A MONSEIGNEUR VESPASIEN GRIBALDI, ANCIEN ARCHEVÊQUE DE VIENNE
Le Prélat destinataire est prié de vouloir bien réconcilier un cimetière .profané par un assassinat.
Annecy, i*"" décembre 1610.
Monseigneur,
Je reçois un extrême desplaysir du malheur arrivé ces jours passés a Saint Paul(>) ; malheur environné de cent déplorables circonstances. May s celle du violement du cimetière me regardant, affin d'y donner le plus digne et
(i) Voir sa notice au tome Xll, note ( i ), p. 34.
(3) Dans la paroisse de Saint-Paul» présd'Evian, le 18 novembre précédent» le fils de Claude de Blonay, Gabriel de Blonay, avait été assassiné par Georgios ou Georges Hyos du Nant, dit de Russin. Celui-ci fut « convaincu par les preuves résultant du procès, d'avoir de propos délibéré et de guet apend, » avec la complicité de « Charron, pédagogue de ses enfants, et Claude Requet (ou Reguet) agredy le dict sieur Gabriel de Blonnay estant au cimetière avec messire Claude Orset, curé du lieux (sic)^ et icelluy de Blonnay tué, massacré et assassiné avec supercherie... le 18 novembre dernier, passé environ les trois heures de Tapres midi... » (Arrêt criminel du 26 mai 161 1 y publié par M. Duplan, Evian-les-Bains, 1897.) Plus tard, il sera parlé des suites de ce tragique événement.
368 Lettres de saint François de Sales
prompt remède que je puis, je vous supplie très humblement , Monseigneur, de vouloir, en quelque journée aggreable, prendre la peyne de faire la réconciliation requise ( 0 ; en quoy vous favoriseres infiniment ce pauvre peuple qui, ne pouvant mais du crime, ne laysse pas de souffrir la privation de cette commodité spirituelle, et m'obligeres de rechef a vostr'obeissance, a laquelle pour tant d'autres raysons je suis tout voué et dédié.
Cependant je prieray Nostre Seigneur quil vous prospère et multiplie vos ans en sa bénédiction, qui est le souhait ordinaire de celuy qui, vous baysant très humblement les mains, se tient glorieux d'estre. Monseigneur,
Vostre très humble et très obéissant filz et serviteur,
Franc», E. de Genève.
I décembre 16 io.
A Monseigneur Monseigneur le R"« Arche vesque de Vienne. A Evian.
Revu sur l'Autographe conservé ali château de Marin (Chablais), Archives de Blonay.
( I ) En tant que lieu sacré, parce que bénit, le cimetière de Saint-Paul avait subi une profanation, à cause du meurtre qui s'y était commis. Pour le réconcilier, c'est-à-dire pour le bénir de nouveau, le Saint recourait à un évèque, sans doute parce que ce cimetière avait reçu la bénédiction solennelle dite consécration, laquelle est un acte de l'ordre épiscopal. (Voir à l'Appendice I, les Facultés délivrées à François de Sales par la Congrégation du Saint- Office, le l^ juillet 1608.)
Année 1610 369
DCXXXIII
A LA MÈRE DE CHANTAL
Pratique conseillée à la Mère de Chantai pour s'attirer la spéciale protection de Notre-Dame.
Annecy, 3 décembre 1610.
Sur ces nouveaux courages que nous prenons, je voy arriver la feste de la Conception de Nostre Dame, feste de très particulière dévotion a ceux qui sont voués et dédiés a son service. Affin donques qu'elle prene en sa spéciale protection nostr'ame et nostre Congfregation, nous commencerons ce jour là a communier quotidiennement (O ; et je vous en advertis a l'avantage, affin que ces jours d'entredeux soyent employés a la praeparation de la réception d'un si excellent bénéfice. Ces grans Saintz qu'on célèbre ces jours, viennent a propos pour nous ayder : saint Nicolas, saint Ambroyse, et demain sainte Barbe. Dimanche *, c'est le jour des louanges de * Secunda Advensaint Jean Baptiste prononcées magnifiquement par le Sauveur de nos âmes *. * ***"•♦ "» ^■'°'
C'est le bon jour que je vous donne, ma très chère Fille, sans pour cela vouloir dire que je ne vous aille voir quand je pourray.
Revu sur l'Autographe conservé à Versailles, dans la Maison de Notre-Dame de la Retraite au Cénacle.
(i) Le 8 décembre 1641, la Mère de Chantai disait que ce jour lui était « bien particulier, car, » ajoutait-elle, « il y a aujourd'hui trente-un ans accomplis que, par le commandement de notre bienheureux Père, je communie tous les jours, indigne que je suis de cette grâce. » (Mémoires de la Mère de Cbaugy, Partie II, chap. xxxii.) De ces paroles et de Tallusion à la fête de sainte Barbe, on a pu déduire avec certitude la date de ce billet.
UttusIV
370 Lettres de saint François de Sales
DCXXXIV
AU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE
Le grand tracas d*an premier Président. — Le prieuré de Contamine, les Chevaliers de Saint-Lazare et la Sainte-Maison de Thonon. — > Les Pères Feuillants. — L'h6tesse du Cbablais.
Annecy y 5 décembre 1610.
Monsieur mon Frère,
Avec mille actions de gfraces des deux dernières lettres [que(0] vous aves pris l'incommodité de m'escrire emmi ce grrand tracas qui vous accable (»), je vous supplie de ne jamais faire aucune sorte d'eflFort pour me donner ce contentement ; car encor que je confesse quil soit grand, si est ce que celuy de vostre conservation et repos m'est incomparablement plus gfrand.
