‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 38 sur 44 · LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE

MEesstŒurs,

Dans la séance précédente, nous avons dit que toute l’activité sociale de l'avenir devait se trouvrer comprise dans trois grands ordres de faits ou de travaux : la RELIGION, ou la MORALE ; la THÉOLOGIE, ou la science ; le cuzTe, ou l’industrie; que la SOCIÉTÉ entière devait étre composé de PRÈTRES, de savants et d’zndustriels. Nous avons maintenant à considérer séparément chacune de ces divisions, de ces classifications, dans le but de déterminer la nature des éléments qu’elles comprennent, le caractère des institutions politiques auxquelles elles doivent donner lieu, les subdivisions principales dont elles sont susceptibles.

Aujourd’hui nous nous occuperons de l'action politique de la RELIGION, c'est-à-dire de la fonction sociale du PRÈTRE; et d’abord nous nous attacherons à justifier le titre auquel doit s’exer: cer cette fonction, la source d’où elle découle.

C'est de l'amour, avons-nous dit, que le PRÈÊTRE reçoit sa mission... C’est donc au SENTI- MENT, C’est aux hommes chez lesquels cette faculté est dominante, que nous attribuons la direction suprême des sociétés : or, dans la disposition actuelle des esprits, il semble que ce seul rapprochement renferme la condamnation des vues que nous présentons, la démonstration de l’imposibilité de leur réalisation. | |

Le sentiment, en effet, est généralement considéré aujourd'hui comme une manière d’être inférieur. Les hommes qui, comparant les temps anciens aux temps modernes, se plaisent à reconnaitre la supériorité des derniers, voient prin- : cipalement la cause de cette supériorité dans la prédominance du raisonnement sur Île SENTI- MENT. Il semble maintenant convenu que le SENTIMENT soit l’attribut de l'enfance de l'humanité, le raisonnement celui de sa virilité ; et journellement on peut entendre opposer l’expérience à l'imagination, le calcul à la sympathie, comme on opposerait la science à l'ignorance, la sagesse à la folie; et ce qu'il y a de caractéristique à cet égard, c'est que communément on croit avoir suffisamment flétri une

340 EXPOSITION conception, une entreprise quelconque, lorsque l'on s’est cru en droit de lui appliquer l’épithète de sentimentale. |

L'’affaiblissement du sentiment, à l’époque où nous vivons, est un fait incontestable; mais celui ‘qui lui correspond n’est pas, comme on pourrait le penser, l'accroissement du raisonnement. Ces deux termes, dans l'opposition où on les met, manquent de rapports ; le fait, le seul fait qui correspond directement à l’affaiblissement du SENTIMENT, C'est la dissolution graduelle des liens sociaux, c'est le progrès de l'ÉGOISME. Bien loin que le raisonnement se soit accru dans la proportion où le sentiment s’est affaibli, il n’a cessé au contraire de décroître avec lui. La sphère de la science n'a jamais été plus large que celle des sympathies, et si l’on peut constater aujourd’hui l'absence de tout SENTIMENT général, on peut constater aussi celle de toute science générale.

Mais, pour relever le sentiment du discrédit où il est tombé, pour lui rendre la place qui lui appartient, pour faire Comprendre qu’ainsi que nous l'avons dit dogmatiquement, en lui est l'unité de la vie, qu’en lui est le principe de toute science et de toute pratique, et qu’à lui par

conséquent doit appartenir la direction des sociétés, il peut suffire d'appeler l’attention sur la manière dont se passe sous les yeux de tous le phénomène de l'activité humaine.

De ces deux manières d’être, raisonner et agir, on peut bien se demander par laquelle l’homme a dû commencer; mais on ne peut raisonnablement se demander si, avant de raisonner ou d'agir, .il a dù DÉSIRER, VOULOIR, C'est-à-dire SENTIR, puisqu'il serait impossible, en faisant abstraction de cette impulsion, de comprendre comment il aurait pu être DÉTERMINÉ ou à connaître où à-agir. | À

Que l’on imagine les théories les plus convaincantes, et l’on verra, en y réfléchissant, que de pareilles /héories ne sauraient renfermer en elles-mêmes aucune raison d’action. Vainement les démonstrations les plus irrésistibles prouveraient-elles qu'en suivant telle ligne déterminée, on doit inévitablement et facilement arriver à tel résultat; pour que ce résultat soit atteint, pour qu'on y tende même, une condition est avant tout nécessaire, le désir de l’atteindre, c’est-àdire, en d’autres termes, l'intervention du sentiment. | , Mais ces théories elles-mêmes, quel sera

leur point de départ? Les attribuera-t-on au désir de connaître, à celui de pénétrer l'ordre établi dans les phénomènes auxquels elles s'appliquent? Mais par cette expression seule de désir, qui se présente ici comme inévitable, on leur aura donné pour source un sentiment, et qui plus est, dans ce cas, un sentimentreligieux. Dira-t-on que l’espérance de la fortune ou de ja puissance a pu suffire pour en déterminer la production? Dans cette hypothèse nouvelle on n'aura fait autre chose que de les rapporter à un sentiment purement égoiste.

