A LA PRÉSIDENTE FAVRE ( O
Une lettre écrite après dix heures du soir. — Les additions i une nouTolle édition de Y Introduction à la Vie dévote, — Notre guide, notre nocher pendant notre navigation. — Le moyen de ne rien craindre.
Annecy, 5 décembre 1610.
(») Ne penses pas, ma Seur très chère, que je n'aye de la peyne a demeurer tant sans vous escrire, et prin-
(i) Philiberte Martin de la Perouse, fille de Michaud ou Michel Martin, seigoeur de la Perouse et Clartans, et de Guillemette du Tartre, était veuve de noble Claude Daniel lorsqu'elle épousa, avant le 39 septembre 1606, le président Antoine Favre, dont la première femme, Benoite Favre, était décédée avant le 18 mai de cette même année. Elle fut enterrée le 11 janvier 1694, dans réglise des Franciscains (Sainte-Marie-Egyptienne), où le 1*'' mars suivant, le cercueil de son mari devait la rejoindre. Le Général de la Grande- Chartreuse, Dom Bruno d'Affringues, écrivait le 18 janvier 1634 à son ami le Président : « ... Le decez de Madame vostre femme... m'a faict soudain ressentir en Tame Taigreur et la douleur que vous en souffrez, perdant en icelle un précieux thresor de toute honnesteté et vertu et une ferme colonne de vostre maison. • (Voir Mugnier, Hist. d'Antoine Favre ^ 1903-1903, chap. xv, xxn.)
Ces louanges ne paraissent point excessives; elles sont d'ailleurs justifiées par les regrets d'Antoine Favre qui semble n'avoir pu survivre à sa perte. François de Sales tenait la Présidente en singulière estime ; cela se voit au ton des lettres qu'il lui adresse et aussi par les mentions qu'il fait d'eUe en écrivant i d'autres correspondants.
(3) Cet alinéa et le suivant sont inédits.
Année 1610
cipalement maintenant qu'au rapport des bons Pères
Feuillans * vous estes encor un peu tendre en santé. * vide Ep. praeced.
Certes, je voudrois bien tous les jours vous envoyer
quelque petite marque de la souvenance que j'ay de
vostre dilection ; mais je suis quelquefois sans loysir et
d'autres fois sans commodité. Or bien, encor vous escris-
je maintenant après dix heures du soir, pour accompai-
gner le livre ci joint qui me semble un peu plus correct
que ceux des autres éditions, bien que je ne Taye pas
veu que par ci par la ; et, outre ce, il y a trois chapitres :
Des habitj, Des désirs et Quil faut avoir Vesprit
juste^^). Tel quil est, il part de l'homme du monde qui
vous souhaite plus de bénédictions caelestes.
Je n'eu pas le loysir de me resouvenir, quand je fus a Chamberi (^), de vous dire que je vous avois envoyé une copie des principaux statutz de la Visitation ; et si, je ne me souviens pas par qui je les envoyay. Oseray-je bien vous prier de faire tenir la lettre ci jointe a la petite Chatel (3) ? C'est sa bonne seur qui la m'a envoyée ; et je puis bien dire sa bonne seur, car vrayement elle l'est (4). Mais et nostre fille (5) et tout, est bien la vrayment bonne fille. Toute leur Mayson vous salue, notamment M°* de Chantai qui vous honnore et chérit ardemment.
(6) Gardes bien de laysser convertir vostre soin en troublement et inquiétude, et toute embarquée que vous estes sur les vagues et parmi les vens de plusieurs tracas, regardes tous-jours au Ciel et dites a Nostre Seigneur : O Dieu, c'est pour vous que je vogue et navige, soyes ma guide et mon nocher. Et puis consoles vous, que quand nous serons au port, les douceurs que nous y
( I ) Les trois chapitres dont parle le Saint avaient déjà fignré dans l'édition princeps, mais dans la seconde édition, ils furent « oubliés par mesgarde, » comme le dit TÂuteur lui-même dans VAvis au lecteur de la troisième édition. (Voir tome III, p. 3.)
