A M. JACQUES DB BAY
Le Saint s'intéresse aux études d*an jeune annécien et demande qne le collège de Savoie de Lonvain loi soit rouvert.
Annecy, 16 décembre h6io.
La bonté d*Anthoyne Gard (O, bourgeois de cette ville, me rend fort désireux du bien de son filz Jean Baptiste, lequel ayant esté receu ci devant en vostre collège (»), est decheu de cette grâce quil tenoit de vostre faveur. Je vous supplie donq de tout mon cœur, Monsieur, qu'il vous playse le restablir en ce bonheur, sans lequel il est a craindre qu'il ne perde tout celuy du reste de sa vie. Et outre le contentement que vous aures d'avoir exercé une telle charité a l'endroit de toute un' honnorable famille, faysant revivre l'enfant qui sembloit perdu *, vous me rendres de plus en plus obligé de • Cf. Luc, xv. u-
( I ) Antoine Gard était officier domestique du duc de Nemours.
(3) Jean-Baptiste Gard, annécien, né en 1588, fit ses études à Louvain, reçut la prêtrise des mains du Saint (3 avril 1616), devint prêtre d'honneur, puis chanoine de Notre-Dame de Liesse en 1631, et recteur de Saint-Maurice avant 1637. Il mourut le 36 juin 16^8, archiprétre des Machabées. (R. E. et Reg. paroiss.) Le bienheureux Evéque vantait « sa vertu, sa pieté, sa suffisance » quand il le proposa au duc de Nemours pour la stalle du Chapitre de Notre- Dame. (Lettre du 4 mars 1631.) Pendant la peste de 1639 et 1630 qui désola Annecy, sa conduite fut héroïque. Jean-Baptiste Gard déposa en 1656, et sa déposition est remarquable autant par la précision des détails que par le ton de filiale vénération qui accompagne ses récits. Pour attester que la réputation de sainteté de François de Sales dépassait les montagnes de Savoie, il raconte le fait s\iivaint(Process. remiss. Gebenn. (II), ad art. 16) : « Lors que j'allay a Louvain, il me fit la grâce de me donner une lettre de faveur pour me faire recevoir au collège. 11 Taddressoit au premier Président, nommé Jaques de Bayo, qui estoit premier Professeur de cette Université fameuse, qui aiant receu ladite lettre, la baisa reveremment, et Taiant leue et releiie avec vénération, la fit lire publiquement a table, disant tout haut que c'estoit la lettre d'un Sainct, et que nous estions trop heureux d'avoir un si sainct Evesque pour nostre Pasteur ; et il pleura de joye, et me dit qu'il garderoit cette lettre comme une relique. »
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386 Lettres de saint François de Sales
vous honnorer avec le respect que, pour plusieurs autres raysons, je veux et dois rendre a vos mérites.
Et me promettant cette gratification de vostre bienveuillance, je demeureray a vous souhaitter toute sainte consolation caeleste, et seray tous-jours, Monsieur,
Vostre humble confrère et serviteur en Nostre Seigneur,
Franc", E. de Genève.
XVI décembre 16 10, a Neci.
A Monsieur
Monsieur de Bay, Docteur et Lecteur en la sainte Théologie, Doyen de S* Pierre, Président du Collège de Savoye a Louvain.
Revu sur TAutographe conservé à Bruxelles, Bibliothèque des PP. Bollandistes .
DCXLI
A M. PHILIPPE DE QUOEX
Dans les appointements, le Saint n^est pour personne. — > Pas de particularités dans sa Congrégation ; il faut que tout y « aille d'un train. »
Annecy, 17 décembre 1610.
Monsieur,
Voyla vostre porteur (0 que nous vous renvoyons despeché. Je serviray madame d'Avully(«) en tout ce qu'il
(i) Hérissant (1758) donne : « Voyla vostre praire, • Il a sans doute mal lu; ne serait-ce pas pour le mot que nous substituons.^
(3) Florise de Boy vin, fille aînée de noble et puissant seigneur messire François de Boyvin, baron du Villars (cf. tome XII, note (x), p. 417), épousa M. d'Avully par contrat du 10 octobre 1608 (voir tome XI, note ( i ), pp. 198, 199). Elle vivait encore le 13 décembre 1634. A la mort de son mari (cf. cidessus, note ( i), p. 353), son hoirie se trouva fort embrouillée. Des sommes promises à Florise par son contrat de mariage, ne lui furent pas payées ; de là, des contestations avec les héritiers du défunt, des procès, des tentatives d'fl appointemens i> qui n'avaient pas encore abouti en 1613. (Archiv. de la Visitation d* Annecy, ColUction /. Vuy.)