Et lorsque aujourd’hui nous disons que le sentiment s’est affaibli, ce n’est que l’affaiblissement des sentiments généreux, Sociaux, religieux, que nous constatons; mais la faculté du sentiment n’a point cessé d’être active, car autrement l'homme aurait cessé d'exister: seulement cette faculté s'est graduellement resserrée dans les sphères toujours de plus en plus étroites, jusqu'au point où elle parait tendre à ne plus se déployer que dans celle de l’égoisme pur; et ce qu’il importe de remarquer en même temps, c’est que les raisonnements el les actes se sont réduits sur les proportions du sentiment, etqu’avec les grandes sympathies ont disparu aussi et

les grandes conceptions scientifiques et les grandes entreprises sociales.

Entre le sentiment égoiste et le sentiment social ou religieux, entre l'amour de soi seulement et l'amour des autres hommes ou de Dieu, entre le désir de s’approprier un objet dépourvu de la faculté sympathique et le désir de s'unir à un être doué de cette faculté, il y a sans doute une différence. notable qui ne porte pas seulement sur l’étendue de la sphère du sentiment, mais sur sa nature même, et il semble que le nom d'appétit serait plus convenablement appliqué aux impulsions de l’égoisme que celui de SENTIMENT. Néanmoins, quelque réelle que soit cette indifférence, quelque importance qu il y ait à la constater du point de vue de la morale, elle est ici sans valeur; en effet, les impulsions de l’égoisme ne procèdent pas d'une autre faculté que les impulsions qui nous portent à associer notre existence à celle

de nos semblables, à celle du monde qui nous

entoure, à l'existence infinie. En substituant au mot qui exprime la nature de cette faculté ceux qui expriment le but de son activité, on se convaincra facilement de l'identité des deux manifestations que nous lui attribuons, et pour en re-

He A EX POSITION

venir à la proposition que nous avons avancée sur le sentiment considéré par rapport au raisonnement ou à l’action, on verra qu’en définitive avant de raisonner où d'agir, il faut DÉSIRER, se PASSIONNER, OU autrement encore, qu'il faut AIMER" OÙ soi, ou /es autres hommes, ou le monde extérieur, OU RELIGIEUSEMENT €e2 DIEU, et /e monde extérieur, et les autres hommes el soi.

DÉSIRER OU AIMER, Connaître et agir, OU agir et connaître, tel est l'ordre dans lequel se déploie l’activité de l’homme. S'il n’a cessé de grandir en savoir, en puissance, C'est que le cercle de ses syMPATHIES n’a cessé de s'étendre, et en jetant les yeux sur la carrière quil a parcourue , il est facile de voir que chacune des grandes époques de ses découvertes dans les sciences, de ses conquêtes sur le monde extérieur, a toujours été précédée d'une EXALTATION DE SES SYMPATHIES.

C'est le SENTIMENT qui RÉVÈLE à l’homme le:

eur vers lequel il doit se diriger, qui lui fait chercher /es lumières à l'aide desquelles il peut y marcher, qui lui fait accomplir /es actes par lesquels il peut l'atteindre; et voilà pourquoi nous disons qu'il est à la fois et la source, et le LIEN,

et la fin de toute sczence et de toute action, qu'il est la vie elle-même dans son UNITÉ.

Mais c'est surtout dans la vie sociale que se

révèle dans toute son étendue la puissance du sentiment, que se témoignent avec éclat ses titres à la suprématie. Que l’on fasse abstraction dans l’homme de la sympathie, de la faculté dont il est doué de souffrir des douleurs de ses semblables, de jouir de leurs joies, en un mot de vivre de leur vie, et il ne sera plus possible de lui concevoir d'existence collective. C’est la sympathie qui crée la société, c'est elle qui la maintient, c'est donc à elle aussi que doit en appartenir la direction.

. Mais, tout en reconnaissant au sentiment la valeur que nous lui attribuons, tout en consentant à voir la société gouvernée par les hommes les plus SYMPATHIQUES, peut-être nous demandera-t-on encore pourquoi ces hommes seraient nécessairement les dépositaires de la RELIGION, ses interprètes.

