fosse contenta, et facesse che Sua Santità ciô havesse grato ; il che, secondo che io penso, sarebbe cosa facilissima a Sua Altezza se commandasse che in Roma se ne facesse instantia, atteso che già anticamente è stato tanto venerato questo Beato in questa diocesi. V. S. molto Illustre vi pensarà, et se me awisarà dell' intentione di Sua Altezza, io non

pays ultramontaîns, ce ministère se pratique ordinairement parmi les femmes. Elles auront une maison où elles vivront ensemble, et un oratoire fort dévot. Or, il dépend de moi de faire dédier cet oratoire et cette maison au Saint que je jugerai plus à propos. Voyant donc que la piété de ces dames les porte vers les pauvres et les malades si chéris de notre Bienheureux, comme le proclament toutes les chaires, j'aimerais bien que cette Maison fût érigée sous son vocable (0. Et ne conviendrait -il pas qu'étant né dans ce diocèse, il eût ici même sa première maison et son premier oratoire ?

Mais, pour réaliser ce projet, il faudrait que Son Altesse l'agréât et qu'elle le fît agréer à Sa Sainteté; ce qui, à mon avis, sera très ûicile à Son Altesse, si elle ordonne qu'on fasse à Rome des instances à ce sujet, d'autant plus qu'anciennement déjà, le Bienheureux était très vénéré dans ce diocèse. Votre très Illustre Seigneurie voudra bien penser à cette affaire. Si, ensuite, elle daigne m'informer des intentions de Son Altesse, je ne manquerai pas de faire, de

( I ) Voir la lettre du 99 septembre 16 10, à Ranzo. Malgré le désir du Saint, la chapelle de la Galerie ne fnt jamais dédiée an bienheureux Amédée.

Année i6io 301

mancarô di far quanto dal canto mio sarà convenevole ; ma la supplico bene che sia quanto prima, per mia consolatione.

In tanto supplico Nostro Signore che a V. S. molto Illustre dia ogni vero contento.

Di V. S. molto Illustre,

AfFettionatissimo servitore,

Franc®, Vcscovo di Gène va.

In Annessi, alli 6 di Maggio 16 10.

Al molto Ill'« Sig' mio,

il Sig' Francesco Ranzo, Gentilhuomo et G>nsigliere di S. A. Ser**»». Turino.

Revn sur une copie déclarée authentique, conservée i Turin, Archives de TEtat .

mon côté, tout ce qui sera convenable ; mais je vous prie que ce soit au plus tôt, pour ma consolation.

En attendant, je supplie Notre-Seigneur d'accorder à Votre Seigneurie tout vrai contentement.

De Votre très Illustre Seigneurie,

Le très affectionné serviteur,

François, Evêque de Genève.

Annecy, le 6 mai 1610.

A mon très Illustre Seigneur, M. François Ranzo, Gentilhomme et Conseiller de Son Altesse Sérénissime. Turin.

)oa Lettres de saint François de Sales

DXCVIII a m. roch calcagni (0

Titres et aptitudes de M. de la Thaille, frère du Saint, à remplir la charge de chevalier pour laquelle il est proposé. — Le destinataire est prié de remettre des lettres poar faire aboutir la nomination.

Annecy, 18 mai 1610.

Monsieur,

Estant icy de retour (»), j'ay treuvé le bon monsieur de Monthou mort (3), et mon frère, le sieur de la Thuille, nommé par le Conseil a Monseigneur (4) pour estre prouveu de Testât de chevallier, nomination a laquelle ni mondit frère ni moy n'avions seulement pas pensé (5).

( I ) Roch Calcagni, « escuyer de la grande escurie » du duc de Nemours et frère du malheureux P. Ange Calcagni, était issu d'une noble famille de Plaisance. Le Saint bénit son mariage avec Marguerite de Chavanes, dans la chapelle du palais épiscopal, le 19 juin 1618. Ils n*eurent qu'une fille, Jeanne- Marie. (Archives de M. le comte Morandi, Plaisance.)

(s) Le Saint était à la chartreuse de Mélan, le 15 et le 16 mai.

(3) Marins, seigneur de Monthouz, fils atné de François de Monthouz et de Claudine de TAlée ou Lalée, épousa Marguerite Marc. Ils furent enterrés dans réglise de Saint-Dominique d'Annecy, à deux jours de distance, le 18 et le 30 mai x6io. (Reg. paroiss. d'Annecy.)

( 4 ) Le duc de Nemours.

