‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 82 sur 124 · DCIII · texte numérisé non relu

DCIII

A M. ROCH CALCAGNI

Gratitude poar U courtoise intervention dn destinataire en faveur de Louis de Sales, frère du Saint.

Annecy, 15 juin 1610.

Monsieur,

Nous nous sentons extrêmement obligés, mon frère ( ' ) et moy, a vostre courtoysie, du soin que vous aves eu de faire réussir le désir que nous avions quil fut mis au service de Son Excellence*. Si jamais nous sommes * Vide supra, Epist. capables de vous tesmoigner nostre gratitude par nos ^*^^"'* services, vous pourres, Monsieur, les exiger comme chose que nous vous devons et que, de bon cœur, nous reconnoissons vous devoir rendre.

Et ce pendant, en vous en rendant grâces, je prie Nostre Seigneur quil vous conserve et prospère, et suis. Monsieur,

Vostre humble serviteur.

Franc», E. de Genève.

XV juin 1610, a Neci.

Monsieur, je vous supplie d'impetrer, sil se peut, une copie de la façon de recevoir ceux qui se présentent a la Confrairie de Nostre Dame des Carmes (»), car j'ay

( I ) Louis de Sales.

( s ) On sait que Térection canonique de cette Confrérie est exclusivement réservée aux Généraux de l'Ordre ; mais ils délèguent ce pouvoir, moyennant certaines formalités.

3i6 Lettres de saint François de Sales

esgaré celle que j'avois, et néanmoins je suis requis de recevoir quelques daines (»).

A Monsieur

Monsieur Roch Calcagne,

Escuyer de S. E.

Revu sar TAntographe appartenant à M. le comte Morandi, à Plaisance. ( X ) Il est difficile et d*aillears il n'y a pas lieu de connaître leurs noms.

DCIV

au duc de SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL l*'

Remerciements et actions de grâces de la Savoie et de son Eyéqae pour la promotion d'Antoine Favre « a Testât de premier Président. » — Ce qui donne le plus de doncenr i la vie humaine. — Description imagée de la justice. — Responsabilité et devoir des princes dans le choix de ceux qui Texercent en leur nom.

Annecy, 15 juin 16 10 Monseigneur, La promotion de monsieur Favre a Testât de premier Président de Savoye ( O a donné une joye si universelle aux peuples de deçà, que s'il se pouvoit bonnement faire,

( I ) Antoine Favre fut créé premier président du Sénat de Savoie par let> très patentes du se juin 1610; il remplaçait Charles de Rochette qui mourut le a8 mai précédent. Cet événement ne passa pas inaperça, soit i Annecy, soit i Chambéry ; aussi a-t-il été spécialement consigné par les annalistes de cette époque. « M. le Président Favre, » disent les Petites Annales d'Annecy (Mugnier, Annecy, 1885), « ayant présidé au Conseil de Genevois Tespace de 13 ans et quelques mois, a esté choisi par Son Altesse pour premier Président au souverain Sénat de Savoye, ou il est entré sans aucune faveur. Suyvant quoi, ce mardy 6 juillet 1610, le dict sieur Président Favre a tenu sa dernière audience au dict Conseil de Genevois, en fin de laquelle il a dict adieu a la ville par une fort belle harangue. Et le lendemain, 7 du dict mois, il est parti pour s*en aller a cheval, accompagné de quatrevingt et dix personnes. »

Et nous savons par le Registre des Entrées du Sénats que le jeudi suivant, 8 juillet, à sept heures du matin, le grand ami du Saint fut reçu et instaUé à Chambéry, « en Testât et charge de premier Président, » et qu'il tint l'an* dience publique dans la salle ordinaire de Saint-Dominique.

Annbb 1610 )17

Hz en iroyent, je pense, porter mille et mille actions de grâces aux pieds de Vostre Altesse. Mays ne pouvans faire cette si juste démonstration de l'obligation qu'ilz en ont a la providence de Vostre Altesse, il m'a semblé, Monseigneur, qu'en qualité de pasteur de la plus part d'iceux, joignant leurs très humbles affections a la mienne, je devoys, pour eux et pour moy en commun, rendre ce tesmoignage de la gprande redevance que nous en avons a la bonté de Vostre Altesse, a laquelle nous sommes bien glorieux d'en devoir tout le remerciment, puisqu'elle seule, sans aucun'autre considération que de nostre bien et de son service, a fait cette digne élection.

