‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 4 sur 44 · ET L'ULTRAMONTANISME EN FRANCE XVIT · texte numérisé non relu

ET L'ULTRAMONTANISME EN FRANCE XVIT

C’est ce que vérifia trop souvent l’histoire de la cour de Rome; c’est ce qui avait fait dire à Bérenger, des pères du concile qui jugea Abaylard, qu'ils ressemblaient beaucoup plus à des prêtres de Bacchus qu’à des ministres du Christ; c'est ce qui provoqua plus tard le génie réformateur de Luther, après avoir suscité le rationalisme prématuré d'Arnaud de Brescia et attisé la verve salyrique de Dante et de Bocace.

L'autorité spirituelle, sous la loi évangelique, avait pour mission de modifier, de régénérer les souverainetés temporelles, selon les principes de: paix, de charité et de liberté apportés au monde par le Verbe de l'esprit divin. En se constituant elle-même puissance politique, et en cherchant à étendre sa suprématie religieuse sur le domaine de l’ordre temporel, elle s’altérait, elle se dénaturait, elle répudiait son origine et sa destinée célestes, pour n'être plus que l’ambitieuse rivale des puissances terrestres, et trop souvent leur scandaleuse plagiaire, en vanité, en cupidité, en impureté, en tyrannie; elle rendait enfin applicable aux successeurs de saint Pierre, le reproche que l’autre grand apüire, saint Paul, adressait aux chrétiens de Corinthe : Adhuc carnales estrs.

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Autant la papauté perdait à sortir de la sphère du spiritualisme évangélique, pour tenter de se faire la maîtresse des rois, au lieu de rester chrétiennement la première servante des servantes du Seigneur, autant la royauté gagnait à christiamiser sa politique et à humaniser le glaive de César, selon la parole du Christ. Le matérialisme pontifical, inconséquence scandaleuse et funeste, menait à Alexandre VI; le spiritualisme royal, déduction logique du baptême de Clovis, conduisait à saint Louis.

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La question sociale et l’ultramontanisme

au xix: siècle.

La royauté, en devenant chrétienne dans ses actes, comme elle l'était dans ses croyances, s'était épurée et élevée sans doute, mais ce triomphe du christianisme sur le paganisme pohtique, qui avait survécu au paganisme rehgleux, ne rendait pas les princes spiritualistes plus aptes que les papes matérialistes à réunir el

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à identifier en eux les deux puissances qui avaient jusque-là gouverné concurremment les nations.

La divinité étant essentiellement immaïiérielle dans le monothéisme chrétien, et la matière, domaine du péché, formant une espèce de fief de Satan sur la terre, le vicaire de l'esprit pur ne pouvait toucher aux choses de l’ordre matériel, en rechercher la gestion suprême et la jouissance, sans démentiir Sa doctrine, sans renier la nature de son Dieu, sans s’exposer à devenir, non pas le maitre légitime du monde spirituel, mais l’usurpateur de l'empire du mal et le vassal étri du démon. En poussant son ambition sur la pente des convoitises temporelles, c'était bien moins à J’élévation qu'à l’abaissement de son souverain pouvoir sur les âmes qu'il devait fatalement aboutir.

Le roi le plus sincerement converti au spiritualisme et le plus exact à y conformer pieusement sa vie publique et privée, comme avait fait Louis IX, n'était, dans toute la rigueur de s3 logique chrétienne, n1 plus fondé, n1 plus apte. que le pape ne l'était par ses inconséquences payennes, à personmiier la double souveraineté des âmes et des corps, à opérer en lui la fusion

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de la suprématie religieuse et de l’omnipotence politique. Il aurait été inconséquent, à son tour, s'il eût voulu confondre, à son profit, ce que le christianisme avait distingué, et faire du royaume de Dieu une annexe de l’empire de César. Le monde temporel, matériel, sur lequel 1l exerçaii sa domination, était toujours, à ses yeux, le domaine du péché, l'apanage du tentateur; et tout ce qui était attaché à l'exploitation de cette glèbe maudite, dans l'intérêt et pour la plus grande satisfaction de ses possesseurs privilégiés, heu reux héritiers de la force ou enfants gätés du hasard de la naissance; tout ce qui vivait, à la sueur de son front et faisait vivre les autres aux dépens de sa propre chair, tout cela était consciencieusement voué à la misere, à l’abrutissement et au mépris. La terre était un champ d’expiation, le travail un châtiment. Ce que le prince chétien devait à la masse des travailleurs, qui portait presque toute seule la peine prononcée religieusement contre la race entière des hommes, c'était un simple mouvement de pitié et de charité, des soulagements, des secours, l’assistance, l’aumône. Le spiritualisme puissant et compatissant affranchissait ses serfs, qu’il recon- “naissait pour ses frères devant Dieu; il s’intéres-.

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sait vivement au sort des malheureux et s’occupait d'améliorer leur existence. C'était beaucoup sans doute, mais ces affranchis, laboureurs, ouvriers ou marchands, chargés de nourrir la cour, la noblesse et le clergé, ne formaient qu'une caste infime et avilie, devant leur royal hibérateur, paré du titre de érès-chréfien, et ne retiraient, après tout, de leur contact perpétuel avec la matière, pour en extraire le pain universel, qu'une large part dans l’anathème dont elle était irrévocablement frappée par une interprétation de la parole divine. Le vilain émancipé avait beau prendre rang parmi les hommes libres, 1l restait assujetti, dans la liberté, au même labeur que dans la servitude. Les fatigues et les privations formaient toujours son lot héréditaire; et cette application, incessante et forcée par le besoin, à la tâche matérielle dont les grands attendaient et recueillaient leur délicate et abondante pâture, ne valait à ce nourricier social, produisant tout : et consommant peu, que la qualification d'homme de rien que lui prodiguaient dédaigneusement ses frères en Jésus-Christ, les privilégiés des hautes classes. La matière, rejetée du sein de Dieu, entachait les mains qui l’appropriaient aux besoins de l’homme. Le travail abaissait,

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l'oisiveté relevait : le paysan, l’artisan et le commerçant étaient, nous le répétons, gens de rien pour les seigneurs ecclésiastiques ou laïques; et la logique chrétienne n’en était point froissée. Les théologiens auraient facilement démontré que les nécessités matérielles du passage de l'humanité sur la terre ne pouvaient affecter l’ordre spirituel et éternel, le seul qui intéressät les âmes ; et ils n'auraient pas manqué de rappeler, en justification de la sagesse et de la bonté divines, que la dégradation temporelle des masses laborieuses ne faisait que leur offrir une occasion permanente de mériter le ciel par la résignation et l’humilité, en même temps qu’elle donnait aux classes supérieures le moyen de travailler sans cesse à l’œuvre du salut par la charité et la bienfaisance. | Le paganisme avait sanctionné l’esclavage en supposant deux natures dans l’humanité : lune libre, l’autre servile. Le christianisme, qui avait consacré l’unité de nature, accepta néanmoins le servage et maintint les charges et les humilialions imposées héréditairement aux affranchis, en proclamant un autre dualisme dans l’homme et dans l’univers; en établissant un antagonisme essentiel entre l'esprit et la matière, en faisant de

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