Nous avons dit dans notre dernière réunion qu'il ne pouvait y avoir de société, de sentiment social, qu'aux époques où l'humanité se concevait une destination, et nous avons ajouté que l'humanité ne pouvait jamais se concevoir de

destination qu'en Dieu. Les hommes les plus sympatiques sont donc aussi les hommes les plus. religieux, les plus près de Dieu; ces hommes, en un mot, ne peuvent donc être que des PRÈÊTRES.

Mais ici s'élève un mot redoutable, un de ces mots, comme déjà nous en avons rencontré plusieurs sur notre route, qui peuvent suffire aujourd'hui pour faire repousser, sans autre examen, toute doctrine à laquelle on se croit en droit d'en faire l'application, et devant lesquels par conséquent il faut s'arrêter dès qu'ils se présentent : ce mot est celui de {héocratie.

En comparant la société chrétienne à celles qui l'ont précédée, on a souvent remarqué, à l'avantage des dernières, de celles mêmes contemporaines fondées par Mahomet, l'unité qu'elles présentent dans leur action, et qui résulte pour elle de l'identité de la loi politique et de la loi religieuse, de la réunion, ou plutôt de la confusion absolue des deux pouvoirs dans les mêmes mains. À ne considérer que d’une manière abstraite les conditions les plus favorables à l'ordre social, cet avantage sans doute est. incontestable. | Ç

Lorsque le CHRISTIANISME apparut, la guerre

avait encore une mission à remplir; pendant longtemps encore elle devait être une nécessité sociale; mais déjà le temps était venu où l’humanité devait se préparer pour un état nouveau d'où l’action militaire serait complétement bannie : le GRISTIANISME a été appelé à opérer cette préparation, et il a rempli la tâche qu'il avait reçue en séparant la religion de la politique, en fondant une société religieuse et pacifique en présence de la société m1l1{aire, qui, dépourvue d’une religion qui lui fût propre, se trouva dès lors sinon soumise, au moins subalternisée.

Nous nous sommes arrêtés assez longtemps à considérer les raisons de cette séparation, pour qu'on ne puisse pas nous accuser de méconnaitre les avantages qu'elle a eus pour l'humanité:

mais, d’après ce que nous avons dit à cet égard, on a dû voir en même temps qu’elle n’était que préparatoire, et que le CHRISTIANISME, sous ce rapport, était destiné seulement à opérer la transition entre tout le passé et tout l'avenir; entre l'unité militaire et l'unité pacifique. Aujourd’hui que le principe de la guerre est détruit, que, grâce au CHRISTIANISME, toutes les facultés de l’homme tendent également à se développer dans une direction pacifique, l'unité qu'il avait rom-

pue pour amener ce résultat doit être rétablie; la société ne doit plus reconnaitre qu’une loi, qu'une autorité, et cette loi et cette autorité doivent être religieuses.

Que si l'on entend par fhéocratie l’état dans lequel la loi politique et la loi religieuse sont identiques, où les chefs de la société sont ceux qui parlent au nom de Dieu, assurément, et nous n hésitons point à le dire, c'est vers une THÉOCRATIE NOUVELLE que l’humanité s’achemine; et cependant ce n'est qu'avec répugnance que nous employons ce mot, car il ne peut servir aujourd’hui qu’à porter le trouble dans les esprits. Tout ce que nous pouvons dire au surplus, si on veut absolument nous l’imposer, c'est que ce n'est ni la fhéocratie de l’Inpe ou de l'Écvete, ni celle de Moïse, ni celle de Mahomet, que nous annonçons, que nous appelons de tous nos vœux, mais bien celle que Saint-Simon a sentie, désirée, conçue; celle qui doit réaliser et maintenir l’AssocraTIoN de tous les hommes sur toute la surface du globe, et dans laquelle chacun Sera placé selon 1a capacité qu'il aura reçue de Dieu, et récompeusé selon ses œuvres.

Maintenant que nous avons justifié les titres

DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE 349 auquels le prêtre est appelé à présider à la direction des sociétés, nous avons à montrer quelle est la nature des fonctions qu’il doit exercer.