Certes, Monseigneur, rien ne donne tant de douceur a la vie humaine que la droitte administration de la justice, et la justice, quoy que tous-jours une en elle mesme, ayant sa source, comm'une belle eau, en la poitrine des Princes souverains en terre, coulant par les espritz des mag^stratz rudes, malpolis et raboteux, elle se rend autant nuysible qu'elle devoit estre utile, et mesmes jusques la que, comme parle un sacré Prophète*, ell'est •Amos, v, 7. convertie en absinte. Mais passant entre les peuples par les mains de gens doctes, bien affectionnés et équitables, elle remplit les provinces de bon heur et de suavité; estant es uns, comm'un torrent impétueux qui ravage tous les bords qu'il accoste, et es autres, comm'une douce rivière qui rend amenés les rivages qu'elle detrempe. C'est aussi le plus gprand garend que les Princes puissent avoir (Ihors qu'a leur tour ilz seront censurés a l'heure de leur mort), d'avoir commis leur authorité a des gens capables de la bien manier ; car n'ayans peu faire comme Dieu, qui, quand il luy plait, donne la suffisance a ceux auquelz il a remis l'authorité, ilz l'auront jointe au plus près qu'ilz auront sceu, donnant l'authorité a ceux quilz auront reconneu avoir la suffisance.

Les magistratz. Monseigneur, représentent la souveraine majesté des Princes sur les biens et vies des sujetz ; c'est pourquoy les Princes, par une sainte jalousie, doivent avancer es offices, des personnes qui les sachent bien

3i8 Lettres de saint François de Sales

représenter. Et comm' Alexandre ne vouloit estre peint •Piin.. Hi$t. nat., que par la main de Tunique Apelles*, aussi les PrinxxxYi). ' *^* * ' " ' ces ne devroyent jamais permettre que leur souveraineté fut exprimée que par les plus rares et dignes espritz du monde, ne pouvans jamais mieux faire connoistre la grandeur de leurs âmes qu'au choix de celles qu'elles employent et eslevent.

Vostre Altesse, donq, recevra mille louanges des nations estrangeres en la promotion de ce gprand personnage duquel elles connoissent la doctrine avec admiration, comme les voysines font la probité par expérience ; et nous la supplions très humblement d'aggreer ce ressentiment que nous en faysons, plein de souhaitz qu'il playse a Dieu d'aggrandir et prospérer vostre couronne, de laquelle je suis, Monseigpieur,

Très humble et très obéissant serviteur et orateur,

Franc*, E. de Genève.

XV juin 1610.

A Son Altesse.

Rêva sur TAntographe appartenant i M°^ Boarelli di Veranolo, i Salaces.

DCV

a m. FRANÇOIS DE SAINT-SIXT ( 0

Affaire d'argent qui sépare deax frères ; interventiom da Saint pour les accommoder.

Annecy, a a juin 1610, Monsieur, Bien que jusques a présent je ne vous aye peu accommoder, monsieur vostre frère et vous, au différent

( X ) Doctear de Loavain, éla en 1600 archidiacre de Téglise de La Roche» François de Saint-Sixt était Van des fils de noble Pierre de Saint-Sizt* écayer da duc de Savoie, et de Hngaette Comte. Il fit constraire l'ancienne chapelle de la Bénite-Fontaine, unie le 14 octobre 1690, par ordonnance épiscopale, à la mense de la Collégiale de La Roche, et moarat en 163s.

Annéb 1610 319

que vous aves ensemble (0, si veux-je espérer qu'un jour je le pourray faire. Mais ayant entendu que monsieur vostre dit frère a consigné es mains de M. Bonod(») certaine quantité qu'il praetend seulement vous estre deiie, j'ay pensé que, en attendant une plus entière resolution, vous déviés pour cette fois et sans conséquence, vous contenter de prendre cela. Je vous en prie donq de tout mon cœur, en quoy vous tesmoigneres combien vous m'aymes ; car désirant cela avec affection comme je le désire, si vous m'aymes, vous le feres sans difficulté et sans réplique.