Année 1610 387
me sera possible, notamment en l'un et en l'autre des articles que vous me marques.
Et quant au premier, bien que je n'aye pas accoustumé d'estre pour personne es appointemens, attendu que ma qualité m'invite tous-jours a la neutralité pour penser la paix*, si est-ce que, si elle le veut ainsy, je me dispen- • Jerem., xxa, n. seray de lettre pour ce coup, et M. de la Roche (0, qui est dehors, estant venu, je luy parleray a mesme effect.
Quant au second, je pense qu'il faudra attendre qu'elle vienne icy pour voir le train de cette Congrégation, aflSn que, selon le jour qu'elle prendra, on regarde de luy donner satisfaction, s'il se peut(*). Néanmoins, je veux bien dire que malaysement pourroit-on luy permettre d'avoir une fille de chambre qui ne fust pas de la mayson, mais ouy bien qu'elle fust spécialement servie par une de celles qui seront en la mayson. C'est affin que tout, la dedans, aille d'un train. Certes, pour moyj je souhaitterois fort de la voir bien consolée en cette vocation la.
Ne me faîtes point d'excuses a m'escrire bien ou mal, car ne me faut nulle sorte d'autre cérémonie que de m'aymer en Nostre Seigneur, selon lequel je suis Vostre plus humble confrère,
Ce 17 décembre 16 10.
( I ) Sans doate Jean Joly, seigneur de la Roche et d'Alery (voir le tome précédent, note ( i), p. ^64). La Mère de la Roche, sa fille, dit dans sa déposition, en parlant du Saint (Process. remiss. Aurtlianensisj ad art. 38) : « Une grande partie de son temps s'employoit a apaiser des querelles, a suprimer des procès... et mon père.,, y assistait presque ordinairement, »
(a) M"« d^AvuUy désirait sans doute faire un essai de la vie religieuse dans la maison de la Galerie. Les Annales de l'Institut ne disent pas si elle donna suite i son dessein.
388 Lettres de saint François de Sales
DCXLII
* AU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE
Les c< bonnes constnmes » de Savoie. — Rendez-youi pour les Imes chrétiennes unies d*affectioo. — Une amitié sans limites.
Annecy, 17 décembre 1610.
Monsieur mon Frère,
Ce n'est que simplement pour contenter mon cœur que je vous escris maintenant, car il faut, quand je puis, suppléer au bonheur que j'avois d'estre auprès de vous par ce petit allégement. Et puis, encor faut-il garder les bonnes coustumes a vous souhaiter les bonnes festes ; car, de m'attendre au bien que nous avions presque espéré, de vous voir a nos beaux Offices en ces si dignes solemnités, c'est chose que le tems et les affaires ne me peuvent permettre, si ce n'est en cette façon ordinaire par laquelle vous estes tous-jours présent a mon ame, et principalement a l'autel et le jour de Noûel, environ lequel j'en cette si chère grâce de vous voir. Mais combien y a-il (0 ? Certes, je n'y pense point, car il me semble que nostr'amitié est sans limites, et qu'estant si fort naturalisée en mon cœur, ell'est aussi ancienne que luy. Ce pendant, continuons. Monsieur mon Frère, en cette si digne et si rar'affection, affin que non seulement Monsieur le R™' de Saint PauK»), mais tout le monde l'admire et loue des-ormais.
Je suis tous-jours un peu en peyne de la santé de •Cf. supra, p. 373. madame nostre chère Présidente*, bien qu'on m'asseure
( i) Il y avait dix-sept ans. Ce fut â Annecy, et le 34 décembre 1593, qu'eut lieu la première entrevue entre ces deux hommes qu'une « si digne et si rar' affection » devait unir pour jamais. (Cf. tome XI, p. 430.)
(3) Sans doute Thomas Pobel, l'un des consécrateurs du Saint (voir sa notice au tome XI, note ( i ), p. 356). François de Sales lui donna toujours le titre d' « Evesque de Saint Paul, n malgré qu'il n'eût jamais pris possession de ce siège.
