DCXVIII
A LA MÊME
La méthode de M"* de Chantai. — La confession de Françon. — Doux pressentiments intimes à rapproche de la fête de la Nativité de la très sainte Vierge. — La céleste Pouponne.
Annecy, 7 septembre 1610(1).
Je treuve certes encor meilleur (sic) la méthode que vous dites, d'escrire au P. de Monchi tout nùement vostre pensée, ma très chère Fille, car après cela il ny aura rien a dire*. Ce bon Frère qui est icy(*), ne partira que •Cf.Epîst.pr«ced. jeudi (3), car tout aujourdhuy j'ay esté tant tracassé quil n'est pas possible de plus.
( I ) La date de cette lettre est justifiée par les faits auxquels elle fait allusion. ( 9 ) Sans doute le même Religieux dont il est parlé dans le biUet précédent. (3) Le 9 septembre.
344 Lettres de saint François de Sales
Ne jeusnes pas (0, ma très chère Fille, ni nostre fille de Brechardt*); car, quant a vous, je me souviendray bien, après que vous seres bravement guérie, de vous faire jeusner un samedi en eschange.
Envoyés moy nostre Françon(3), que nous confesserons ce soir. Parles amiablement, mais gravement, au bon enfant M. de Grrenier, lequel j'espère fera quelque chose de bon (4).
Nostre cher neveu (5) a certain désir de ne retourner pas vers le pere(^), mais je n'y vois point d'apparence. Il faut bien tout cet hiver pour la digestion de nostre resolution (7).
Au demeurant, je me suis treuvé ce matin, avec une certaine douceur et tranquillité d'esprit, sans aucun ressentiment de l'estonnement que mon cœur avoit eii, que j'ay conneu clairement que la venue de Nostre Dame s'approchoit, par un presentiment de sa douce lumière. J'ay envie de vous parler un peu bien a loysir de cela .
Cependant, bon soir, ma très chère Fille, ma Seur ; faites bien la cour a cette céleste Pouponne qui nous arrive, et luy demandes sa gfrace pour impetrer celle de son Filz. Jamais je n'eu tant de sainte affection que j'en ay pour nostre ame et nostre très unique cœur.
A Madame Madame de Chantai,
ma très chère Fille.
Revu sur TAutographe conservé à la Visitation de Metz.
( I ) La Règle prescrivait le jeûne pour la fête de la Nativité de la très sainte Vierge.
(a) Voir ci-dessus, Lettre dczii.
( )) Françoise de Chantai avait alors onze ans.
(4) Ce « bon enfant » était sans doute Denis de Granier, neveu de M'*' Claude de Granier, et connu dans l'histoire littéraire sous le nom d'Âuger de Mauléon. Il ne réalisa pas, hélas I les espérances qu'il donnait alors an successeur de son oncle. Ses tristes aventures seront contées quand il sera destinataire.
( 5 ) Jacques de Neufchézes (voir note ( i ) de la page précédente).
(6) Le président Frémyot; le père de Jacques était mort.
( 7 ) Nous ne savons si cette « resolution » concernait Tavenir i régler du tt cher neveUf » ou si elle se rapportait i l'organisation progressive de l'Institut naissant.
Année 1610 345
DCXIX
A MADAME DE TRAVERNAY (0
Une flmc docile. — L'exercice de ramour sacré et les tribulations. Un spectacle enconrageant.
Annecy, ii septembre 1610.
Madame,
Mais moy, j'ay bien de la consolation de vous voir recevoir si doucement les essais que je fay au service de vostre chère ame, laquelle voyant marquée de plusieurs grâces célestes, je ne puis que je n'ayme tendrement et puissamment. C'est pourquoy je luy souhaitte de plus en plus beaucoup d'avancement au saint amour de Dieu, qui est la bénédiction des bénédictions.
Or, vous sçavés, ma très chère Fille, que le feu que Moyse vit sur la montaigne * representoit ce saint amour, 'Bxod., m, i, a. et que, comme ces flammes se nourrissoyent entre les espines, aussi l'exercice de l'amour sacré se maintient bien plus heureusement parmi les tribulations qu'emmi les contentemens. Vous aves donq bien occasion de connoistre que Nostre Seigneur désire que vous proflRties en sa dilection, puisqu'il vous donne une santé presque tousjours incertaine et plusieurs autres exercices.
Mon Dieu, ma très chère Fille, que c'est chose douce de voir Nostre Seigneur couronné d'espines sur la croix et de gloire au Ciel I car cela nous encourage a recevoir les contradictions amoureusement, sçachans bien que, par la couronne d'espines, nous arriverons a la couronne de félicité. Tenés vous tous-jours bien serrée et jointe a
( I ) La destinataire ayait une santé incertaine ; eUe était « commère » de François de Sales. Or, déjà M»* de Travemay ayait été assez longtemps malade (cf. ci-dessns, p. 3^^) ; en lui écrivant le si juillet précédent, le Saint se signe « compère. » C'est donc à eUe que la présente lettre semble SToix été adressée.
346 Lettres de saint Faançois de Sales
Nostre Seigneur, et vous ne sçauries avoir aucun mal qui ne se convertisse en bien.
Madame,
Vostre humble et très affectionné serviteur et compère.
Le II septembre 1610.