L'activité humaine, avons-nous dit, comprend, indépendamment des travaux du PRÊTRE, qui en représentent l'UNITÉ, deux autres grands ordres de travaux, ceux de la science et de l’industrie, de la éhéorie et de la pratique : c'est donc aux travaux des sayants et des industriels, des théoriciens et des praticiens que le PRÈTRE doit présider. Sa fonction la plus générale est de mettre en HARMONIE, de GOORDONNER, de LIER les efforts qui se Îont séparément dans chacune de ces deux divisions importantes du travail; et comme ce LIEN ne peut être établi entre les efforts sans l'être entre les hommes, qu'il ne peut étre conçu que dans la vue de la destination de l'humanité en Dieu; qu'il ne saurait avoir de réalisation que par l’accomplissement même de cette destination, que les hommes et les travaux qui lient, et les hommes et les travaux qui sont liés, composent et toute la société et toute l’activité humaine, il s'ensuit que la fonction qui a pour objet de zrer la {héorie et la pratique, est la fonction SOCIALE et RELIGIEUSE la plus élevée.

Peut-être dira-t-on que la science et l’industrie, la théorie et la pratique, peuvent communiquer et S’uNIR sans le secours d’aucun INTERMÉDIAIRE, Ce qui se passe sous nos yeux à cet égard peut suffire pour prouver le contraire ; aujourd’hui, en effet, qu’il n'existe aücune prévision sociale sur les rapports à établir entre ces deux natures de travaux, nous voyons la {héorie et la pratique Se poursuivre isolément, et ne se rencontrer et ne s’unir que fortuitement et passagèrement. Nous voyons en même temps les théoriciens dédaigner les praticiens comme s’occupant de éravaux inférieurs, et les praticiens leur rendre ce dédain en les considérant comme des réveurs, comme des hommes livrés à des spéculations vagues et stériles; et cependant la {héorie et la pratique ne sont que la division du travail humain, et, du point de VUE RELIGIEUX, de la DESTINATION de l’homme, toutes deux sont éga/ement précieuses, puisque cette destination ne peut S’accomplir que par les travaux combinés de l’une et de l’autre. Il n’y a donc que le PRÊTRE qui, élant placé à ce point de vue, et AIMANT par conséquent d’UN AMOUR ÉGAL la {héorie et la pratique, puisse parler aux /héoriciens et aux praticiens la langue

propre aux uns et aux autres ; leur montrer la RELATION intime de leurs travaux, et, au nom de la RELIGION qui établit cette relation, les RELIER socialement en leur apprenant à S’AIMER.

Une division analogue à celle que présentent la science et l’industrie comprenant la {héorie générale et la pratique générale, peut s'établir et dans le sein de la science et dans le sein de l’industrie, c’est-à-dire que les travaux dans l'une et dans l’autre peuvent être partagés de manière que les hommes qui les exécutent soient placés à des points de vue assez différents, livrés à des habitudes assez opposées pour que leur rapprochement ne puisse s'opérer que par un INTERMÉDIAIRE Capable d'embrasser dans son ensemble le travail qui se trouve divisé entre eux. Ici se présente une nouvelle fonction pour le prêtre, et dans cette fonction l'indication d’une division à établir dans le sein du SACERDOCE lui-même. Nous nous contenterons pour le moment de présenter cette idée, qui ne pourra être bien comprise qu'après que nous aurons montré qu'elle doit être la constitution du travail scientifique et celle du éravail in-

dustriel.

Mais la fonction du PRÊTRE ne se borne point

352 EXPOSITION seulement à lier, à AssocIER des hommes occupés de travaux de natures différentes, elle a encore pour objet d'unir ceux mêmes qui sont livrés à des occupations homogènes, et dont les efforts s’enchainent directement. La société, avons-nous dit, est une HIÉRARCHIE; partout où s'exécute un travail, il y a donc des supérieurs et des inférieurs. Mais où se trouvera la sanction de cette relation, si ce n’est dans le sentiment de la destination qui s’accomplit par elle? quel sera l’homme qui fera AIMER l'obéissance à l'inférieur, et qui apprendra au supérieur l'usage qu'il doit faire de l’auforité, si ce nest celui qui, rapportant l'autorité et l'obéissance à une MÈME FIN, saura faire AIMER Cette FIN à ceux qui commandent et à ceux qui obéissent?

Le prêtre, source de toute hiérarchie, en est donc en même temps la sanction nécessaire et permanente. |

En définitive, partout où il y a des efforts à coordonner, des hommes à unir, le PRÊTRE intervient nécessairement; Sa FONCTION exprimée de la manière la plus générale est de L1ER, d’As- SOcIER. C’est en remplissant cette fonction qu'il fait accomplir à l'humanité la loi qui lui a été donnée, et qu’il l’unit à Dieu.

