DOGME CHRÉTIEN
ANATHÈME CONTRE LA MATIÈRE. — INFLUENCE DE CET ANATHÈME SUR LES BEAUX-ARTS, LA SCIENCE ET L'INDUSTRIE. MESSIEURS,
Au commencement de cette exposition, nous avons dit que l'humanité s’acheminait vers un état de choses où la distinction établie aujour-
d'hui entre l’ordre religieux et l’ordre politique disparaîtrait, et où tous les homuwes, ne formant plus qu’une seule société, ne reconnaîtraient plus qu'un seul pouvoir. Pour justifier cette prévision, qui se rattache à une CONCEPTION RELIGIEUSE nouvelle, nous avons dû revenir sur le passé, et particulièrement sur la dernière époque organique qui, naturellement aujourd'hui, doit le plus préoccuper les esprits qui cherchent à établir un lien entre le passé et l'avenir. En vous rappelant sommairement les faits qui se rapportent à la lutte que l’on voit régner pendant tout le cours de cette époque, entre la société religieuse et la société politique, et qui viennent aboutir, dans le moyen âge, à la division du pouvoir en spirituel et temporel, notre but a été de vous montrer les véritables causes de cette division, son utilité, et son caractère nécessairement provisoire, ou plutôt transitoire.
De tout ce que nous avons dit dans ce but, une impression sans doute vous sera restée; c'est la prédilection que nous avons témoignée pour l'institution catholique, ce sont les elforts que nous avons faits pour justifier ce qui, dans cette institution, à été si généralement condamné dans le cours des trois derniers siècles. Deux consi-
dérations principales devaient naturellement nous placer à ce point de vue: l’une, qui était de vous mettre sur la voie de comprendre le progrès nouveau auquel l'humanité est appelée, et qui se rattache principalement à celui que le catholicisme lui a fait faire; l’autre, de justifier l’idée fondamentale de la doctrine de Saint-Simon, en mettant en évidence, dans le développement du christianisme, la Lor providentielle du PRoGRÈS donnée à l'humarité, loi qui se trouverait nécessairement infirmée si l’on ne pouvait faire sentir ou démontrer qu’une doctrine qui, pendantquinze siècles, a régné sur les esprits, a été progressive, aussi bien que l'institution qui l'a réalisée.
En nous eflorçant ainsi, et par ces motifs, de réhabilitér le catholicisme, quant à l'influence qu'il a exercée sur les sociétés pendant tout le Lemps de sa plénitude et de sa vigueur, nous n'avons pas prétendu ramener à cette doctrine les intelligences et les cœurs qui s'en sont éloignés. Le catholicisme, c’est-à-dire, en définitive, le christianisme parvenu au plus haut degré de développement et de perfection auquel il pouvait atteindre, a pour jamais accompli sa destination. Rendons undernier hommage à ce grand système : c'est Jui qui a brisé les chaînes de lesclave ; c’est
268 EXPOSITION lui qui a tiré la femme de l’état d’abaissement auquel le. règne exclusif de la force l'avait condamnée : c'est lui qui nous à révélé l’aspect spirituel de notre nature et qui nous a appris à nous soumettre à l’autorité d’une loi purement morale ; c’est luiqui, du cercle étroit, de la sphère inférieure de la famille et de la patrie, a étendu, a élevé nos sympathies jusqu’à la fraternité universelle. | Mais, après avoir payé au catholicisme ce dernier tribut d'amour et d’admiration, tournons nos regards vers l'avenir, aux portes duquel il nous a conduits sans pouvoir nous les faire franchir ; et que désormais son seul titre à notre reconnaissance soit de nous avoir préparés à cet avenir, de nous avoir mis en état de désirer et de concevoir la RELIGION NOUVELLE qui Va nous le révéler. ; Dans notre dernière réunion, nous avons dit que si le catholicisme, malgré le caractère progressif dont il était revêtu, n’était point parvenu à détruire la société militaire, à soumettre à sa loi l'ordre politique tout entier, c’est qu'il avait laissé en dehers de sa sanctification une des manières d’être importantes de l'existence humaine, la manière d'être matérielle, qu'il n'avait com-
prise dans son dogme que pour la frapper d’anathème. C’est de ce point de vue que nous avons ajourd'hui à considérer le christianisme, dans le but de montrer, dès à présent, et d'une manière directe, le progrès le plus important que la conception réligieuse de l’avenir doit présenter par rapport à celle qui vient de finir, le progrès social le plus important, par conséquent, que l'huma- ‘ nité ait à faire.
