‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 95 sur 124 · DCXLVI · texte numérisé non relu

DCXLVI

A MADAME D'aIGUBBBLBTTB ( 0

Les présents da Sauvear aux gens de bonne volonté. — Ce que £ût Il n petite tronppe » de It Visitation.

Annecy, 30 décembre 1610(9).

Or bien, ma très chère Fille, nous finissons cett' année en un jour. A la suite de la bonne dame defuncte(3),

( I ) Françoise«Melchionne, fille de Françoise-Melchionne de Maillans et de Goillaume dn Four, premier syndic de Chambéry, conseiller d'Etat et jnge-maje de Savoie, avait épousé par contrat dotal do is février 1581, Jean-Cltnde Balland; elle devint ensuite (14 février 1591) la femme de René de Chabod-Lescheraine, seigneur d'Aiguebelette, des Echelles, etc. Celni-ci, après même qu'il eut vendu au président Favre la première de ces seigneuries, continua à en porter le nom. M"** d'Aiguebelette n'eut qu'un fils et ce fut de son premier mariage ; eUe mourut avant René de Chabod, comme on le voit par le testament de celui-ci (a6 février 1633).

La destinataire habitait Chambéry; eUe avait sans doute connu le saint Directeur lors de son premier Carême prêché dans cette ville (1606). L'intimité de la présente lettre fait penser que d'autres lettres ont dû précéder celle-ci. M^ d'Aiguebelette ne serait-elle pas la « Dame inconnue », destinataire des lettres données au tome XIII, pp. 173, 3S0?

( s ) L'aUusion à la maladie de la Mère de Chantai et à la « petite tronppe » de ses filles rend cette date à peu près certaine.

{}) m De Fruité, m qui se lit dans les éditions précédentes, doit être one erreur de lecture pour « defnncte ».

394 Lettres de saint François de Sales

nous finirons nos années pour commencer nostre éternité. Ah ! ma Fille, c'est cett'eternité que sur tout je vous souhaitte très heureuse, et a cause d'elle vous vives tousjours présente a mon cœur, qui se res-jouit de voir que vous persévères a vouloir de tout le vostre servir sa

•Cf. Loc, 1,74,75. divine Majesté en sainteté et pureté*. Faites bien cela, ma chère Fille, et parmi les orages des affaires importuns de ce misérable siècle, aflfermisses-vous souvent auprès de ce Sauveur qui est venu apporter la paix, la douceur,

•Ibid., n, 14. la tranquillité aux gens de bonne volonté"^.

Nostre pauvre M"* de Chantai a eu un' attaque pareille a celle du moys d'aoust dernier, mais maintenant elle est presque guérie, et toute cette petite trouppe fait bien

• Rom., xn, 17 ; II devant Dieu et devant les hommes *, nostre Chastel ( « )

oT„y I, ai. particulièrement. La chère cousine!*) fait de mesme, et

je ne manqueray pas a luy faire vos recommandations.

Bon jour et très bon an, ma très chère Fille ; je vous

escris sans haleyne et loysir, et suis entièrement tout

vostre

(i) Sœur Péronne-Marie (cf. ci-dessus, note (3), p. 337). (a) Sans doute M°>^ de Charmoisy, désignée sûrement par une mention identique daus une lettre du i^ décembre 161 1 i M"** d'Aiguebelette.

Année 1610 395

DCXLVII

AU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE (0

Ce qui rend notro durée périssable, et partant plus aimable. -^ La pensée de l'éternité pour le Saint. — L'espérance de Téternité, et les motifs philosophiques qui la légitiment. — L'échelle qui nous conduit aux années éter^ pelles. -^ Souhaits df nouvel an.

Annecy, 31 décembre 1610 (a),

Monsieur mon Frère,

Je finis cette année avec le contentement de vous pouvoir présenter le souhait que je fay sur vous pour la suivante. Elles passent donq, ces années temporelles, Monsieur mon Frère ; leurs mois se réduisent en semaines, les semaines en jours, les jours en heures et les heures en momens, qui sont ceux-là seulz que nous possédons, mais que nous ne possédons qu'a mesure qu'ilz périssent et rendent nostre durée périssable, laquelle pourtant nous en doit estre plus aymable ; puisque cette vie estant pleine de misères, nous ne sçaurions y avoir aucune plus solide consolation que celle d'estre asseurés qu'elle se va dissipant, pour faire place a cette sainte éternité qui nous est préparée en Tabondance de la miséricorde de Dieu, et a laquelle nostre ame aspire incessamment par les continuelles pensées que sa propre nature luy suggère, bien qu'elle ne la puisse espérer que par des autres pensées plus relevées que TAutheur de la nature respand sur elle.