Une question importante se présente maintenant ; c'est celle de savoir quelle est la hiérarchie qui doit s’établir dans le sein même du sacerdoce. Nous avons dit que le PRÊTRE était l’homme chez lequel la vie était à l’état normal, c'est-à-dire qui, n'étant placé particulièrement ni au point de vue de la {héorie, ni au point de vue de la pratique, pouvait a/{ernalivement passer de l’une à l'autre, et par conséquent leur servir de LIEN. Mais tous les hommes doués de cette faculté ne la possèdent point au même degré, ou autrement ne sont point également capables de LIER uLe {héorie et une pratique de même étendue ou de même nature. Or c’est dans cette inégalité que se trouve la base de la HIÉRARCHIE sA- CERDOTALE : On peut concevoir autant de degrés dans cette hiérarchie que de subdivisions dans: l’ASSOCIATION générale ou dans les divers ordres de travaux susceptibles de donner lieu à une théorie et à une pratique, ou à une division analogue. De ce point de vue, la HIÉRARCHIE SA- CERDOTALE Comprend depuis le PRÊTRE Qui LIE toute la science et toute l'industrie de l'humanité, Jusqu'à celui qui établit le même lien entre la science et l'industrie de la moindre fraction

de la socIÉTÉ universelle, ou bien dans deux di-

rections secondaires, depuis celui qui LE dans leurs sommilés tous les travaux de la sczence ou tous ceux de l’industrie, jusqu'à celui qui lie les uns ou les autres dans le cercle le plus particulier où les divisions qu'ils comportent peuvent se reproduire. Mais nous ne saurions donner à présent plus de développement et plus de précision à cette vue; il faut auparavant que nous ayons montré en quoi doit consister l’orGanIsATION du travail scientifique et du travail 2ndustriel, quelles sont les divisions principales auxquelles l’un et l’autre peuvent donner lieu.

Dans le cours de l’exposition que nous avons faite l’année dernière, comme dans plusieurs écrits que nous avons publiés, il nous est arrivé souvent de désigner les ARTISTES comme les seuls représentants de la faculté symparaiquE à laquelle nous attribuons la direction des sociétés; il nous est même arrivé quelquefois d’employer alternativement le nom d’Arniste et le nom de PRÊTRE Comme étant parfaitement synonymes ; et c'est qu’en eflet l’ARTISTE et le PRÈTRE vivent dans la même sphère et sont de la même famille ; mais il existe pourtant entre eux une différence importante, et au point où nous sommes mainte-

nant parvenus du développement de nos idées, nous devons l’établir.

Le PRÊTRE coNçoir l’avenir et produit le RÈGLE- MENT qui LIE les destinées passées de l’humanité à ses destinées futures; en d’autres termes, le PRÊTRE GOUVERNE. L'artiste saisit la pensée du prêtre, il la traduit dans sa langue, et, l’incarnant sous toutes les formes qu’elle peut revêtir, il la rend sensible à tous; il réfléchit en lui le monde que le prêtre a créé ou découvert, et le réduisant en symbole, il le dévoile à tous les yeux. C’est par l'artiste que le prêtre se manifeste ; l’aréfiste, en un mot, est le verbe du PRÊTRE.

Mais ce mot PRÈÊTRE que nous employons ne peut manquer, ainsi que tous les mots anciens dont nous sommes obligés de nous servir, de faire naître dans les esprits des préoccupations fâcheuses ; et, malgré tout ce que nous avons dit déjà, nous devons nous attendre à ce qu’on persiste à voir dans le prêtre de l’avenir cet être mystérieux du passé qui faisait mouvoir toute la société en restant isolé au milieu d'elle, qui parlait une langue que lui seul pouvait entendre, et qui, vivant enfermé dans les secrets du temple, paraissait doué d’une existence qui n’avait

rien de commun avec celle de l'humanité. Tel était le prêtre, et tel il devait être, lorsque la cité de Dieu et la cité des hommes étaient étransères l’une à l’autre, et surtout lorsque l’homme qui communiquait avec la Divinité pouvait se croire d'une race ou d’une espèce particulière. Mais aujourd'hui que l'humanité ne forme plus qu'une famille, que l'ordre humain se confond dans l’ordre divin, le SACERDOCE revêt un caractère entièrement différent; le PRÊTRE ne reste plus isolé au milieu de la société, il est: au contraire de tous les hommes celui qui est le plus activement mêlé, le plus intimement uni à toute la famille humaine; ses besoins, ses tendances, ne sont que les besoins et les tendances de tous les autres hommes portés à leur plus haut degré d’exaltation. C'est pour tous qu’il Senr, qu'il pense, quil agit, et c'est seulement par son UNION avec (ous qu'il communique avec Dieu.

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