En avançant précédemment que la division des pouvoirs, établie au moyen âge, avait pour origine directe ces paroles célèbres : Mon royaume n’est pas de ce monde, rendez à César ce qui est à Cesar et à Dieu ce qui est à Dreu, nous avons ajouté que ces paroles elles -mêmes, indépendamment de la justification qu’elles pouvalent recevoir de l’état dans lequel se trouvait le monde à l’époque où elles furent prononcées, avaient une raison plus profonde encore dans le dogme théologique de la chute des anges, du péché originel, de l'élection et de la réprobation, du paradis et de l'enfer.
Habitués, comme nous le sommes par la philosophie critique, à rire de ces croyances, à ne les considérer que comme des aberrations de l'esprit humain, que comme des hors-d'œuvre
270 EXPOSITION en quelque sorte, qui apparaissent au milieu des | produits plus sérieux de son activité, nous devons avoir peine à comprendre qu'elles aient pu avoir quelques relations avec le sort des sociétés : et cependant c'est d'elles seules que l'époque où elles ont régné reçoit sa physionomie et son caractère; c'est par elles que l’on peut s'expliquer là nature de la loi MORALE qui signala cette époque, et l’état dans lequel s'y trouvèrent la science et l’industrie,
Peu de mots suiliront pour rendre le sérieux à ces croyances, pour faire comprendre l'influence qu'elles ont eue sur les destinées de l'humanité, pour montrer que leur règne est fini, comme celui de l’ordre social qui les a réfléchies, et pour indiquer enfin celles qui doivent prendre leur place.
Dans tout le passé, nous trouvons. établi, comme conception fondamentale de l’esprit humain, le dogme de deux principes, l’un auteur de tout 81e, l’autre de tout mac. Le fétichisme, dans les êtres, dans les formes de la nature qu'il personnmifie et déifie, en reconnait de favorables et d'ennemis. Le polythéisme a eu ses dieux mauvais où infernaux, et la guerre des Titans contre Jupiter atteste assez, dans cette théogo-
DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE oz nie, l'existence des deux principes. L’antique théologie orientale, plus savante que les autres, nous présente le bien et le mal dans deux personnifications principales. Enfin, dès les premières pages de la Genèse, on voit le principe du mal,. dont l’histoire n'est pas donnée, apparaitre pour corrompre l'ouvrage de la divinité, pour séduire l’homme, pour le faire déchoir et devenir ainsi dans le monde la cause du péché et de la mort.
Le christianisme n’a point échappé à ce dualisme primitif, qui, du point de vue où nous sommes placés en ce moment, et par rapport à l'avenir, constitue sans contredit son aspect le plus important. Et cependant, nous devons nous hâter de le dire, le christianisme présente, à cet égard, un progrès immense sur toutes les théologies qui l'ont précédé. Dans celles-ci, en effet, le bien et le mal apparaissent comme état coËTER- NELS ; lechristianisme a mis fin à cette croyance. En présence des hérésies des gnostiques, et particulièrement de celles des manichéens, qui donnaient pour base à la religion nouvelle les traditions orientales sur les deux principes, les Pères de l’Église ont établi ce dogme: Qu'un Dreu bon avail seul existé de toute éternité;
que les démons avaient été bons dans l'origine, et n'étaient devenus mauvais que par suile de leur révolte; que l’homme aussi avait été créé dans l’état d'innocence, et n’était déchu de cet état que pour avoir cédé, en faisant usage du libre arbitre qui lui avait été donné, aux séductions des anges tombés.
