CORPS
prononcée à abandonner la culture des {héories pures, pour se livrer à l'application de ces théories, et principalement à l'application industrielle, qui seule parait de nature aujourd’hui à payer les travaux de ceux qui s’y vouent. | L'application des théories scientifiques aux divers besoins de la société est sans doute un fait très-désirable, et nous croyons, malgré la tendance que nous venons de signaler chez les savants, qu'il s’en faut de beaucoup qu'elle soit atteinte; qu'il y a lieu à pourvoir à ce que l’application des sciences devienne et beaucoup plus large et beaucoup plus régulière qu’elle ne l’est aujourd'hui, et que le but à se proposer ici doit être de faire en sorte que chaque progrès dans la théorie soit suivi d'un progrès correspondant dans la pratique; mais il ne suit pas de là que le travail de perfectionnement scientifique doive être abandonné ou ne doive pas être l'objet d’une prévision sociale, d’une vive sollicitude; qu’arriverait-il, en effet,si tous les savants venaient à se transformer en ingénieurs? Après ce changement, il est vrai, la pratique pourrait bien faire des progrès pendant longtemps encore; mais, la science restant stationnaire, il est clair
que cet état devrait finir nécessairement par devenir celui de la pratique elle-même, lorsqu'elle aurait épuisé le fonds des connaissances théoriques.
Tel est pourtant le terme auquel nous arriverions si l’action des causes que nous venons de signaler ne devait pas être interrompue.
Quels sont les hommes aujourd’hui qui s’occupent de travaux de pure théorie scientifique ? Ceux qui, par une exception qui devient chaque jour de plus en plus rare, ont des moyens d’existence indépendants de leur travail, ou ceux qui, ayant obtenu des places dans l’enseignement ou dans toute autre partie du service public, sont parvenus à se soustraire aux obligations directes de ces places, et à transformer le revenu en une. sorte de dotation scientifique. Si, en dehors de | ces deux situations, quelques efforts se font encore, ils ne présentent plus qu'un spectacle désolant. Si vous voyez des hommes entraînés par un penchant, par une vocation irrésistible, fermant les yeux sur le dénüment où ils se trouvent, et sur celui plus grand encore qui les menace, travailler dans le champ aride de la science en s imposant les privations les plus pénibles, en se soumettant aux humiliations les plus dures,
jusqu'au moment qui ne peut tarder d'arriver où la misère et ses flétrissures, les accablant soit moralement, soit physiquement, viennent mettre un terme à des eflorts ignorés.
De tout ce que nous venons de dire, il résulte que le premier objet de la prévoyance sociale, s'appliquant à consriTuer le travail de perfectionnement des théories scientifiques, doit être d'assurer par une dotation publique l'existence matérielle des hommes que leur capacité appelle à s’y livrer.
Nous avons maintenant à examiner si ce tra= vail peut être convenablement exécuté, ainsi qu'on paraît le croire, par des individus isolés, c'est-à-dire n'ayant point entre eux de rapports nécessaires et hiérarchiques.
Toutes les sciences se tiennent, ou plutôt toutes les sciences ne sont que des divisions de la connaissance humaine, correspondantes aux divers aspects sous lesquels le phénomène un de l'existence se manifeste à nous ; Ce LIEN qui UNIT toutes les. sciences est encore plus évident, sans être plus nécessaire, entre les branches diverses que chacune d’elles est susceptible de comprendre : le progrès d'aucune spécialité scientifique ne saurait donc se concevoir, dans
des limites étendues au moins, indépendamment du progrès de l’ensemble auquel elle appartient. Et cependant, malgré cette unité de la science, cette dépendance intime des parties dont elle se compose, aucun homme ne pouvant l’EMBRASsER, la cultiver à la fois dans ses généralités et dans ses détails, il s’ensuit qu une condition nécessaire de ‘son avancement est que le travail qu'elle comporte soit partagé, distribué entre des hommes doués de capacités spéciales, :et capables de se livrer exclusivement à l'étude des faits particuliers dont l'investigation leur est attribuée; mais si la division du travail est absolument nécessaire au progrès de la science, elle ne peut avoir pourtant de résultat qu'autant qu'une autre condition se trouve remplie, la combinaison des efforts.
Le règlement scientifique capable -de satisfaire à ces deux conditions suppose qu'à tous les moments, les acquisitions faites dans chaque science sont constatées, que les problèmes nouveaux à résoudre sont posés, et que le travail nécessaire pour arriver à leur solution est directement distribué entre tous les hommes capables de concourir à ce résultat; que les découvertes, à mesure qu’elles se produisent, sont rap-
portées à un cenire commun pour y être jugées, pour y être combinées, s'il y a lieu, avec les acquisitions déjà faites, et enfin pour y être proclamées, de manière que les efforts cessent de s'appliquer à une recherche devenue inutile, et s'emploient dès lors à une recherche progressive.
