‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 2 sur 44 · ILE · texte numérisé non relu

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Mais les réformes sociales de Louis IX excitèrent le blâme et provoquérent l'opposition d’une classe de mécontents dont les armes étaient plus dangereuses que celles des châtelains et des chevaliers. Les prélats, se croyant soumis exclusivement à la juridiction pontificale, avaient la prétention de placer la justice ecclésiastique audessus de celle des Barons et au-dessus même de celle du Roi.

Les bourgeois de Reims avaient été frappés d’excommunication pour avoir voulu porter devant le monarque des griefs qu'ils articulaient contre leur archevêque. Cet abus des foudres spirituelles dans les conflits temporels s'était tellement multiplié et enraciné que les seigneurs

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laïques ne pouvaient y échapper à chacune de leurs contestations avec des clercs. Las d’être ainsi menacés d’interdit à tout instant, faute de reconnaitre la supériorité des tribunaux ecclésiastiques, et tenant, d’autre part, à user le moins possible du recours à la suprématie royale, méconnue - trop souvent par le clergé, la plupart des grands vassaux s’adresséèrent directement au Saint-Siége et lui demandèrent d’exhorter ou même de contraindre l’épiscopat à respecter les droits souverains de leur justice seigneuriale, et à ne pas troubler incessamment la conscience des PR de leurs domaines.

Le roi, informé de cette démarche desseigneurs laiques, aurait pu se montrer blessé de ce que ses vassaux semblaient décliner son intervention ; il préféra, malgré sa vive et profonde piété, prévenir la décision du pape et se prononcer formellement contre les prétentions du clergé. Les évêques pourtant n'avaient pas négligé de le circonvemir pour le disposer en leur faveur et le rendre hostile aux Barons. « Je vy une journée, dit Joinville, que tous les prélats de France se trouverent à Paris, pour parler au bon saint Loyset lui faire une requeste... Ce fut l'évêque Guy d’Auscure qui commença à dire au roi, parle

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commun accord de tous les autres prélats : Siré, sachez que tous ces prélats qui cy sont en votre présence me font dire que vous léssez périr toute la chrétiéneté et qu'elle se perd entre vos mains... Pourtant, sire, ils vous requièrent {ous à une voix pour Dieu, qu'il vous plaise commander à tous vos baïllis, prévots et autres administrateurs de justice, que, où 1] sera trouvé aucun en votre royaume, qui aura esté an et jour continuellement excommunié, qu'ils le contraignent à se faire absoudre par la prinse de ses biens. — Et le saint roy répondit que très-volontiers le commanderait de faire de ceulx qu'on trouveraitestre torçonnés à l’église. — Et l’évêque dit qu'il ne leur appartenait à cognoistre de leurs causes. — Et à ce répondit le bon roy, qu'il ne le ferait autrement, et disait que ce serait contre Dieu et raison qu'il fist contraindre à soy faire absoudre ceulx à qui les clercs feraient tort, et qu'ils ne füssent oïz en leur bon droit. »

Quoique bien jeune encore et dévot, Louis IX avait sa conviction bien formée et sa résolution fermement arrêtée à cet égard. Dans une assemblee des Barons, tenue à Saint-Denis, en 1235, il défendit aux laïcs de reconnaître la compétence des tribunaux ecclésiastiques en matière civile, et

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ilordonna de plus que si les clercs continuaient d’abuser des armes de l’église, des censures, des excommunications et des interdits, 1ls seraient contraints de les lever par la saisie de leur temporel. Louis [X avait déjà recouru à cette mesure extrême contre l’évêque de Beauvais et l’archevêque de Rouen: « Anno 1227, rex per confilium baronum suorum. confiscavit omnes archiepiscopi possessionnes seculares. » (Gallia christiana, XI, 61.) « Anno 1233, : saisivit dominus rex reqalia domini Rotomagensis archiepiscopi. » (., 68.)

Grégoire IX occupait alors le trône pontlical. Il professait, comme Innocent III et tant d’autres de ses prédécesseurs, que la suprématie spirituelle des papes impliquait la subordination temporelle des rois. Irrité de reconnaître dans le royaume très-chrétien et chez le fils ainé de l’Église une négation si formelle et si hardie de sa toute-puissance universelle, qu’il croyait ap-. partenir sans conteste au Saint-Siége par inves-

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titure divine, 1l maintint rigoureusement tous les anathèmes lancés par le chef de l’église gallicane, et menaça de frapper d’excommunication à leur tour, et le roi et le peuple français, si l'ordonnance relative aux tribunaux et aux censures ecclésiastiques n'était pas promptement abrogée.

Louis IX était ardent, sévère et inébranlable dans son catholicisme. Il avait pris au sérieux le mot de sa mère, et 1l aurait préféré la mort au péché. Mais la ferveur et l’austérité religieuse s’alliaient en lui à la fermeté et à l'énergie politique. Süûr de sa foi, 1l était d'autant moins disposé à céder aux exigences illégitimes de l’auto- rité spirituelle, qu'il lui était plus soumis et plus dévoué quand elle restait dans les limites de l’ordre divin et qu’elle se manifestait par la sasesse et par la justice. Îl croyait sincèrement au Dieu des chrétiens, au Dieu pur esprit, au Dieu dont le royaume n'était pas de ce monde, et, après avoir rendu pleinement à Dieu ce qui était à Dieu, il entendait faire rendre à César ce qui appartenait à César. Spiritualiste conséquent autant que fervent, 1l regardait Ja papauté comme détournée de sa sainte voie lorsqu'elle se jetait à la poursuite de la domination temporelle. Pour

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