‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 87 sur 124 · DCXXI · texte numérisé non relu

DCXXI

A M. JEAN-FRANÇOIS RANZO

(ufiorra)

Lei débats de la Congrégation. — La Patronne qu'elle a choisie. — Attestation du culte rendu au bienheureux Amédée dans le monastère de Talloires et à Chambéry ; à son passage dans cette yille, le prince Emmanuel-Philibert de Savoie reçoit les hommages de François de Sales.

Annecy, 29 septembre 1610.

Molto Illustre Signor osservandissimo,

Air ultima di V. S. molto Illustre rispondo con queste quatro righe, lasciando poi al signor Collatérale de Quoex (O, latore, di dire anco il restante secondo che insieme n'habbiamo ragionato.

La Congfregatione di queste gentildonne (*) è eretta

con molta sodisfattione de' buoni che le vedono ; et do-

vendo mandare a Roma per havere la benedittione et

qualche Indulgenze da Sua Santità, tentaremo anco se

•Vide supra, p.300. Toratorio potrà dedicarsi all'onor del beato Amedeo ♦,

Très Illustre et très honoré Seigneur,

Je réponds par ces quatre lignes à la dernière lettre de Votre très Illustre Seigneurie, en laissant au porteur, M. le collatéral de Quoex(0 le soin de dire le restant, d'après les entretiens que nous en avons eus ensemble.

La Congrégation de ces dames (3) est érigée à la grande satisfaction des gens de bien qui la voient. Aussi, comme je dois faire demander à Rome la bénédiction de Sa Sainteté avec quelques Indulgences, je verrai si l'oratoire peut être dédié à l'honneur du bienheureux Amédée. Cependant, pour plus d'un motif, la Congrégation

( I ) Claude de Quoex (voir tome XII, note ( x ), p. 84). (9) U VisiUtion.

Année 1610 349

se bene la Congfregatione ha desiderato per Patrona la Beata Vergine délia Visitatione per molti rispetti (O.

Et quanto alla Messa celebrata nel monasterio di Talloyres al honor di detto beato Principe, non ho potuto cavar altro se non che il signor Claudio Nicolô de Quoex, fratello del signor latore, il quale è Priore claustrale di detto Talloyres (*), essendo giovine Novitio rispondeva le Messe, e si ricorda molto bene di haver veduto detta Messa in antiquo messale et di haver spesse volte risposto alla Messa medesima del beato Amedeo(3), celebrata da un suo zio che pur era Priore claustrale et si chiamava

a désiré comme Patronne la Bienheureuse Vierge de la Visitation ( i ). Qpant à la Messe célébrée en Thonneur du bienheureux Prince au monastère de Talloires, je n'ai pu recueillir que ceci : M. Claude- Nicolas de Q.uoex, frère du porteur et prieur claustral de Talloires (« ), étant jeune Novice, servait les Messes. Or, il se rappelle très bien avoir vu dans un ancien missel cet office, et d'avoir servi ladite Messe du bienheureux Amédée (3), célébrée par un de ses oncles qui

(x ) Cest donc de très bonne heure, et dès le i*^*^ juillet 1610, que le bienheureux Fondateur voulut que sa petite Congrégation s'appelât : la Visitation de Nostre Dame, Le titre de Filtes de Sainte Marthe (cf. le tome précédent, note ( I ), p. 394), puis celui d'Oblates de la sacrée Vierge lui avaient d'abord souri, mais il fut détourné de ce dessein par des clartés particulières que Dieu lui donna, et il adopta Tappellation définitive de Religieuses de la Visitation Sainte-Marie^ '< parce qu'il trouvoit dans ce mistere, » disait-il, n mil particularités spirituelles qui luy donnoient une lumière specialle de Tesprit qu'il desiroit établir dans son Institut... La voix publique nomma » les « premières Mères, les Saintes Maries, a cause de la grande modestie qui paroissoit en elles.» (Année Sainte , ancien Ms., et Hist. de la Fondation du 1er Mtèred* Annecy.) C'est sous ce dernier nom qu'elles furent connues durant tout le xvii* siècle.