( ^) M. de la Thuille (Louis de Sales) fut en effet nommé en 1610, chevalier du Conseil de Genevois, par le duc de Nemours. (Cf. tome XII, note ( i ),

Le Conseil de Genevois était surtout une cour judiciaire i laquelle devaient ressortir toutes les causes d'appel des juges de Genevois, de Beaufort, de Faucigny et autres terres. EUe fut instituée à la suite du traité du 14 août 1^14, qui donnait en apanage i Philippe de Savoie-Nemours les susdites terres. Ce Conseil dura jusqu'à l'occupation de la France par François I**" qui le conserva au duc de Nemours. Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, lui accorda aussi de nombreux privilèges. Toutefois, le Conseil présidial dépendait du Sénat qui jugeait en dernier ressort les appels du Faucigny et du Genevois. Aussi, les conseillers au présidial de Genevois ambitionnaient-ils d'obtenir un siège à la cour suprême de Chambéry.

Supprimé après la mort de Henri II, dernier duc de Genevois (14 janvier 16^9), rétabli le xo décembre 167^, par un édit de Jeanne-Baptiste, duchesse de Savoie, le Conseil de Genevois cessa tout à fait d*exister avec Victor- Amédée II, en 17 13.

Année 1610 303

Mais la voyant faitte, j'ay creu que je devoîs au bien de mondit frère une très humble supplication a Son Excellence, affin quil luy playse de nous gratifier de cet honneur, lequel est certes plus grand que nous ne méritons, mais qui ne peut tumber en une personne plus fidelle au service de Son Excellence que mondit frère sera ; a quoy j'adjouste que Testude quil a fait asses fructueusement en droit, pourra encor le rendre moins inutile en cette place, si Dieu et Monseigneur l'y conduisent.

La lettre donq ci-jointe est pour ce sujet, et celle qui est addressee a monsieur Desfrenes aussi ( » ), qui me fait vous supplier de la rendre le plus tost quil vous sera possible, et comme pour Tamy ; car encor que nous ne vous ayons jamais rendu aucun service qui nous puisse acquérir cette qualité, si avons nous bien eu ce désir, et moy particulièrement, qui, priant Nostre Seigneur quil vous conserve et accompaigne, suis.

Monsieur,

Vostre serviteur très affectionné,

Franc*. Evesque de Genève.

XVIII may 16 10, Annessi.

A Monsieur Monsieur Roc Calcanie,

Escuyer de la grande escurie de S. E.

Rera sur TAutographe appartenant à M. le comte Morandi, à Plaisance.

( z ) M. Desfrenes ou Dnfresne est très probablement le secrétaire da dnc de Nemonrs.

304 Lbttrbs de saint Frakçois de Sales

DXCIX

AU PÈRE NICOLAS POLLIENS, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS(i)

A un Jésuite qui s*intéressait à rœavre du Saint, celui-ci raconte les circonstances qui ont donné jour aux commencements de la Visitation. — Somouire et premier crayon de la vie religieuse proposée par manière d'essai. — La clôture, Thabit, l'Office, Tunion intérieure. — La pierre fondamentale. — Pourquoi le Saint ne se soucie pas des critiques. — Llnstitnt de la Visitation et le voyage de François de Sales à Dijon en 1604.

Annecy, 24 mai 1610.

(») Mon Révérend Père,

L'inviolable afiFection que j'ay vouée a vostre sainte Compaignie (^) et l'honneur particulier que je dois a vostre personne, me fera acquiescer a vostre pieux, saint et

(a) [Notre texte est emprunté à V Histoire manuscrit* de la Fondation dm zer Monastère de la Visitation d* Annecy, La Mère de Chaugy fait précéder la lettre des paroles suivantes : « Nous avons trouvé une de ses responses faite a un Père Jésuite, qui déclare naivement tout son dessein ; voicy ses propres mots : Uinviolahle affection^ » etc. L'absence des clausules finales et de la date donnerait i penser que nous sommes en présence d*nne minute. D'autre part, l'annaliste n'avait pas besoin de reproduire les premières et souvent, on le sait, elle négligeait les dates.

La leçon parue pour la première fois dans l'édition de 1641 présente avec le texte du Ms., bon nombre de divergences ; nous reproduisons celles^! sous forme de variantes, mais sans pouvoir affirmer qu'elles proviennent toutes d'une source authentique. L'éditeur n'aurait-il pas pris la liberté de corriger le style du Saint , comme il l'a fait pour ses Sermons et pour d'autres de ses lettres ?]

(h) a vostre — Compaignie

(i) D'après le texte même de cette lettre, le destinataire était d'origine savoyarde, ami du Saint et de résidence à Chambéry : tous ces traits conviennent au P. PoUiens et ne semblent convenir qu'à lui. (Voir le tome précédent, note ( I ), p. 580, et ci-dessus, Lettre cdlxxxii.)

Il fut, disent ses anciens biographes, assez peu doué pour l'érudition et les beUes-lettres, mais très porté à la piété et aux exercices de la charité. Ce Religieux se fit surtout remarquer par sa dévotion envers la Vierge et les Saints de son Institut, non moins que par sa scrupuleuse et constante observance des Règles. (Archiv. de la C* de Jésus.)