Certes, Monsieur mon Frère, je ne suis jamais attentif a Teternité qu'avec beaucoup de suavités ; car, dis-je, comme est-ce que mon ame pourroit estendre sa cogitation

( I ) C'est sons toutes réserves que nous attribuons la lettre à ce destinataire. La première édition (t6a6) l'adresse : A son Frère d'alliance ; les éditeurs suivants, à partir de Hérissant (17^8), l'attribuent au président Favre, mais sans fournir la prenve de cette attribution.

( a ) Migne, au tome VI, col. 95a, dit en note, à propos de la présente lettre : « Nous en avons retrouvé la date qui est : Lt }i décembre 1610 ; » mais il ne donne pas les raisons de son affirmation.

39^ Lettres de saint François de Sales

a cette infinité, si elle n'avoit quelque sorte de proportion avec elle ? Certes, tous-jours faut-il que la faculté qui atteint un object ayt quelque sorte de convenance •s. Thom., l« II», avec iceluy *. Mais quand je sens que mon désir court

Qji.v,irt.i. "^ . , ^ ■' ^

après ma cogitation sur cette mesme éternité, mon ayse prend un accroissement nompareil ; car je sçay que nous ne desirons jamais d'un vray désir que les choses possibles. Mon désir donq m'asseure que je puis avoir Teternité : que me reste-il plus que d'espérer que je Tauray ? Et cela m'est donné par la connoissance de l'infinie bonté de Celuy qui n'auroit pas créé une ame capable de penser et de tendre a l'éternité, s'il n'eust voulu luy donner les moyens d'y atteindre. Ainsy, Monsieur mon Frère, nous nous treuvons au pied du Crucifix, qui est Teschelle par laquelle, de ces années temporelles, nous passons aux années éternelles.

Or, je souhaitte donq sur vostre chère ame que cette année prochaine soit suivie de plusieurs autres, et que toutes soyent utilement employées pour la conqueste de l'éternité. Vives longuement, saintement et heureusement entre les vostres icy bas parmi ces momens périssables, pour revivre éternellement en cette immuable félicité pour laquelle nous respirons.

Voyla comme mon cœur s'espanche devant le vostre, et fait des saillies qu'il ne feroit pas sans cette confiance que luy donne l'aflFection qui me rend

Vostre très humble frère et serviteur,

Franc". E. de Genève.

Annéb 1610 397

DCXLVIII

A LA MÂRB DB GHANTAL

(bolbt nriDir)

Les Filles de saint Bernard chex les Filles da saint Evéqne de Genève. Promesse d^nn bonsoir on d*an bonjour.

Annecy, juillet-décembre 1610(1).

Voyla cette petite trouppe de Sainte Catherine qui vous va voir ( « ), m ( 3 ). Vous ne connoisses que ma cousine de Ballon (4), mais les autres ne laissent pas d'estre bonnes filles ; je les vous recommande, m. La chère fille de la haut (5) m'a escrit avec beaucoup de salutation pour vous.

Sil se peut, pour chose du monde je vous iray donner le bon soir, ou ce sera lundi matin pour le bon jour.

Revn snr TAutographe conservé à la Visitation d'Annecy.

( I ) Ontre Técritnre, qui parait autoriser la date de 1610, nons savons que les visites des Dames Bernardines commencèrent dès les premiers temps de la Visitation. (Voir la note suivante.)

(s) « Souvent elles estoient visitées des Dames de Sainte Catherine, pour parler des choses spirituelles. Quant elles arrivoient à Theure du diner, quoi qu'il ni eut rien de prêt dans la maison que ce qui estoit sur la table des Seurs, elles leur donnoient de bon cœur leurs petites portions, s'abandonnant à la divine Providence, sans jamais teimoigner de la peine de leur arrivée, ni manquer de les recevoir avec toute la cordialité possible. » (Hist. de la Galerie,) Déjà, et de très bonne heure donc, les FiUes de saint François de Sales attiraient à elles les âmes par Taffabilité cordiale de leur abord.

Il est difficile de nommer les membres de la « petite trouppe. m

(3) Cet m serait-il employé pour « ma mie » que nous trouvons ailleurs sous la plume du Saint ?

( 4 ) Sans doute Sosur Louise-Thérèse de Ballon, professe à Sainte-Catherine depuis le 4 mars 1607 (cf. ci-dessus, note (3), p. 199). Elle sera plus tard destinataire.

( ; ) Ce doit être Sœur Bernarde de Vignod, que la Mère de Chantai connaissait. (Cf. ci-dessus, p. 399.)