(3) Cf. ci-dessus, p. 3^0, et note (3), p. 36^.
(3) Sans doute Clandine de Chastel (voir plus haut, pp. 18, 38).
(4) Soeur Péronne-Marie de Chastel, dont la note sera donnée plus loin. ( ^ ) Sœur Marie-Jacqueline Favre.
( 6 ) Toute cette fin de lettre, à Tezception du dernier alinéa qui est inédit, a été publiée parles éditeurs de 1636 comme appartenant à la lettre du [6 août 16 10,] donnée ci-dessus, p. 338.
374 Lettres de saint François de Sales
aurons, effaceront les travaux pris pour y aller. Or, nous y allons parmi tous ces orages, pourveu que nous ayons le cœur droit, l'intention bonne, le courage ferme, l'oeil en Dieu et en luy toute nostre fiance. Que si la force de la tempeste nous esmeut quelquefois un peu restomach et nous fait un petit tourner la teste, ne nous estonnons point, mays soudain que nous pourrons, reprenons haleyne et nous animons a mieux faire.
Bonsoir, ma très chère Seur, ma Fille. Craignons [Dieu] et nous ne craindrons point autre chose ; aymons Dieu et nous aymerons tout'autre chose. Je suis en luy tout vostre et
Vostre humble frère et serviteur,
Franc*, E, de Genève.
5 décembre 1610.
A Madame Madame la première Présidente de Savoye.
Revu sur l'Autographe couservé i la Visitation de Dietramszell (Bayière).
DCXXXVI
A LA MÈRE DE CHANTAL
Les désirs d*un Saint à propos de la manducation quotienne du « Pain vivant et suressentiel, w — Les vertus dont il embaume les âmes qui le reçoivent.
Annecy, ^ décembre 1610(1).
Mon Dieu, ma chère Fille, certes il me tarde que je vous voye. Au reste, je me porte fort bien, et vostre cœur, tout autant que je le puis connoistre. J'ay prié avec une ardeur très particulière ce matin pour nostre advancément au saint amour de Dieu, et me sens des plus gfrans désirs que jamais au bien de nostre ame. Ah ! ce
( i) L'allusion i la Communion quotidienne que la Sainte commença i faire le 8 décembre suivant (cf. ci-dessus, Lettre dcxxxiii), la mention du P. François et du sermon que le Saint fit lui-même à Sainte-Claire, garantissent la date proposée.
Année i6io 375
dis-je, o Sauveur de nostre cœur, puisque meshuy nous serons tous les jours a vostre table pour manger non seulement vostre pain, mays vous mesme, qui estes nostre pain vivant * et sur essentiel **, faites que tous les jours I/j^att.^vi^Vi. nous facions une bonne et parfaite digestion de cette viande très parfaitte, et que nous vivions perpétuellement embausmés de vostre sacrée douceur, bonté et amour.
Je vay au sermon du Père François ( 0 ; ce soir j'en fay un a Sainte Claire (»). Mais l'autre soir, ce sera vers demain, il faut escrire a Dijon, car mardy nous envoyerons ; mais si je puis, je vous verray.
Bon soir, unique et très chère Seur, ma Fille. Je ne veux pas que vous jeusnies cette année.
( I ) Nous savons par les Délibérations manicipales d'Annecy, que le prédicateur de TAvent en 1610 était un « célèbre Capucin. » D'après la présente lettre, il s'appelait P. François. On peut donc croire qu'il s'agit ici du P. François de Chambéry. (Cf. tome XI, note (i), p. 179, et ci-dessus, note (4), p. 364O
( 9 ) Le Saint prêcha sur saint Jean-Baptiste, dont il est fait mention dans rEvangile du jour. (Voir tome VIII, p. 64.)
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