Toutefois, quelque grand que soit ce progrès, si on le considère comme devant servir de préparation à celui qui reste à faire sous ce rapport, ses conséquences sur le christianisme luimême, sur l’ordre moral créé par lui, et sur la destinée sociale de la portion de l’humanité soumise à sa loi, ne se firent que faiblement sentir. En effet, par le dogme de la chute des anges et de celle de l’homme, les chrétiens, comme les manichéens, admettaient que le bien et le mal se trouvaient mélés, confondus dans le monde : que l’homme, durant sa vie terrestre, était sans cesse attiré, sollicité par deux principes contraires qui, à un jour suprême, celui du jugement dernier, devaient se partager l'espèce humaine pour l'éternité ; ce qui se trouva clairement exprimé par le dogme de l'élection et de la réprobation, du paradis et de l'enfer. | Le christianisme estdonc encore profondément
empreint du dogme antique et primitif des deux principes, c'est-à-dire de l’ANTAGONISME UNIVERSEL. Mais ce qu'il nous importe surtout de considérer ici, c’est la caractérisation qu'ila donnée du mal, c'est la source qu'il lui a assignée. L'Église, sans doute, admet bien que, par le péché originel, l’homme a été à la fois frappé de déchéance dans son esprit et dans sa chair; mais dans l’élaboration successive de ce dogme, on la voit peu à peu oublier la déchéance de l’esprit, ou au moins la tenir dans l'ombre, pour mettre de plus en plus en saillie la déchéance de la chair et sa corruption, à laquelle elle finit par rapporter à peu près tout le mal: La cHAIR, C’EST LE PÉGHÉ, a dit saint Paul; toute la doctrine de l'Église, sur le mal et sa source, se trouve en quelque sorte renfermée dans ce peu de mots.
Au surplus, pour vous convaincre que telle fut la pensée dominante de l'Église à cet égard, il vous suffira d'en appeler à vos souvenirs : vous verrez que la plupart de ses prescriptions MORA- LES ont pour objet de réprimer, nous dirions presque d’anéantir chez l’homme les appétits, les besoins matériels ; que si elle ne considère pas les privations, les souffrances physiques, qu'elle prescrit ou recommande, comme les
seuls moyens de mériter aux yeux de Dieu, elle les regarde au moins comme indispensables dans ce but, tandis qu’elle présente sans cesse les jouissances de cet ordre comme constituant /oujours un obstacle au salut.
Ouvrez les livres qui renferment ses enseignements et ses contemplations, vous y verrez que les pensées spirituelles y sont constamment opposées aux-pensées charnelles, comme on opposerait le bien au mal, et que si, selon la doctrine de l'Église, l’homme peut quelquefois combattre le démon, en réprimant les élans de son esprit, ille combat foujours, lorsqu'il réprime les impulsions de sa chaïr.
Parmi les dogmes du christianisme, parmi les commentaires que l'Église en a donnés, les applications qu’elle en a faites, on pourrait en citer, il est vrai, qui paraissent contradictoires à ce que nous venons d'avancer, et notamment le dogme capital de l’INcARNATION du Verbe, et celui de la résurrection des corps; la sanctification donnée au mariage, et, enfin, l'attention qu'a toujours eue l'Eglise, en prescrivant, à certaines époques, l'abstinence de la chair des animaux, de déclarer que ce n'était point parce que cette espèce de nourriture était impure
qu'elle en ordonnait labstinence, mais seulement dans un but de pénitence et de mortification.
Mais il ne faut point oublier que l'Église se trouvait en présence d'hérésies nombreuses et puissantes, qui regardaient les corps et la matière, en général, comme l'œuvre du principe éternel du mal; que pour repousser ce dogme, elle se trouvait forcée de réhabiliter, jusqu’à un certain point, l'ordre matériel, et qu’enfin, sans quelques concessions de cette nature, l'humanité lui aurait entièrement échappé.
Que l'on examine, d’ailleurs, les dogmes, les concessions dont nous venons de parler, et on les trouvera tout empreints de l’anathème porté sur la matière.
Le Verbe s'est fait chair, ‘mais c'est pour expier les crimes des hommes; et la chair qu'il revêt, qu'est-elle autre chose, en effet, dans toute la vie du Christ, qu’un symbole de pauvreté et de souffrance, qu’un précepte vivant donné à l’homme de mépriser son corps, s’il veut trouver gräce devant Dieu? Et, ce qu'il faut bien remarquer ici, c’est que, si Dieu se fait chair, la chair pourtant ne se confond point en Dieu, ce qui, dans ce dogme, est assez atteslé
par la distinction qui s’y trouve établie avec tant de soin, des deux natures, des deux opérations, des deux volontés du Christ.