Bien que ce règlement jusqu'ici n’ait pas encore existé dans toute la précision qu'on peut lui concevoir pour l'avenir, les conditions principales auxquelles il satisfait ont été remplies pourtant en grande partie aux époques organiques du passé; dans l'antiquité, toute la science est renfermée dans les £emples, et les hommes qui la cultivent travaillent en commun et Liérarchiquement. Au moyen âge le même fait se produit ; c’est dans le sein le l'Église, des monastères, que se passe tout le mouvement scienltifique, qui alors a principalement pour objet les faits de l'ordre spirituel; à cette époque on voit les membres du clergé qui prennent part à ce mouvement déférer constamment leurs travaux à l'autorité supérieure, et cette AUTORITÉ, qui, dans les cas importants, est celle même des PAPES Ou des CONCILES, prononcer sur leur valeur, sur leur or{hodoxie: de telle sorte que
l’état de la science ou du dogme se trouve toujours déterminé, et que si alors le travail à faire” n’est point directement provoqué, parce qu'on ne se propose point le progrès, la carrière dans laquelle peut se déployer l’activité scientifique est toujours au moins nettement tracée. Lorsqu'à partir du seizième siècle la science commença à sortir de l'Église, les anciennes habitudes contractées par les savants, la nécessité pour eux de s'unir contre l’inslitution spirituelle, qui condamnait leurs efforts, le patronage enfin qui s'organisa en leur faveur parmi les puissances {emporelles, maintinrent d’abord entre eux des communications actives qui momentanément purent tenir lieu d'une organisation régulière ; mais les circonstances qui déterminèrent ce lien provisoire ont cessé d'exister, et on ne trouve plus aujourd'hui dans le champ de la.
science que des hommes et des travaux isolés. Il existe en Europe des académies ; maïs, bien que le terrain scientifique soit le même pour toute cette partie du monde, les académies qu’elle renferme n'ont pourtant entre elles aucunes relations régulières et hiérarchiques ; non-seulement elles ne sont point associées pour accomplir une œuvre commune, mais il y a plus:
aucune d'elles, dans le sein même de la nation où elle existe, n’est chargée de présider au travail de la science, de le distribuer, de le coordonner; elles peuvent bien proposer quelques problèmes, mais c'est accidentellement; des savants peuvent bien, de temps à autre, leur communiquer leurs découvertes, mais c’est bénévolement el sans entendre pour cela se soumettre à leur autorité. Aussi voyons-nous que c'est en dehors de leur sein, de leurs indications et indépendamment de leur sanction, que s'exécutent et se produisent la plupart des travaux scientitiques : mais qu’arrive-t-il par suite de cet état de choses? que les travaux des savants d'une partie de l'Europe restent souvent ignorés des savants des autres parties; qu'il n’est pas rare de voir pareille chose arriver dans le sein même de chaque nation; qu’en conséquence, des efforts nombreux sont journellement employés sur tous les points de l'Europe à reproduire péniblement des observations, des expériences, des DÉCOUVERTES déjà faites depuis longemps; qu'à défaut d'un centre commun où les efforts viennent se réunir et se combiner, une multitude de travaux de détail restent sans valeur parce qu'ils restent sans
lien, et qu’enfin la science, fractionnée, morcelée à l'infini, et, de plus, se contredisant fréquemment dans une foule de livres et de mémoires particuliers, se trouve dépourvue de l'autorité qu'elle devrait avoir. |
Une seconde condition nécessaire du travail de perfectionnement des théories scientifiques est donc que les hommes qui s'y livrent forment un corps, une association, UNE HIÉRARCHIE.
Le second aspect général sous lequel le travail scientifique peut être envisagé est l’enseignement des théories.
Deux conditions principales sont ici à remplir : lerèglement de cette fonction doit pourvoir, d'une part, à ce que l’enseignement soit toujours à la hauteur du perfectionnement, c'est-à-dire à ce que la science soit toujours enseignée dans son état le plus avancé; et, d'autre part, à ce qu elle soit classée, distribuée dans l’ordre le plus propre à la faire pénétrer dans les intelligences, se- Jon la nature des travaux qu'elle est destinée à éclairer.