(3) Voir ci-dessus, note ( i ), p. 173.

(3) Dans le procès-ver'oal de la visite faite à Talloires le 7 septembre 1609 (Turin, Archiv. de l'Etat, Storia délia Real Casa, Mazzo 5*», cat. 3*), on lit : m Ayant d'avantage veu une Messe dressée a l'honeur de Dieu et du bienheureux Amé, anotee de notes de plainchant, escripte de la main de son dit oncle, » (Amédée de Quoex, oncle de Claude-Louis Nicolas) « qui se chantoit a haute voix a la dicte église, estant pour maintenant perdue par le deces du R. P. N. Duché, decedé en l'office de prieur claustral, qui lors en estoit saisy... Claude Estienne Nouvellet, docteur en la sacrée théologie et chanoinne en l'église cathédrale de Saint Pierre de Genève, né au dit Talloyres, aagé de septante ans, u s'était « sonvente foys aidé avec les autres a chanter une Messe dressée » i l'honneur du Bienheureux, « laquelle se celebroit a l'autel de Nostre Dame de Consolation... »

350 Lettres de saint François de Sales

Amedeo (<). Ma del messale non ci n* è più cosa alcuna, essendo detto Priore stato un pezzo absente alli studii. Bisogna anco chMo dica che essendo andato a far riverentia alFAltezza del Signor Principe, che passô Taltro gfiorno in Ciamberi (*), egli fu, et io con lui, nella capella di Santo Amedeo nella chiesa di San Francesco ; et è una capella tanto authentica et V imagine posta sopra Taltare in tal modo, che altrimenti non si potrebbe fare, ne con maggior decoro se fosse per San Pietro (3).

était aussi prieur claustral et se nommait Amédée ( > ). Mais du missel, il ne reste aucune trace, parce que ledit prieur est resté longtemps absent pour cause d'études.

Je dois ajouter que j'allai présenter mes hommages à Son Altesse M'*" le Prince, qui passa l'autre jour à Chambéry (a). Il se rendit, et je raccompagnai, dans la chapelle de Saint-Amédée, à Téglise Saint- François. C'est une chapelle tellement authentique et l'image est placée sur l'autel de telle façon, qu'on ne saurait, s'il s'agissait de saint Pierre, disposer les choses autrement, ni avec plus d'apparat ( 3 ).

(x) Amédée de Qjioex, né en i^i^, mourat le 50 septembre 1^95, après avoir exercé avec autant de piété que de dévouement pour sa Communauté la charge de prieur claustral avant 1^93. (Talloires Mariyrologium et Obituarium, Musée Britannique, Ms. 9349^. ) 11 fut singulièrement dévot au Bienheureux dont il portait le nom.

(3) Emmanuel-Philibert de Savoie, le troisième fils de Charles-Emmanuel et de Catherine-Michelle d'Autriche, naquit le 17 avril 1588 et mourut à Palerme en 1634. Envoyé en 1603, avec ses deux aînés à la cour d'Espagne, il en revint en 1606 et y retourna en x6io pour recevoir le titre et la charge de « généralissime de la Mer ( 1 ). » En cette qualité, il mena en Sicile en 1614 les galères espagnoles pour s'opposer à la descente des Turcs. Grand Prieur de Castille et de Léon dès Tâge de dix ans, il était encore Chevalier de TOrdre de Saint-Jean de Jérusalem, prince d'Oneille et vice-roi de Sicile. (D'après Guichenon, Hist. ginêal, de la royale Maison de Savoie, tome II, chap. xxxvi.)

(3) L'église de Saint-François â Chambéry, bâtie au xv* siècle par les Mineurs conventuels, est aujourd'hui la cathédrale, mais il ne s'y trouve plus de chapelle dédiée au bienheureux Amédée.

