‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 86 sur 124 · DCXX · texte numérisé non relu

DCXX

A MADAME DE LA PLÉCHÈRE ( >

Parmi les afflictioni, let unet tont plni affligeantes, les autrei plut dange- T9Q§e9 pour Time. -> Pourquoi le tracas des procès, plus que tont antre, .6te la paix intérieure. — La seule perte que nous devons craindre en cette vie. — Comment les procès peuvent servir à l'avancement spirituel. —

' Exemple de Notre-Seigneur. — Le moyen d*étre toujours assez riche.

Annecy, 19 septembre 1610.

Ma très chère Fille,

J'ay sceu la multitude de vos peynes et je les ay recommandées a Nostre Seigneur, affin qu'il luy pleust de les bénir de la sacrée bénédiction de laquelle il a béni celles de ses plus chers serviteurs, affin qu'elles soyent eniployees a la sanctification de son saint nom en vostre ame.

Et faut que je confesse qu'encor qu'a mon advis les afflictions qui regardent les personnes propres et celles des proches (>) soyent plus affligeantes, néanmoins celles des procès me donnent; plus de con>passion, parce qu'elles sont plus dangereuses pour l'ame. Combien de gens avons-nous veu, en paix dans les espines des maladies et perte des amis, perdre la paix intérieure dans les tracas

( X ) L-adresse que nous donnons semble être confirmée par les lettres du 91 avril et du 34 novembre de cette année 1610, à M»* de la'Fléchère.

(•s ) Daas' les éditions précédentes, on lit : <« et celles des piàhés, » Cette version concorde mal avec la suite du texte; ne 'devrait-on pas 'lire plutôt celle que nous lut substituons }

des procès extérieurs ? Et voyci la rayson, ou plustost la cause sans rayson : nous avons peyne de croire que le mal des procès soit employé de Dieu pour nostre exercice, parce que nous voyons que ce sont les hommes qui font les poursuittes ; et, n'osans pas nous remuer contre cette Providence toute bonne, toute sage, nous nous remuons contre les personnes qui nous affligent et nous en prenons a eux, non sans g^and péril de perdre la charité, la seule perte delaquelle nous devons craindre en cette vie.

Or sus, ma très chère Fille, quand voulons nous tesmoigner nostre fidélité a nostre Sauveur, sinon en ces occasions ? Quand voulons nous tenir en bride nostre cœur, nostre jugement et nostre langue, sinon en ces pas si raboteux et proches des précipices ? Pour Dieu, ma très chère Fille, ne laissés pas passer une sayson si favorable a vostre avancement spirituel, sans bien recueillir les fruitz de la patience, de l'humilité, de la douceur et de Tamour de l'abjection. Souvenés-vous que jamais Nostre Seigneur ne dit un seul mot contre ceux qui le condamnèrent, il ne les jugea point ; il fut jugé et condamné a tort, et il demeura en paix et mourut en paix, et ne se revengea qu'a prier pour eux *. Et nous, ma très chère 'Uc, «m, 34. Fille, nous jugeons nos juges et nos parties, nous nous armons de plaintes et de reproches. Croyés-moy, ma très chère Fille, il faut estre forte et constante en l'amour du prochain ; et je dis cecy de tout mon cœur, et sans avoir esgard ni a vos parties, ni a ce qu'ilz me sont, et m'est advis que rien ne me touche en ces rencontres que la jalousie de vostre perfection.

Mais il faut que je cesse, et je ne pensois mesme en tant dire. Vous aures Dieu tous-jours quand il vous plaira : et n'est-ce pas asses estre riche ? Je le supplie que sa volonté soit vostre repos, et sa Croix vostre gloire *, et • Cf. GaUt., uit., je suis sans fin, '^'

Vostre très humble et invariable serviteur en luy,

Le 19 septembre 1610.

34^ Lettres de saint François de Sales

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