Année i6io ^05

curieux (<=) désir, non seulement sans peyne, ains (<*) avec suavité.

Saches donq, mon cher Père, que quelques âmes devotes me proposèrent, il y a un an, Testablissement d'une Religion de filles, avec offre d'une (•) bonne somme d'argent pour faire le bastiment et fondement. Et moy(^), sçachant combien de filles desiroyent la retraîtte du monde, qui ne la pouvoyent treuver es Religions ja establies, j'acceptay l'offre et promis toute mon assistance pour ce projet *. 'Cf. supra, p. «8.

Monsieur le Baron de [Cusy,] qui m'avoit apporté l'ambassade, acheta une petite mayson au faubourg, en lieu extrêmement propre pour (») bastir et commencer a dresser ce petit édifice ; en sorte qu'en peu de tems il le rendit commode pour loger une douzaine de personnes, avec l'ornement d'un petit oratoire, aflin que celles qui seroyent si heureuses que de vouloir servir d'exemple aux autres, s'y puissent i^) retirer et commencer a faire essay du dessein. Tost après, voyci que l'on me fit entendre qu'il n'y avoit que la moitié des moyens que l'on avoit proposé, et despuis l'on mit en doute de (U beaucoup de commodités temporelles qui devoyent arriver avec une personne, laquelle avoit premièrement chaudement (j ) entrepris de venir, et puis s'estoit tout a coup rafroidie (O.

Parmi tout cela, il me fallut surseoir le dessein d'ériger

(c) mt fera — satisfaire a vostre pieax

(d) mais (e)de

( f ) ^ bastiment, — Et moy

(g) propre — a bien

(h) a/fin que — celle qui seroit si heureuse de vouloir servir d'exemple aux autres, se puisse

( i ) des moyens — qu'on avoit proposé, et despub quelque tems en ça on mit en doute

( j ) premièrement — avec ardeur

( X ) Cette personne aussi prompte i sVnthousiasmer qu*à se refroidir, était la nièce de la baronne de Cusy. (Voir ci-dessus, note ( i ), p. ssS, et ci-après, note (a), p. 313, et la lettre du 3 juUlet à M"« de Chapot.)

Lamas IV 20

3o6 Lettres de saint François de Sales

un Monastère reformé (>^); et néanmoins, pour donner lieu a une très honnestelM retraitte a quelqu' ame bien résolue et saintement impatiente de se retirer du tracas du monde, je leur ouvre la porte d'une petite assemblée ou Congrégation de femmes et (™) filles vivant ensemble par manière d'essay, sous des (o) petites Constitutions pieuses. Nous commencerons avec la pauvreté, parce que nostre Congrégation ne prétendra de s'enrichir que de bonnes œuvres.

Leur clausure sera telle pour le commencement : aucun homme n'entrera chez elles que pour les occurrences qu'ilz peuvent entrer es monastères reformés. Les femmes aussi n'y entreront point sans (®) licence du Supérieur, j'entens de l'Evesque ou de son commis. Quant aux Seurs, elles sortiront ( p)pour le service des malades après Tannée de leur Noviciat, pendant lequel elles ne porteront point d'habit diflFerent de celuy des femmes du monde; mais sera noir, et elles le ravaleront (<i) a l'extrémité de l'humilité et modestie chrestienne.

Elles chanteront le petit Office de Nostre Dame, pour avoir en cela une sainte et divine récréation. Au surplus, elles vacqueront a toute sorte de bons exercices, notamment a celuy de la sainte et cordiale union intérieure (0. J'espère que Dieu tr) sera glorifié en ce petit dessein, et, comme vous a dit le Père Recteur («), la pierre

(k) formé

( 1 ) très hoHHtste — et chrestienne

(m) ti — de

(n) de

(o) sans — la

(p) êlUs — ne sortiront qne

(q) mais — il sera noir, et elles le rendront

(r) #/ cordiale — orajson. J*espere que Nostre Seigneur

( X ) Uezposé qui précède et ces dernières lignes montrent que si le Saint songeait i l'office de Marthe pour ses futures Religieuses, U voulait qu'elles pussent surtout TiTre de la vocation de Marie-Madeleine. (Cf. plus haut, note (4), p. «990

( s ) Le P. Fourier n'était plus recteur i Chambérj, mais i Avignon depuis avril i6o8; c'est de lui néanmoins que parle le Saint, comme il semble évident, par les dernières lignes de la page suivante.

Année i6io 307

fondamentale que Dieu nous donne pour iceluy est une ame d'excellente vertu et pieté, ce qui me fait tant plus croire que la chose reùscira heureusement.