Année 1610 389
que son mal n'est pas plus grand quil faut pour seulement luy faire prendre les praeservatîfz d'un plus grand. Dieu vous donn'a tous deux les bonnes et belles festes, et vous conserve longuement et heureusement. Je suis, Monsieur mon Frère,
Vostre très humble frère et serviteur,
Franc*, E. de Genève.
XVII décembre 16 10, a Neci.
(0 Monsieur mon Frère, ce porteur m'a dit comm'il a sceu, ou plus tost comm'il n'a pas sceu, la supplication que mon frère de Thorens vous fait* ; et ça bien esté asses 'Cf. infra, p. 391. pour y faire adjouster la mienne, que je sousmetz néanmoins a vostre jugement.
A Monsieur Monsieur Favre, Baron de Perogcs,
Conseiller d'Estat de S. A., premier Président de Savoye. A Chamberi.
Revu sur TAutographe conservé à. la Visitation da Mans. ( I ) Ce post-tcriptom est inédit.
DCXLIII
A LA MÈRE DE CHANTAL
(billbt mioiT)
Une galerie où le Saint parlait « plus a commodité » i la Mère de Chantai.
Annecy, 18 décembre 1610(1).
Demain, ma très chère Fille, je ne sçaurois voir cette grande Seur (*), sinon quil y eut chose qui pressast ; car
( I ) Les particnlarités de ce billet s'accordent avec cette date; eUes excluent 161S, époque où les Sœurs quittèrent la Galerie, et aussi 161 1, date où la Mère de Chantai et le Saint furent tour â tour absents d'Annecy aux environs de la Noël et de la Pentecôte.
(s) Probablement la Sœur Marie-Jacqueline Favre, que les deux Fondateurs appelaient leur « grande Fille. »
390 Lettres de saint François de Sales
ne ferons-nous pas l'exhortation ? et après cela, il sera nuit. Or, quand je Tiray voir, je veux gaigner une bonne heure pour me promener avec vous en la gfalerie, car on y parle plus a commodité (0.
Marcelle I*) désire de se confesser avant ces festes, et je luy avois dit que ce fut mercredi ; mais je voy qu'il faudra remettre a jeudy, ou plustost a vendredy matin.
(3) mon unique Fille, que j'ay de tendre et forte
affection pour nostre cœur, et que je suis pressé de le recommander incessamment a Nostre Seigneur !
Rem sur l'Autographe consenré i U Visitation de Boarg-en-Bresse.
( I ) Cette « galerie » couverte, propice aux entretiens, d'où la première maison de la Visitation avait pris son nom, avait été jetée comme un pont pardessus la voie publique, pour unir la cour et le verger de Thabitation.
( 3 ) Marcelle était probablement une fille de petite condition.
(3) Les points de suspension remplacent un ou deux mots coupés dans l'Autographe.
DCXLIV
AU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE
(nfiniTi) Recommandation en faveur d'une pauvre veuve.
Annecy, [vers le a a décembre 1610(1) ]
Monsieur mon Frère,
Ce n'est pas pour faire les remercimens que je doy a vostre persévérance au désir du bien des nostres, que je vous escris maintenant ; ce n'est que pour vous supplier humblement de favoriser de vostre juste protection cette
( I ) L*objet de la lettre, récriture et le rapprochement avec la lettre du 17 décembre, suggéré par la mention du baron de Thorens (voir la page précédente), persuadent que celle-ci a dû être écrite à la date proposée.
Année 1610 391
pauvre vefve(0, que monsieur de Conflens(»), a mon advis tant de vos serviteurs et de mes amis, m'a instamment recommandée. Je vous en fay donq supplication, et vous souhaite et a madame vostre chère Praesidente, ma très chère seur. Monsieur mon Frère, ce que vous pouves imaginer du cœur de
Vostre très humble frère et serviteur.
Franc", E. de Genève.
Nous attendons mon frère de Thorens pour vous faire la response que vostre lettre pleyne de faveur requiert*. 'Cf. wpra, p. 389.
A Monsieur Monsieur Favre, Baron de Peroges, Conseiller d'Estat de S. A.
et son premier Président.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Saint-Marcellin.
( I ) Le 34 décembre 1610, Antoine Favre recommande à Charles-Emmanuel la veuve du capitaine du Frenay, « fort pauvre, » exposée, si elle n'était secourue, à retourner à Genève d'où on l'avait retirée après sa conversion. (Voir Mugnier, Correspondance du Président Favre , 1903, tome I•^) Ne seraitce pas cette même personne que le Saint recommande à son ami ?