L'Église admet la résurrection des corps pour la vie future et leur perpétuité dans cette vie; mais, dans le séjour des justes, dans celui des récompenses, dans le paradis, enfin, elle ne peut parvenir à se figurer leur activité, et ce n’est que dans l'enfer, où ils doivent souffrir, quelle leur concoit une destination.
Elle sanctifie le mariage ; mais elle le regarde toujours pourtant comme un état inlérieur, et cela, non pas parce qu'il tend à rétrécir les affections de ceux qui y sont engagés, mais à cause du lien charnel qu’il établit entre eux. Ge qui est évident, puisqu'en plaçant le célibat au-dessus du mariage, elle ne fait dépendre, d’une manière nécessaire au moins, la perfection qu’elle attribue à cet état, de l’accomplissement d’aucune fonction sociale : et que nous trouvons, en eflet, que la plupart de ceux qu’elle nous présente comme ayant mérIlé, SOUS ce rapport, ont PERee leur vie dans la solitude.
Enfin, il est peu important que l'Église ait pris soin ‘d'établir qu’elle ne regardait point
comme impure la chair des animaux, puisqu'en prescrivant l'abstinence, son but avoué était de mortifier la chair de ceux qu'elle soumettait à cette loi. Eh! pourquoi aurait-elle voulu la mortlfication de la chair, si elle ne l'avait jugée impure ? |
Parcourez tous les monuments que nous a laissés le christianisme, et partout vous ylirez la réprobation de la matière ; partout vous y verrez, malgré quelques inconséquences, quelques suhtilités, qu'en définitive, dans l'esprit de cette doctrine, l'ordre matériel constitue, à proprement parler, l'empire du démon, celui du mal. Rappelez-vous, par exemple, cette parabole historique de l'Évangile, dans laquelle le démon, voulant séduire le Christ, lui promet de lui donner les villes, les royaumes, les empires, et toutes leurs richesses, et vous y trouverez cette pensée clairement exprimée.
Toute l’aversion de l'Église chrétienne pour la matière, tous les anathèmes dont elle l’a frappée, se trouvent enfin résumés dans la manière dont elle a conçu Dieu, type de toute perfection et qui, suivant elle, à ce titre, n’est et ne peut être qu’un pur esprit, d'où elle a naturellement tiré cette conclusion, que ce n'est que par l’es-
prit que l’homme peut entrer en rapport avec Dieu et mériter devant lui.
Voilà, messieurs, la raison profonde de ces paroles : Mon royaume n’est pas de ce monde... Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Voilà la raison profonde de la séparation qui s’est établie au moyen âge, entre l'Église et l'Etat, de la division des pouvoirs qui a exprimé cette Séparation; voilà pourquoi, enfin, le règne de César, encore qu'il fût déshérité de la religion, à pu se maintenir, et jusqu'ici méme conserver une existence légitimé, puis= que lui seul a pu ouvrir une carrière et donner une loi au déploiement de l'activité matérielle de l'homme.
Jetons les yeux sur la carrière que l'Eglise a parcourue dans le temps dé sa splendeur, et nous verrons, en effet, que tout ce qui appartient à l’ordre matériel a été abandonné par elle.
Elle a contemplé la vre dans l’homme et dans Dieu, et ses contemplatious, elle les a produites dans une poésie sublime qui à initié l'humanité à une existence nouvelle ; mais comme elle n’a aimé que l'esprit, c'est l'esprit seul qu’elle à ANIMÉ et chanté. Dans le cours du moyen âge, la ma-
lière aussi a eu sa poésie, mais c'est en dehors de l'Eglise, de sa foi, de ses inspirations, et, par conséquent, sous le poids de ses anathèmes, que cette poésie a pris naissance et s’est développée.
