‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 29 sur 44 · DU POUVOIR SPIRITUEL ET DU POUVOIR TEMPOREL · texte numérisé non relu

DU POUVOIR SPIRITUEL ET DU POUVOIR TEMPOREL

PROGRÈS DE LA PUISSANCE DES ÉVÊQUES DE ROME. — TÉMOI- GNAGE DE LEUR CONSTANTE SUPRÉMATIE, =— SES CAUSES. — GRÉGOIRE VII. — FONDATION DE LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIAS- TIQUE, DE LA PAPAUTÉ. — CARACTÉRISATION DE LA SOCIÉTÉ TEMPORELLE ET SPIRITUELLE DE LA SOCIÉTÉ, == EXPLICATION DE LEUR OPPOSITION.

MESSIEURS

La position de l’évêque de Rome à l'égard des autres évêques, durant les premiers siècles de l’Église, a donné lieu à deux opinions contradictoires. Si l’on en croit les défenseurs de la papauté, le pontlife romain se trouvait, dès l'origine, en possession de toute la puissance que nous le voyons exercer plus tard, par exemple, au douzième siècle. Suivant les adversaires de cette grande institution, au contraire, ce pontife, pendant un long espace de temps, n'aurait joui dans l'Église d'aucune distinction, d’aucune prééminence. Ni l’une ni l’autre de ces opinions n’est évidemment recevable. La loi de développement imposée à toutes les institutions, et prin-

cipalement aux grandes institutions, ne permet point d'admettre la première ; et, quant à la seconde, indépendamment de ce qu'il serait im- | possible de concevoir l’autorité prodigieuse que l'Église romaine a exercée, et si l’on n'admettait pas que. dès l’origine, le germe de cette autorité avait été déposé dans son sein, une foule de faits viennent encore la démentir.

Ainsi, dès le deuxième siècle du christianisme, on voit les évêque de Rome étendre leur solhcitude à toutes les églises existantes, et s’efforcer

d'établir entre elles l'unité de doctrine et de | pratiques. Les chrétiens d'Asie ne s’accordaient point avec ceux d'Europe sur le temps de la célébration de la Pâque. Le pape Victor engage avec eux, à Ce sujet, une correspondance dans laquelle il essaye de les amener à la coutume de l'Église romaine, et ne pouvant y parvenir, il les frappe d'excommunication. Au troisième siècle, saint Cyprien, évêque de Carthage el métropolitain de toutes les églises d'Afrique, proclame formellement la prééminence du siége de Rome sur tous les autres, et reconnaît que ce siége est la source de l’épiscopat. Au quatrième siècle, le pape Anastase dit, en parlant de tous les peuples chrétiens : Mes peuples; et

appelle toutes les églises chrétiennes des membres de son propre corps. Peut-être dira-t-on que ce nest là, de la part de ce pontife, qu’une prétention qui ne saurait constituer un droit ; mais cette prétention, apparemment, devait avoir quelque fondement, ét ce qui le prouve, c’est qu'on chercherait vainement, à quelque époque que ce soit, un autre évêque qui en élevât de semblables.

Au surplus, à dater de ce siècle, les faits viennent en foule attester cette prééminence de l’évêque de Rome. Dans le cours des débats de l’arianisme, on voit les prélats orientaux, dépossédés el proscrits pour avoir soutenu la cause de l'orthodoxie, se réfugier à Rome, en appeler au pape des condamnations qui les avaient frappés, et recevoir de lui leur réhabilitation. Or, parmi ces prélats, se trouvait le patriarche d'Alexandrie, c’est-à-dire le chef de l’une des églises considérées comme primitives et apostoliques. Le témoignage de l'historien ecclésiastique ! qui, au cinquième siècle, rapporte ce fait, mérite d’être recueilli : 1} dit, à cette occasion, que le soin de veiller sur toutes les églises ap-

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