Atant, je prie Nostre Seigpaeur quil vous accroisse en ses grâces et bénédictions, et suis.

Monsieur,

Vostre confrère très affectionné,

Franc*, E. de Genève.

XXII juin 16 10, a Neci.

A Monsieur Monsieur de S* Sixt,

Archidiacre de l'église de La Roche.

RevQ sor T Autographe appartenant à M. le chanoine CoUonges, aumônier de la Visitation de Chambéry.

( I ) François fut, arec son père, héritier universel de son oncle, noble François de Saint-Sixt, par testament du 97 août 1^78. Dans ce testament, étaient en outre nommés trois frères de Tarchidiaere : Claude, Jacques et Réyérend Dom Laurent, prieur de la chartreuse de Ripaille. C'est sans doute i propos de cette succession, que des différends surgirent dans la fiimille.

Noble Claude, né le 4 juin 1570, teste le 4 juin 1648 au château de Saint- Sixt. On le voit en 1604, gentUhomme de bouche de Son Altesse ; en i6aa, commandant dans la ville de Montmélian, et en 1698, gouverneur du fort et préside des AlUnges. Il épousa successivement Gasparde Achard, Claudine de Rochette, Antonie Vuy. (Diaprés Ut noies de M, le comte de Maresckal.)

(9) Ce M. Bonod devait être un notaire; il nous est inconnu.

3^6 Lettres de saint François de Sales

DCVI

A LA MàRB DE CHANTAL

Elévation sur la vie de saint Jean-Baptiste : sa nourriture, le miel, les locustes représentent les deux vies, contemplative et active. — Applications. — Signification de ses vêtements. — Un habit propre à conserver la sainteté. — Obéissance du Précurseur. ~ Ce qu'annonçait « ce beau rossignol dn bois. ■

Annecy, 23 ou 24 juin [1610 (i).]

Ne faut il pas, ma chère Seur, que ne pouvant vous voir, je vous aille au moins donner la bonne feste en esprit ? O Dieu, que voyci un grand Saint qui se présente aux yeux de nostre ame ! Quand je le considère dans ces desertz, je ne sçai si c'est un Ange qui fait semblant d'estre homme, ou un homme qui prétend de devenir Ange. Quelles contemplations ! quelles eslevations d'esprit fait-il la dedans !

•Mati., m 4. Sa viande est admirable* ; car le miel représente la

suavité de la vie contemplative, toute ramassée sur les fleurs des mystères sacrés. Les locustes représentent la vie active, car la locuste ne chemine jamais sur terre, ni ne vole jamais en Tair, mays, par un mystérieux meslange, tantost on la voit sautante et tantost touchante la terre pour reprendre son air ; car ceux qui font la vie active sautent et touchent terre alternativement. Elle vit de la rosée et n'a point d'exercice que de chanter. Ma chère Fille, bien que, selon nostre condition mortelle, il nous faut toucher terre pour donner ordre aux nécessités de cette vie, si est-ce que nostre cœur ne doit savourer que la rosée du bon playsir de Dieu en tout cela et doit tout rapporter a la louange de Dieu.

Mais ce que cet ange terrestre est habillé de poil

•Ibid. de chameaux*^ que signifie-il? Le chameau, bossu et

( I ) C'est surtout pour la Mère de Chantai que le Saint réservait les char^ mantes effusions de son âme contemplative; il semble donc que cette méditation lui a été adressée. La fin parait avoir été tronquée. La date de t6io n*est pas sûre, mais toute autre serait moins probable encore.

Année 1610 321

proprement fait a porter les fardeaux, représente le pécheur. Helas ! pour gens de bien que soyent les Chrestiens, ilz doivent néanmoins se resouvenir qu'ilz sont environnés du péché ; et si le péché ne les touche pas, au moins y a-il tous-jours du poil des cog^itations, des tentations et des dangers. Ah, que c'est un habit propre a conserver la sainteté, que la robbe de l'humilité !