(a) M. de Conflacs parle ainsi de lui-méir,^ ««a^ ^^ a^j-M^iUoii, lu 21 mai 1633 (Process. remiss. Gebenn. { I ), ad a""^ interrog.) : « Je me qualiffie noble et spectable Anthoine de Boege, dict de Conflens, conseillier de Monseigneur le Duc de Genevois et de Nemours, docteur es droictz et ballif au duché de Genevois. Je suis aagé d'environ 65 ans, bourgeois et habitant de la présente ville et cité d'Annessy, originaire du lieu et parroisse de Sillingy, et fils de feu noble homme Amed de Boege et damoyselle Pernette de Conflens, vivant de mon revenu. » Il épousa D"* Françoise Crassus, veuve de noble Guignes Viollon, seigneur de la Fesse, et en secondes noces, Jeanne-Aimée de Mouxy. Antoine de Conflans fut le premier syndic d'Annecy et juge des terres pour Philippe de Lorraine et Marie de Luxembourg. Il figure parmi les témoins que prit le Saint quand il fit son testament, le 6 novembre 1633.
39* Lettres de saint François de Sales
DCXLV
a la mère de chantal
Tableau de la Nativité. — Où te trouvaient en la nuit de Noël, les bout Anges des deux Saints. — Les pasteurs et la mélodie sacrée qu*ils entendent durant leur sommeil. — Le cadean du Bienheureux au « petit Roy. •
Annecy, 25 décembre [1610(1).]
Hé, vray Jésus ! que cette nuit est douce, ma très •AdMat.,Respons. chère Fille! « Les cieux, » chante TEirlise*, « distillent
post a*" Lect. , , . , e> »
de toutes pars le miel ; » et moy je pense que ces divins Anges qui resonnent en Tair leur admirable cantique, viennent pour recueillir ce miel céleste sur les lys ou il se treuve, sur la poitrine de la très douce Vierge et de saint Joseph. J'ay peur, ma chère Fille, que ces divins Espritz ne se mesprennent entre le lait qui sort des mammelles virginales, et le miel du Ciel qui est abouché sur ces mam-
•Cf. Cant.,iv, II. melles. Quelle douceur de voir le miel succer le lait* !
Mais je vous prie, ma chère Fille, ne suis-je pas si ambitieux que de penser que nos bons Anges de vous et de moy se treuverent en la chère trouppe des musiciens célestes qui chantèrent en cette nuit ? O Dieu, s'il leur playsoit d'entonner de rechef aux oreilles de nostre cœur cette mesme céleste chanson, quelle joye, quelle jubilation ! Je les en supplie, affin que gloire soit au ciel, et
•Luc, n, 14. en terre paix aux cœurs de bonne volonté*.
Revenant donq d'entre les sacrés mystères, je donne ainsy le bon jour a ma chère Fille ; car je croy que les pasteurs encor, après avoir adoré le céleste Poupon que
• ibid., 8-11. le Ciel mesme leur avoit annoncé*, se reposèrent un peu.
Mais, o Dieu, que de suavités, comme je pense, a leur sommeil ! Il leur estoit advis qu'ilz oyoyent tous-jours la sacrée mélodie des Anges qui les avoyent salués si
( I ) Le ton de la lettre, Tappellation de « ma Fille » inclinent à proposer la présente date. Le texte ne s'accorderait pas avec les années antérieures, et plus difficilement avec les années suivantes.
AmiéE 1610 39)
excellemment de leur cantique, et qu'ilz voyoyent tousjours le cher Enfant et la Mère qu'ilz avoyent visité.
Que donnerions-nous a nostre petit Roy que nous n'ayons receu de luy * et de sa divine libéralité ? Or sus, 'Cf. l Cor., iv, 7. je luy donneray donques a la sainte grand'Messe la très uniquement fille bienaymee qu'il m'a donnée. Hé, Sauveur de nos âmes, rendés-la toute d'or en charité, toute de myrrhe en mortification, toute d'encens en orayson, et puis recevés-la entre les bras de vostre sainte protection, et que vostre cœur die au sien : Je suis ton salut * *P*- ^^t^tw, 3. aux siècles des siècles. Amen.
Vostre très affectionné père et serviteur,
Franc", E. de Genève.