L'activité scientifique de l'Eglise est assez attestée par les nombreux et importants travaux qu’elle nous a laissés. Mais presque tous ces travaux, soit qu'ils aient pour objet Dieu et ses attributs, soit qu'ils traitent de l’homme et de ses facultés, de ses relations avec Dieu et avec ses semblables, se rapportent exclusivement à une seule science, celle de l'esprit. Les cloîtres, il est vrai, furent pendant longtemps les seuls dépositaires des sciences physiques, el ces . sciences ne restèrent point absolument sans culture dans leur sein. Mais ils n’avaient point été institués pour les cultiver, et ce ne fut en conséquence qu'accidentellement, exceptionnellement, que quelques moines s’en occupèrent; aussi voyons-nous que, dans leurs mains, elles restèrent à peu près stationnaires, et qu’elles ne sedéveloppèrent avec éclat et rapidité, que lorsque, le christianisme étant arrivé à son déclin, elles passèrent dans les mains des /aïques. Or J'effroi que l'Eglise témoigna en leur voyant
prendre cet accroissement montre assez combien son dogme était peu propre à les comprendre, et à favoriser leur progrès.
Quant à l’activité matérielle, il était naturel, en tant que cette activité était militaire, que l'Eglise y restät étrangère, puisque son dogme la condamnait formellement, et que la mission principale qui lui avait été donnée était d'y mettre un terme; mais on ne la voit pas prendre une plus grande part aux travaux matériels de l’ordre pacifique. On doit bien reconnaître, sans doute, qu’en subalternisant toujours de plus en plus l’élément militaire, en réprimant les habitudes violentes, en développant graduellement les mœurs pacifiques, elle a puissamment contribué aux progrès de l’industrie; mais son action, sous ce rapport, n’a été qu'indirecte. La célèbre maxime : Qui travaille prie, semble, il est vrai, l’associer, d'une manière plus intime, aux travaux de cet ordre, et en renfermer une sorte de sanctification; mais si on se rappelle qu'elle regardait le {ravarl comme un chätiment imposé à l’homme, et si l'on réfléchit, en même temps, aux conditions pénibles auxquelles il était soumis alors, il sera permis de penser que c'était surtout en raison de sa vertu expia-
DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE 281 toire qu'elie le considérait comme un moyen de salut.
Au surplus, la maxime dont nous venons de parler se trouvait neutralisée par une foule d’autres maximes bien plus impératives, et qui, mettant la pauvreté, les privations physiques, au premier rang des vertus, tendaient, non-seulement à enlever tout mobile à l'industrie, mais encore même à faire considérer son développement comme implie.
Ge qu'il y a de certain, c’est que l'Eglise ne s’est point donné pour tâche de présider à l’activité industrielle, et que, jusqu'à un certain point, l'accroissement qu’a pris cette activité a été en contradiction avec la morale chrétienne.
C'est ainsi que l'élément matériel, exprimé à la fois par la POÉSIE, par la science, par l’industrie, s'est élevé, et peu à peu, s’est organisé en dehors de l'Eglise et de sa loi, jusqu’au moment où, arrivé à un certain degré de puissance, il est devenu la négation du dogme chrétien qui l'avait repoussé, et le point d'appui de toutes les attaques dirigées contre ce dogme.
Lorsque le christianisme apparut, l’ordre matériel tout entier était réglé par la violence et
pour elle. La chair alors était la chair selon César; elle était devenue impie et devait périr. L'Eglise a été chargée d’exécuter la sentencé portée contre elle; mais elle n’a pu y parvenir qu’en la condamnant d’une manière absolue et sans réserve. Aussi, lorsque le temps fut venu où, par suite de ses efforts, la matière dut être sanctifiée, parce qu'elle était préparée pour une destination nouvelle, l'Eglise se trouva incapable de comprendre ce progrès et de l'accomplir. Ge fut alors que son autorité fut méconnue et renversée: car elle avait cessé d’être dans la voie providentielle.
L'aspect le PLUS FRAPPANT, le PLUS NEUF, sinon le plus important, du progrès général que l'humanité est AuJourD’Hut appelée à faire, consiste, messieurs, dans la RÉHABILITATION DE LA MATIÈRE, réhabilitation qui ne‘pourra avoir lieu qu'autant qu'une conception religieuse nouvelle aura fait rentrer dans l'ordre providentiel et en Dieu même cet élément, ou plutôt cet aspect de l'existence universelle que le christianisme à frappé de Sa RÉPROBATION.