Je me res-jouis de la bonne volonté du sieur chevalier Buccio ; je doute pourtant que Son Altesse n'apporte quelqu'excuse a la nomination, a cause de la praetention que messieurs de Saint Lazare ont d'employer le nom de la Sainte Mayson pour accroistre la leur [de ce bien] (3); mays les essays ne peuvent point nuyre et peuvent reuscir. O Dieu, j'ay le cœur a demi gasté des alarmes qu'on
( I ) L'Autographe de cette lettre a été bien détérioré par Thumidité ; quelques mots sont complètement effacés, d'autres le sont en partie. Nous plaçons entre crochets [ ] ceux qui ont disparu de l'original et dont la plupart se trouvent dans le texte publié pour la première fois par Hérissant (1758).
(a) En arrivant i Chambéry, Antoine Favre trouva tant d'affaires i résoudre, qu'il dut siéger neuf mois de suite et à toutes les audiences.
(3) La Sainte-Maison de Thonon avait droit aux revenus du prieuré de Contamine (voir tome XII, note (9), p. 341), qui lui avait été uni par la Bulle d'érection du 13 septembre 1^99. Le prieur commendataire, qui pouvait garder le bénéfice jusqu'à sa mort, ne pouvait pas le résigner entre les mains d'un autre. Philippe Buccio (voir ibid., note (a), p. 5) essaya en vain Jusqu'en 161^ d'usurper ce dernier droit. A la date de cette lettre, « le sieur chevalier Buccio » voulait-il résigner son bénéfice en faveur d'un membre de la Sainte-Maison } C'est sans doute de cette « bonne volonté » que François de Sales se réjouit. On verra la suite de cette affaire dans les lettres ultérieures.
Année i6io 371
me donne d'une rude guerre pour nostre Prince (0, bien que j'espère en cette souveraine Providence qu'elle réduira le tout a nostre proffit.
Les bons Pères Feuillans escrivent aux leurs de Thurin pour l'aflFaire de Talloyres C^), et moy encor avec eux. Je vous supplie de commander a du Pont ( 3 ) de les remettre au premier qui passe en Piémont. Ces Pères sont revenuz tous pleins de respect et d'amour cordial pour vous et toute vostre mayson.
La fille (4) se porte bien et tous-jours bonne fille, je veux dire tous-jours meilleure. Madame du Foug, ma tante, et, comme je crois, vostre hostesse de Thonon, me prie par une lettre, que je vous recommande l'aflFaire qu'ell'a au Sénat. Je ne sçai quel il est ; mays elle, ell'est certes digne de faveur pour mille raysons, entre lesquelles celle-ci me presse, qu'ell'a esté nostre Rahab* •josnc, n. en Chablaix (5). Hormis que toute sa vie ell'a esté de bonne réputation, la comparayson est bonne.
(i) A cette date, l'Espagne avait désarmé (voir ci-après, note (4), p. 398), mais Charles-Emmanuel songea alors à tourner ses armes contre Genève. Cette ville se mit aussitôt en bonne défense contre les entreprises du duc. Les Bernois vinrent à son secours, renforcés par bon nombre de gentilshommes français, de la religion prétendue réformée. Marie de Médicis, touchée des malheurs que cette campagne allait entraîner, finit par persuader Charles-Emmanuel d'y renoncer. Ainsi cette « rude guerre » n'eut pas lieu.
( 9 ) Pour réformer Talloires, le Saint avait songé i y établir les PP. Feuillants. (Cf. ci-dessus, note (i), p. 173.) « L'affaire » dont il est parlé ici doit se rapporter à ce dessein, lequel, comme on sait, n'aboutit pas.
( 3 ) M* Jean Dupont, d'abord secrétaire de M. de la Roche, premier président de la Chambre des Comptes, figure dans les Délibérations municipales d'Annecy, au 13 avril x6io, comme secrétaire d'Antoine Favre, et ce même jour, la ville, pour reconnaître ses services, lui délivre gratuitement des lettres de bourgeoisie.
(4) Soeur Marie-Jacqueline Favre.
(^) Cette n Rahab » du Chablais dont le Saint gardait un souvenir si reconnaissant, lui fut en effet, dans les mauvais jours, une hôtesse toute secourable. Quand le grand Missionnaire vint se fixer à Thonon, m damoiselle Jeanne de Maney, vcfve de noble François du Foug, Procureur fiscal du duché de Chablais, » y demeurait. « Elle avoit des-ja de fort long temps obligé toute la maison de Sales par un grand nombre de services, procédez de son amitié et de celle de son mary; mesmes qu'elle avoit des-ja souvent receu le Bien-heureux François dans sa maison, tant pour y prendre sa réfection que pour estudier. Elle luy offrit de nouveau une partie de son logis avec une franchise très-grande, car elle l'aymoit souverainement... » (Charles- Auguste, Histoire ^ etc., liv. IL)
37^ Lettres de saint François de Sales
Je prie Nostre Seigneur quil vous renforce de plus en plus pour porter le [faix] quil a imposé sur vos espaules, et que ce soit par après [très] longuement, car ce sera très heureusement. Je suis, Monsieur [mon Frère], Vostre très humble frère et serviteur.
Franc», [E. de] Genève.
5(1) décembre 16 10.
Revu sur l'Aatographe conservé à Paris, au Carmel de la rue Deofert-Rocherean.
( I ) Sur TAutographe, ce quantième est iUisible ; Hérissant le donne d'après Toriginal. On peut Ten croire, car i cette même date, nous avons une lettre i la présidente Favre.
DCXXXV