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les hommes, au profit desquels il se trouvait établi, ne fissent que commencer à sentir toute la valeur de ce privilége de la conquête, à entrer en jouissance enfin de l’ExPLOITATION de leurs semblables.
Indépendamment de cette possession acquise, la guerre avait encore une raison de fait dans les désordres, dans les révoltes qui s’élevaient à chaque instant dans le sein de l'empire, et qui nécessitaient incessamment l'emploi de la violence, le retour aux passions haineuses et brutales. L’empire romain enfin ne comprenait pas le monde entier ; sa vertu d’envahissement était venue expirer aux frontières de peuples barbares qui l’entouraient de toutes parts, el ces peuples le menaçaient à leur tour. |
La guerre, encore qu'elle fût détruite dans son |
principe, pour la partie la plus avancée de l'hu-
manité, devait donc longtemps encore exercer une grande influence sur le sort des sociétés. Cette situation fut profondément sentie par Île fondateur du christianisme, qui, renonçant à voir sa loi devenir celle des sociétés politiques, ne la présenta que comme une Lot 2adividuelle dont l'accomplissement ne devail pas avoir de but sur la verre.
Cette vue, par laquelle le christianisme se
trouvait exclu de la tâche d'organiser la famille
humaine dont il venait proclamer l'existence, fut exprimée dans ces paroles célèbres, qui ont été depuis si fréquemment et presque toujours si mesquinement invoquées : RENDEZ À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR, ET À DIEU cE QuI EST À Dieu. — MoN ROYAUME N’EST PAS DE CE MONDE. Tout l’avenir du christianisme se trouva renfermé et
prophétisé dans ce peu de mots, et le moyen
âge, dans le fait le plus général que présente son institution, la division du pouvoir en spirituel et en temporel, n'a été que l'application de la pensée qu'ils exprimaient. Le christia-
nisme, sans doute, ne devait pas rester aussi.
étranger à la terre, à la destinée sociale de l'homme, à l’ordre politique, que l’ont prétendu, dans les trois dermiers siècles, la plupart de ceux qui ont entrepris de déterminer le sens des paroles que nous venons de rapporter; sa tendance, au contraire, devait être d’envahir les
sociétés; cependant les limites de son envahis-
sement étaient irrévocablement posées par ces paroles ; tout ce qu’il pouvait prétendre était de partager la puissance, d'élever un trône à côté de celui de César, de fonder une église en pré-
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DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE 191 sence des états. Ce but qui a été atteint par la division des pouvoirs dont nous parlions à l'instant, ne devait point être pour le christianisme une conquête facile; ce n’est qu'après plusieurs siècles de vicissitudes et de luttes qu'elle a été accomplie. Nous aurons à suivre ces luttes, ces vicissitudes; à rechercher, dans le débat qui sest passé entre les deux principes qui se trouvaient en présence, quel a été le caractère de chacun d’eux, quels sont les faits qui se rattachent à l’action de l’un et de l’autre ; quelles relations, quel pacte se sont établis entre eux ; quelle a été leur influence réciproque, et dans quelle situation leur double action, parvenue à son terme, a placé les sociétés. Cel examen, quelque succinct qu'il devra être, car notre objet ici n’est point de faire un cours d'histoire, comporte pourtant un assez grand nombre de détails. Nous n’y entrerons pas aujourd'hui; il nous mè:nerait trop loin. Nous commencerons à nous en occuper dans notre prochaine réunion.
En attendant, Messieurs, nous appelons votre attention, vos méditations, sur ce fait si longtemps méconnu, savoir : que la division du pouvoir en spirituel et temporel, division qui a été si souvent controversée, et dont 1l a toujours
été impossible jusqu'ici de fixer les termes, ne correspond pas, comme souvent on a paru le croire, à une distribution naturelle de travail, à une sorte de dualisme primitif et invariable que présenterait l'existence de l'homme. S'il en avait été ainsi, nous aurions dû voir l’harmonie s'établir entre les deux puissances, car il aurait élé possible alors de fixer nettement les limites de leurs domaines respectifs; or, c'est ce qui n’est point arrivé. La raison en est simple : c'est que celte division des pouvoirs n’était autre chose que le résultat, l'expression de l'existence de deux sociétés qui se trouvaient en présence, et dont les destinées, dont les tendances étaient opposées : l’une qui pratiquait la loi nouvelle de Dieu, la fraternité universelle, la paix; l'autre qui continuait à suivre l'impulsion de César, personnification de la violence, de: la haine, de là GUERRE.
Ce rapprochement pourrait suilire pour caractériser les deux sociétés. Il est évident que la première était progressive ; qu’elle renfermait dans son sein le germe de l'avenir, tandis que la seconde, au contraire, manifestait un fait rétrograde et destiné à périr.
Ce partage de la puissance et des hommes,
la lutte, l’opposition qui en ont été le résultat, ont aujourd'hui perdu leur raison; nous touchons à une époque où l'unité, l'harmonie vont s'établir entre toutes les tendances de l’homme, et où, par conséquent, 1l n'y aura plus qu’une société et qu'un pouvoir; en nous servant un moment de la langue chrétienne nous pourrions dire que la loi de César est arrivée à son terme; qu’elle va disparaître pour faire place à la loi de Dieu, dont le règne, enfin, doit arriver sur 1a terre. Nous montrerons bientôt comment le christianisme, qui a préparé celte grande révolution, est impuissant pour l’accomplir.