( I ) Il se rendait précisément dans ce pays^ lorsqu'il fit halte à Chambéry, où François de Sales alla le saluer. Voici ce qu'on Ut dans les Entrées du SéMt, au sujet du passage du prince dans cette ville :

« ta septembre, dimanche. — Mgr le Prince Philibert est arrivé a Chambéry environ les onxe heures du matin. Mgrs du Sénat sont allés au devant jusqu'à la croix... près de Montme- Uaa, et non en corps. Du dit jour, environ 4 heures, le Sénat a esté en corps, avec les robes noires et le bonnet de velours, visiter et saluer Mgr le prince Philibert au chastcau. U Chambre des Comptes a fait de mesme. Le 14, [le prince] est parti pour son voyage d'Espagne. •

Anneb 1610 351

Et con questo^ pregho nostro Signor Iddio che a V. S. molto Illustre dia ogni vero contento.

Di V. S. molto Illustre,

Affettionatissimo servitore in Christo,

Franc®, Vcscovo di Gcneva.

In Neci, alli xxix di Settembre i6io.

Al molto Illustre Sig' osservandissimo»

Il Sig' Giovan Francesco Ranzo,

Gentilhuomo délia Caméra di S. A. Ser°^.

Revu sur TAutographe appartenant à M. Gaspard Cassinis, à Turin.

Sur ce, je prie Dieu notre Seigneur d'accorder à Votre très Illustre Seigneurie tout vrai contentement.

De Votre très Illustre Seigneurie,

Le très affectionné serviteur dans le Christ, François, Evêque de Genève.

Annecy, le 39 septembre 1610.

Au très Illustre et très honoré Seigneur, M. Jean-François Ranzo, Gentilhomme de la Chambre de Son Altesse Sérénissime.

DCXXII

A MADAME DE LA FLÉCHÈRB ( '

Condoléances sur la mort de M. d'Avolly, père de la dfeitinataire. — Raisons d'espérer qae Dieu Tanra reçu dans TEglise triomphante.

Septembre-octobre 1610.

Madame,

Je regfrette avec vous la perte que nous avons faite de la présence de monsieur vostre père ( *), et lotie néanmoins

(x) Madeleine de Saint-Michel, qui avait épousé François de la Fléchère (voir tome XI, note (a), p. 199).

(9) M. d'Avally <ibid., note (x), p. X98).

353 Lbttrbs db saint François de Sales

Nostre Seigneur avec vous du gain qu'il a fait, en eschange de cette misérable vie mortelle, avec la très heureuse vie céleste a laquelle il a esté appelle. Cette gfrace si signalée par laquelle il fut retiré d'entre les bras de Terreur pour estre remis au gfiron de la sainte Eglise militante, me fait croire que sa divine Majesté ne l'aura pas retiré du gfiron de la militante que pour le loger en celuy de la triomphante, puisque mesme, quoy qu'il soit mort au milieu de l'heresie (O, il est néanmoins trespassé en la foy et union de cette sainte Eglise militante, sa mère et mère de tous les enfans de Dieu.

Soyés donq toute consolée en cette véritable confiance, ma chère Seur, et continues avec fermeté a servir sa divine Majesté en pureté et sincérité. Je la supplie qu'elle règne par son saint amour au milieu de nos cœurs, et suis.

Madame,

Vostre très humble serviteur et frère en Nostre Seigneur,

A Madame Madame de la Flecherc.

( I ) Il décéda en effet à Genève, où la maladie l'avait saisi ; mais il eut la dévotion de demander les derniers Sacrements qn'il reçut dans le mystère, des mains du a Révérend sieur Nicolas Gottry, chanoyne de la cathédrale de Genève et Ihors curé de Cholex. » (Process. remiss. Gebenn. { I ), dép. d'Antoine Bouvard, ad art. 9.)