Mon cher(») Père, vous estes capable des humeurs, facultés et moyens de ce pais, et jugeres bien, comme je pense, que ne pouvant pas mieux faire, il est bon de faire cela. Je sçai que je m'attireray des contreroUemens sur moy, mais je ne m'en soucie pas; car, qui fit jamais bien sans cela ? Ce pendant, plusieurs âmes se retireront auprès de Nostre Seigneur, ( * ) treuveront un peu de réfrigère et glorifieront le saint nom du Sauveur, qui, sans cela, demeureroyent avec les autres grenouilles es marais (°).

Voyla, mon cher Père, le sommaire et premier crayon de l'ouvrage, que Dieu conduira a la perfection que luy seul sçait, et pour lequel mon courage est incomparablement animé, croyant que Dieu l'aura aggreable. Vostre ( ▼ ) candeur et sainte bonne f oy m'oblige a vous dire naïfvement tout cecy, et encor adjouster que je suis (w) filz et serviteur bien humble du Père Recteur, qui sçait bien que nostre Congrégation, qui se commencera dans peu de jours ( ' ), est le fruit («) du voyage de Dijon, pour

(s) Mon très cher

( t ) Nostre Seigneur — et

( a ) demeureroyent — engagées avec les antres grenouilles dans les marais et paluds.

(v) Aggreable, — Je laisse a vostre prudence de communiquer toutes ces particularités a qui vous jugeres a propos. Le commencement se fera dans peu de jours, Dieu aydant ; et puisque vous le desires, je vous tiendray adverti en confiance du progrès, car vostre

(w) m'oblige a — traitter avec vous sans reserve et d'estre

Vostre très humble confrère et serviteur,

FiAiiç*, B. de GtneYc.

Je suis ( X ) nostre Congrégation — est le fruit

( X ) Hélas ! cette inauguration tant désirée fut retardée par un ficheux contre-temps, au moment même où le Saint formulait son espoir si chèrement caressé. M"« de Cusy devait se rendre à Annecy « environ la Pentecoste ; mais, » raconte la Mère de Bréchard (Ms. cité note ( x ), p. 338), a Nostre Seigneur» qui en avoit ordonné autrement, permit que plusieurs considerationS|

3o8 Lettres de saint François de Sales

lequel je ne peus jamais regarder les choses en leur face naturelle; et mon ame estoit secrettement forcée a pénétrer un autre succès qui tumboit si directement sur le service des âmes, que j'aymois mieux m'exposer a Topinion et a la mercy des bons qu'a (y) la cruauté de la calomnie des mauvais. Or(»), j'espère que les jours •Cf. I Cor. III, 13, suivans jugeront les precedens de ma vie, et le dernier

ettoni. XII, Epist. , . *

ccxi. les jugera tous*.

(*') D'Annessi, 24 may 1610.

(y) des bons — que de fuir tout a fait

( z ) dei mauvais — ou

(a') [La date, qui manque dans le Ms., est donnée d'après l'édition de 1641.]

pensées et aprehentions entrèrent dans Tesprit de cette bonne dame; si qu'elle commença a douter si c'estoit la volonté de Dieu qu'elle fust Religieuse... Petit a petit, la tentation se fist plus forte, de manière que quelques jours avant qu'il fallust partir, les cofres estant desja faits et toutes choses préparées, elle se mist en oraison et demanda a Dieu un signe pour congnoistre sa volonté de laqueUe elle estoit en doute, et que ce signe fust de luy envoyer une bonne maladie, s'il ne luy plaisoit pas qu'elle poursuivit son dessein. Or, soit que Dieu Texauçast a point nommé, ou que le travail de son esprit fit une violente reflection sur le corps, elle tomba malade la nuit avant le jour de son prémédité despart, d'une grosse fièvre, avec un grand vomissement de sang ; de sorte que la pauvre dame croyoit mourir la nuit mesme et disoit a Nostre Seigneur avec un cœur grandement dolent et affligé : « Hé, mon Dieu, je vous avois bien demandé un signe, mais non pas la mort. » La dessus, elle se résout entièrement de demeurer en la condition ou elle estoit ; dequoy monsieur son mary fut affligé au possible, et fallut qu'il allast faire une honneste excuse a nostre B. H. Père. Je croy que s'il n'eust esté grandement vertueux, a peine eust il pris cette jolie commission, mais il sçavoit se conformer en tout au bon plaisir de Dieu. Tout ceci se passa pendant le séjour que nostre Mère fit a Sales... Apres y avoir séjourné six semaines, on s'en retourna a Annecy la veille de la Pentecoste, ou se treuva M. de Cusy qui estoit venu annoncer la rupture de son dessein... Qui fut bien aize de cette nouvelle, ce fut nostre chère Mère qui congnoissoit apertement, par le sentiment intérieur que Dieu luy en donnoit, que ce meslange n'estoit pas expédient : cela la soulagea du tout. » {Ct ci-dessus, note (a), p. 387.)

Ankbb 1610 309

DC

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