Hé, voyés, je vous prie, ce saint jeune homme enfoncé dans la solitude : il y est par obéissance, attendant qu'on l'appelle pour venir au peuple. Il se tient esloigné du Sauveur, qu'il connoissoit et baysoit par affection des le ventre de sa mère*, affin de ne point s'esloigner de l'o- •Luc, i, 41, 44. beissance, sçachant bien que de treuver le Sauveur hors de Tobeissance, c'est le perdre tout a fait.

Au demeurant, il naist d'une vielle stérile, pour nous apprendre que les sécheresses et stérilités ne laissent pas de produire en nous la sainte grâce; car Jean veut dire grâce.

Mais sur tout, ma chère Fille, voyés que tout aussi tost que son père Zacharie eut escrit le nom de ce glorieux enfant sur ses tablettes, il commence a prophetizer et chanter le beau cantique Benedictus Dominus Deus Israël^. Certes, ce nom bien gravé dans nos cœurs, • iwa., i, 63, 64, je veux dire, l'honneur et l'imitation de ce Saint, nous ^'^^* fera prophetizer et bénir Dieu abondamment.

J'ayme ce beau rossignol du bois, qui, estant tout voix et tout chant, sortant sur les advenues de Judée, annonce le premier la venue du Soleil *. Je le prie qu'il • Matt., m, i, 3 ; vous donne de son miel, de ses locustes et qu'il vous ^"^*' '"' *^' *^' communique son manteau.

Franc». E. de Genève.

UttmsIV

333 Lettres de saint François de Sales

DCVII

A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET ÉVÊQUE DE MONTPELLIER

(iwbditb)

Le trépas du « grand Roy. » — Regrets. — « Le jeune et nouveau Roy. » — Le rrai rendez-vous de nos « cogitations. » — Une charge obtenue « sans brigue, sans cour et sans argent. »

Annecy, 34 juin 1610.

Monseigneur,

Entre plusieurs considérations qui m'ont rendu de Tennuy sur le trespas du gprand Roy que la France, avec le monde, vient de perdre, j'ay receu celle de la perte que vous y aves faite ; car il vous aymoit et a voit une grande connoissance des raysons pour lesquelles il vous pouvoit encor aymer davantage. Mais il faut adorer la Providence souveraine et bénir ses decretz. C'est a elle que je recommande de tout mon cœur le jeune et nouveau Roy et tout ce grand royaume.

Je me prometz de vos nouvelles de rechef, au passage que vous feres a Lion, allant a la cour (0. Mon Dieu, que nostre gfrand amy (•) aura esté touché rudement de ce coup 1 car son mérite ne treuvera peut estre pas des yeux qui le regardent clairement, comme faisoyent les yeux de ce digne Monarque. Mays revenons tous-jours a cette Providence, car c'est le vray rendes vous de nos cogitations.

Nous sommes icy sans nouvelles. M. nostre cher Président (3) s'en va pour présider a toute la justice de Savoye, plus glorieusement qu'on n'a pas fait il y a quelque tems(4); car il a cet honneur sans brigue, sans cour et

( I ) M>' Fenouillet était en effet à Paris le }0 août (cf. la Lettre dcxvi).

( 3 ) Antoine des Hayes.

{}) Antoine Favre.

( 4 ) Voir ci-dessus, Lettre oav. Bn quittant Annecy, le Président eut la gracieuse pensée de laisser au Bienlieureux, « sa maison, gratuitement... protestant que ce n*estoit qu'un petit gage de son amitié... ce que le Serviteur

Année 1610 333

sans argent, n'ajrant point eu d'autre intercession que ses mérites, quoy que Monseigneur de Nemours ayt contribué sa recommandation a l'inclination de Son Altesse. Dieu vous prospère de plus en plus, Monseigneur, et je suis sans fin,

Vostre très humble frère

et tre3 jiffectionné serviteur.

Franc», E. de Genève.

Jour de saint Jean 16 10, Annessy.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à la Visitation de Montpellier.

de Dieu accepta avec remerciement. » (Charles-Auguste, Histoire ^ etc., liv. VII.) On voit encore au n® x8 de la rue Sainte^laire, la maison qui a servi de résidence i un grand magistrat et i un grand Saint. (Voir sur cet hôtel, une intéressante notice, Gonthier, Œuvres historiques, tome II.)

