A MADAME DE CORNILLON, SA SOEUR
(ntAOMBirr)
Les croix domettiqaes ; il faut savoir les bien prendre.
Sales, 23 ou 24 novembre 1610(1).
J'ay appris que mon frère («) et vous, estes tous-jours, et de plus en plus, exercés par les volontés de monsieur vostre père (3). Ma Fille, si vous sçaves bien prendre cette croix, vous seres bien heureuse, car Dieu vous donnera en eschange mille bénédictions, non seulement en l'autre vie, mais mesme en celle cy ; mais il faut estre courageuse et persévérante en douceur et patience.
Madame de Chantai se recommande mille fois très aiFectionnement a vous et vous souhaitte continuellement accroissement de l'amour de Dieu.
Bon jour, ma chère Fille, ma Seur ; je suis
Vostre frère tout vostre.
Franc». E. de Genève.
A Sales, d'où je pars vendredy pour aller a mon devoir en ces AdvensU).
(i ) La date de 161 1 n'est pas absolument improbable, mais les salutations de M"** de Chantai» le lieu d'où cette lettre est partie, semblent justifier plutôt la date proposée pour ce fragment, lequel, croyons-nous, a été interpolé par les éditeurs précédents. (Voir plus haut, note (3), p. 944.)
( 9 ) Melchior de Comillon, mari de la destinataire (voir ci-dessus, note ( i ), p. 158).
(}) Raymond-Charles de Comillon, seigneur de Meyrens, Bardonnenche, etc., qui exerçait la patience de sa belle-fille, avait épousé en premières noces (contrat dotal du 14 février 1^67), Philiberte, fille de François de Thoyre, et en secondes noces, Eglantine de Moreau. (Cf. ci-dessus, note (a), p. 344.) Il mourut en 16x6.
(4) Le prédicateur de TA vent 1610 fut un Capucin, et sans doute le P. François de Chambéry (cf. ci-après, note (i), p. 37^); mais le Saint prêcha aussi durant la station. (Voir tome VIII, pp. 63-67.)
Année 1610 365
DCXXX
A MADAME DE LA FLÉCHÈRB
(imbditb)
Une tranquillité fiûnéante et trompeuse. — Q.uand faut-il augmenter les Communions, au lieu de les diminuer. — Le Saint, ennemi, dans ses visites, des cérémonies, compliments et perte de temps.
Sales, 24 novembre 1610.
Or sus, il faut donq bien tous-jours persévérer, ma très chère Fille, a coUoquer vivement toute vostre confiance en Nostre Seigneur parmi ce grand embarras d'affaires qui sont dessus vos bras, qui vous servira de juste sujet pour vous bien fonder en la résignation et tranquillité ; car la tranquillité qui n'est pas exercée par la tempeste est une tranquillité fainéante et trompeuse.
Mais pourquoy dites-vous, ma chère Fille, que s'il vous faut aller a Chambery (0 vous craignes d'interrompre vos exercices, et particulièrement celuy de la Communion ? O Dieu, ma Fille, un peu de diligence de plus vous conservera vos exercices sains et sauves entre tous ces tracas. Il s'en faut bien garder de quitter le manger quand il faut travailler ; au contraire, il le faut accroistre. Ayés bon courage, ma chère Fille, il faut bien tenir nostre cœur a l'espreuve de toutes rencontres.
Vrayement je désire fort de vous aller voir, mais je voudrois, s'il se pouvoit, que ce fust sans avoir occasion de m'engager en cérémonies, complimens et perte de tems ailleurs, comme je crois la chère seur («) vous devoir avoir dit ; car si ce n'eust esté cette considération, puisque j'avois le pied a l'estrier, je fusse retourné de Chambery (3) par devers vous. Or bien, comme que ce soit,
( I ) La destinataire s'y rendait souvent pour ses procès. (a ) Peut-être M™» d'Avisé, sœur de M"» de la Fléchère. (3) Le Saint parait avoir été à Chambery entre le 9 et le ao novembre. (Cf. ci-dessus, p. 363, et ci-après, p. 373.)
366 Lettres de saint François de Sales
nous demeurerons tous-jours bien unis, Dieu aydant, au désir de servir et aymer parfaitement nostre Sauveur. Je vous escris sans loysir. A Dieu, ma très chère Fille, a Dieu soyons nous a jamais. Amen. Je suis en luy, très entièrement tout vostre et
Vostre plus humble compère et serviteur.
24 novembre 16 10.
A Madame de la Flechere.
Revu sur une ancienne copie conservée i la Visitation de Tarin.