La date de cette mort, arrivée an mois de septembre x6xo, fixe d'une manière approximative ceUe de cette lettre.

Année 1610 353

DCXXIII

A LA MÈRE DE CHANTAL

Pourquoi François de Sales travaille avec zèle au Traitté de V Amour de Dieu. — « Petites lanterneries » et « petites clartés. » — La parfaite résignation. — Une lettre où il est parlé mignardement de Celse-Bénigne.

Annecy, 9 octobre 1610(1).

Je n'ay garde, ma très chère Fille, de me rendre négligent en la besoigne que Dieu m'a mise en main pour la gloire de son saint amour (>), car c'est la vérité que je n'en sçaurois chevir qu'avec un grand effort, dautant que cet amour est un abisme des cœurs et des espritz. Je désire fort de vous entretenir tout un' après disner, mais tenes un peu bien prest ce que vous aves a me dire, et vos petites lanterneries, dans lesquelles, si je puis, je mettray aussi des petites clartés, affin que vos lanternes ne soyent pas du tout inutiles.

J'avois dit a M. Michel (?) que vous communieries ; et ce grand Saint (4) mérite bien qu'on face soigneusement sa feste, quand ce ne seroit que pour apprendre a porter nos testes et que nos testes ne nous portent pas, qui est la perfaite résignation.

Je vis des hyer la lettre du bon Père, et pour ce qui me regarde, je vous en entretiendray la centiesme partie d'un quart d'heure, car il ny a pas pour davantage. Mais quant a vostre Celse Bénigne, gardes bien que vous savouriés délicieusement tout ce qui est dit si joliment de luy, car c'est vostr'enfant. Dieu luy donnera beaucoup de grandes perfections et solides, sil exauce mes

(i) Cette lettre, que Migne date de 1614, est sûrement de 1610. C'est ce que prouvent les billets du 5 et du 5 décembre, relatifs à la sainte Communion, la mention de la fête de saint Denis, tombant cette année-U un samedi, et la présence du Saint â Annecy le lundi suivant.

(2) Le Traitté de V Amour de Dieu.

( 3 ) M. Michel Favre, aumônier du Saint et confesseur de la Visitation d'Annecy, exerça ce dernier ministère jusqu'à sa mort (34 avril 1633). Sa note sera donsée plus loin.

(4) Saint DeniSf que Tart chrétien représente portant sa tête dans les mains.

LiTTHS IV 23

334 Lettres de saint François de Sales

prières. Je verray voir si je pourray gaigner l'esprit de nostre Seur Jaqueline, et seray bien discret a la persuader (0. Voyla donq la chère lettre que je vous renvoyé, car je ne voudrois estre plus longuement dépositaire d'un escrit qui parle de Celse Benine si mignardement. Bon soir, ma très chère Seur, ma Fille ; soyes bien toute a Nostre Seigneur. Je le supplie quil vous face abonder en son tressaint amour et toutes nos chères filles (»). Je vay escrire a la petite seur (3) par monsieur son mari qui s'en rêva. Lundi, Dieu aydant, nous dirons le reste. Sa divine Majesté remplisse et occupe a jamais tout nostre cœur. Amen.

Revu sur TÂutographe conservé à Lyon, paroisse de Saint-Joseph.

( I ) Ponr servir la Mère de Chantai et ses filles , la « Senr Jaqneline » n^était ménagère ni de son temps, ni de sa peine, ni de son sommeil : eUe manquait de discrétion. 11 semble donc que le Saint fat prié par la Mère de Chantai d'intervenir auprès de l'intrépide tourière, afin de Vengager à être moins rigide à soi-même.

(3) La Communauté comprenait alors, les Sœurs Favre, de Bréchard, Roget, de Chastel, Milletot, Anne-Jacqueline Coste. Peut-être Françoise de Chantai était-elle avec sa mère â cette date.

(3) Marie-Aimée.

DCXXIV

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