DCVIII

A LA MÈRE DE C^ANTAL

Comment remplacer le jeûne. — Les n peûtes brebis» de la Mère de Chantai. — Visite de Marie i Elisabeth ; amabiHté de la très Sainte Vierge. — Contemplation du mystère. — - Un beau pjèleriaage en compagnie du Sauveur.

Annecy, 30 juin 1610(1).

Mais que je suis ayse, ma chère Fille, que ces deux filles de nostre cœur («) ne puissent pas jeusner demain, et qu'en eschange elles ayent des petites mortifications involontaires ; car j'ayme singulièrement le mal que la seule élection du Père céleste nous donne, au pris de celuy que nous choysissons. Mais vous, qui estes robuste, jeusneres donq en pain et eau. Cela s'entend, ma chère Fille (car vous ne Tentendres pas, si je ne le vous dis), cela s'entend Tannée qui vient, sil y escheoit ; car pour

( I ) Les allusions au jeûne, à la fête de la Visitation, à celle de saint Paul^ ne laissent aucun doute sur la date.

(9) Les Sœurs Favre et de Bréchard»

)24 Lettres db saint François de Sales

celleci, vrayement, il faut estre Juifve aux Juifz et •I Cor., IX, ao, ai. Geiîtile aux Gentilz *, manger avec les mangeans et rire •Rom., xif, 15. avec les rians, dit le grand Apostre de ce jourdhuy *. Or, paisses donq vos petites brebis, ma chère Fille.

Mais demain, vous verres la pauvre petite jeune Dame, enceinte du Filz de Dieu, qui vient doucement occuper l'esprit de son cher et saint mari pour avoir le congé de faire la sainte visite de sa vielle cousine Elizabeth; vous verres comme elle dît a Dieu a ses chères voysines pour trois (O moys qu'elle pense estre aux chams et es

* Luc. I, 0, 39. montaignes *; car ce mot est bon. Je pense que toutes

la laissent avec tendreté, car elle estoit si aymable et amiable qu'on ne pouvoit estre avec elle sans amour, ny la laisser sans douleur.

Elle entreprend son voyage avec un peu d'empresse-

* ibid., f. j9. ment ; car l'Evangeliste le dit*, que ce fut hastivement.

Ah ! les primices des mouvemens de Celuy qu'ell'a en ses entrailles ne se peuvent faire qu'avec de la ferveur. O saint empressement qui ne trouble point et qui nous haste sans nous praecipiter ! Les Anges se disposent a l'accompaigner, et saint Joseph a la conduire cordialement. Je voudrois bien sçavoir quelque chose des entretiens de ces deux grandes âmes, car vous prendries bien playsir que je vous le dise. Mais penses que la Vierge ne sent que ce de quoy ell'est pleyne et qu'elle ne respire que le Sauveur ; saint Joseph, réciproquement, n'aspire qu'au Sauveur qui, par des rayons secretz, luy touche le cœur de mille extraordinaires sentimens. Et comme les vins enfermés dans les caves ressentent sans

* Cant., II, i j. la sentir l'odeur des vignes florissantes *, ainsy le cœur

de ce saint Patriarche ressent, sans la sentir, l'odeur, la vigueur et la force du petit Enfant qui fleurit en sa belle vigne. O Dieu, quel beau pèlerinage ! Le Sauveur leur sert de bordon, de mante et de petite bouteille a ' Ps. cm, 15. vin, a vin dis je, qui res-jouit les Anges et les hommes *,

et qui enivre Dieu le Père d'un amour démesuré (»).

(1) Ici TAutographe a été coupé; lai sept ligaes qoi suivent sont empruntées i rédition de 1636.

(a) Immédiatement après cette phrase, Tédition de 1696 et les suivantes

ANNiB 1610 335

Bonsoir, chère Seur, ma Fille; bonsoir encor, mes chères Filles, recommandes moy a cette chère Maistresse de nos vies (0,

Revo sur TAutogriphe coateryé «u s<* Monastère de la Visitation de Marseille.

donnent sur le mdme thème une addition astea longue; mais une comparaison attentive avec le texte précédent fait reconnaître qu'elle a été interpolée paf les premiers éditeurs, ( I ) Qçtit çlausvle p*e^ist# pas dans les éditions précédente^,

Page 1