39^ Lettres de saint François de Sales

DCXLIX

a m. ANTOINE DES HAYES(0

(nfiDin)

Une amitié constante. — Mariage princier et les menaces d'nne guerre.

Vanchy, 8 mai 1610.

Monsieur,

Ce gentilhomme, qui est fort de mes amis(»), partant d'auprès de monsieur le baron de Lux pour aller droit a la court, je luy donne ces quatre ou cinq motz qui vous asseureront de la continuelle passion avec laquelle mon cœur vous honnore, respecte et chérit.

Et pour dire quelque chose sur le sujet de la dernière lettre que vous me fistes Ihonneur de m'escrire, je croy bien que meshuy cett' heureuse alliance delaquelle nous nous res-jouissons tant (3), me mettra en autant de liberté quil m'en faut pour pouvoir jouir un bon jour de la douceur de vostre conversation, si toutefois la guerre a laquelle il semble que tant d'inclinations conspirent (4), ne

( t ) Cette lettre est arrivée trop tard pour être insérée à la place que Ini assignait sa date.

( 1 ) Le Saint logeait sans donte au châteaa de Vanchy quand il écrivit ce billet. Le gentilhomme auquel il le confia, pourrait être Tun des fils de son hôte, M. de Ballon. (Voir ci-dessus, note (1), p. 139.)

(}) V m heureuse alliance » dont il est ici question, doit être le mariage de Victor'Amédée, prince de Piémont, avec Elisabeth de France (cf. ci-dessus, note (1), p. 317). Ce mariage, agréé de Henri IV, fut ajourné par la mort du roi et à cause des guerres qui occupèrent les deux pays. En 1619, Elisabeth était mariée au futur roi d'Espagne; Victor-Amédée épousa alors Christine de France, deuxième fille de Henri IV.

(4) Henri IV avait en beaucoup à se plaindre du roi d*£spagne, et, comme il récrivait le 10 novembre 1603, « des mauvaises practiques » qu'il avait faites pour exciter des troubles en son royaume. D'autre part, Charles- Emmanuel, qui avait épousé Tinfante Catherine, Tune des filles de Philippe II| « enrageant de despit de ce que son bon beau-père ne luy avoit laissé pour supplément du partage de sa femme, qu'un crucifix et l'image de la Vierge, » n'était pas moins irrité contre Philippe III son beau-frère, dont il n'avait pu obtenir davantage. Unissant leurs rancunes, le duc de Savoie et Henri IV conclurent à Brussol, le 35 avril i6ro, par l'intervention de BuUion et de Lesdiguières» un traité par lequel ils s'engageaient dans une guêtre

Année i6io 399

me sert de nouvel empeschement. Dieu en face selon sa plus grande gloire et vous veuille de plus en plus prospérer, avec madame vostre chère partie et toute vostre famille, jusques a vostre petit nouveau né Anthoyne ( O, au nom duquel je porte des-ja bien de l'affection pour estre le nom du père, auquel je suis si absolument, Monsieur,

Très humble et très affectionné serviteur.

Franc", E. de Genève.

A Avanchy, le 8 may 16 10.

Monsieur de Charmoysi triomphe tous-jours au mespris de la cour (^) et m'est ad vis que nous aurons de la peyne de luy en faire reprendre le goust.

A Monsieur Monsieur des Hayes, Maistre d'hostel de S. M., Gouverneur et Baillif de Montargis.

Revu sur rAutographe communiqué par M. Robert de Courcel, Archives du Port Courcel, à Vigneux (Seine-et-Oi$e).

offensive et défensive contre TEspagne. Le but était la conquête du Milanais, qui serait échu à Charles-Emmanuel, tandis qu'il aurait cédé la Savoie à la France. Le roi avait su gagner à sa cause les Vénitiens, le grand-duc de Florence, le Pape, les princes et les républiques secondaires. (D'après Poirson, Hisi. du règne de Henri IV ^ 1866, tome IV, liv. VIII, chap. 11.)

Le 8 mai 1610, le Saint pouvait croire prochaine cette guerre à laquelle « tant dUnclinations n conspiraient. Six jours après, Henri IV mourait assassiné. « Par cette déplorable mort, » dit Guichenon (Hist, génial, de la royale Maison de Savoie^ tome II, chap. xxxvi), « le Duc se vit éloigné de ses espérances, exposé à la haine des Espagnols et sur le point de voir la guerre en son pays. »

( I ) Cet enfant dut mourir tout jeune, car les fils de des Hayes ne portent pas le nom d'Antoine, ou bien le nouveau-né de 1610 a-t-il cessé de le porter plus tard.

(a) Cf. ci-dessus, note (4), p. 176.

40O Lettres de saint François de Sales

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