La prévoyance sociale, nulle à peu près aujourd'hui à l'égard du progrès de la science, s'applique avec plus de sollicitude, avons-nous dit, à son enseignement; il est évident en effet
que les universités s’acquittent d’une manière beaucoup-plus directe et beaucoup plus efficace de cette dernière fonction que les académies ne s’acquittent de la première, dont on les suppose chargées. Cependant les universités ne satisfont à aucune des conditions essentielles dont nous venons de parler. Elles ne sont point en relation régulière, directe, avec les hommes qui s'occupent du perfectionnement des théories scientifiques ; 1l y a plus, ces hommes ne formant point un corps, une pareille relation ne saurait même se comprendre, et enfin, quand elle existerait, elle serait encore à peu près sans fruit, puisqu'à défaut d'une autorité reconnue compétente pour diriger et pour juger les travaux de perfectionnement, la valeur de ces travaux devrait toujours rester incertaine pour les hommes chargés d’en répandre la connaissance. Il peut donc, il doit donc même arriver souvent que les théories enseignées par les universités ne soient pas à la hauteur du progrès de la science; et comme ces corps ne peuvent donner aucune garantie qu'il en soit autrement, il en résulte que leur enseignement est dépourvu de sanction, ou n'est pas revêtu, au moins, de toute l'autorité qu'il devrait avoir.
Les théories ont pour mission d'éclairer les pratiques. C’est dans cette vue que la science doit être enseignée, et que réside le principe des aspects divers sous lesquels elle peut l'être. Mais les hommes qui enseignent ne sont point en COMMUNICATION aVeC CeUX qui pratiquent, et les travaux de ces derniers n'étant point organisés, etmanquant de voix par conséquent pour se révéler, pour faire connaitre leurs besoins, il s'ensuit que cette communication aujourd'hui est même impossible. Les théories scientifiques sont donc enseignées sans objet et par conséquent sans ordre déterminé : aussi voyons-nous que dans le plus grand nombre des cas elles restent encore sans application t. |
Les idées critiques, en remettant aux efforts individuels le soin de perfectionner la science, lui ont abandonné aussi celui de l’enseigner. Si, sous ce dernier rapport, leur succès a été moindre que sous le premier, c’est que la nécessité d'organiser l'enseignement est de nature à se faire plus immédiatement sentir que celle d’or-
1. Les Facultés de médecine, en France, l'École polytechnique et les écoles d'application qui s'y rattachent, présentent bien une appropriation de l’enseignement à des fonctions déterminées ; mais ce ne sont là que des exceptions.
ganiser le perfectionnement ; cependant leur crédit, sous ce rapport même, n'a cessé de s’étendre, et aujourd'hui nous voyons une partie importante de l’enseignement se faire en dehors des établissements publics, et reproduire, bien entendu, avec plus d'intensité, le double vice que nous venons de signaler.
Le principe de la concurrence, appliqué à l'enseignement, a été d'une grande utilité sans doute pour détruire un corps enseignant qui n'était plus dépositaire que d'une science incomplète et arriérée, la seule qu’il püt com- prendre et qu’il vouiüt admettre; mais il est évident que son utilité ne saurait s'étendre au delà de cette destruction. Pour s’en convaincre, il pourrait suffire de remarquer que ce principe suppose que les hommes qui ont besoin d’être enseignés sont les meilleurs juges de la convenance qu’il y a pour eux d'apprendre ou de ne pas apprendre, et que ceux qui ne savent pas sont les plus capables d'apprécier le mérite de ceux qui savent, de juger de la valeur de leurs travaux, et de déterminer la récompense qui doit leur être attribuée.
La société doit être enseignée; elle doit l'être dans la vue des divers ordres de travaux que sa
destination l'appelle à accomplir; c’est done d'en haut que l’enseignement doit lui venir, et que les hommes chargés de cette magistrature doivent recevoir leur mandat.
On peut voir, par les considérations qui précèdent, et sans qu'il soit besoin que nous nous y arrêtions davantage, que les hommes chargés d’enseigner la science doivent être placés dans les mêmes conditions que ceux qui sont chargés de la perfectionner; c’est-à-dire, d’abord, qu'ils -doivent être dotés par l’Érar, ce qui résulte principalement, pour eux, de l’autorité qui leur est nécessaire pour exercer leurs fonctions, et ensuite qu'ils doivent former un corps, une HIÉRARCHIE, Ce qui résulte d’une manière non moins évidente de la relation intime qui doit exister entre l'ordre à établir dans l’enseignement, et la nature et la distribution des travaux que comporte l’état de la société.
Nous avons maintenant à considérer le travail scientifique dans son ensemble, sous le rapport des fonctions politiques auxquelles il peut donner lieu.
La science et l’industrie, la théorie générale et la pratique générale, se sont jusqu'ici développées isolément ; on ne trouve au moins
aucune prévision sociale, aucune institution politique qui ait eu encore pour objet de les unir d’une manière directe. Cependant elles se sont graduellement rapprochées. La science a cessé d'être exclusivement renfermée dans la sphère de la spéculation, et l’industrie d'être exclusivement livrée à l’empirisme; aujourd'hui leur UNION doit devenir 1ntime. Le travail scientifque doit être principalement dirigé dans la vue des besoins de l’industrie, et c’est principale-
ment dans la science que l’industrie doit cher-
cher les Zumières qui lui sont nécessaire pour éclairer ses pratiques. Les savants doivent donc se trouver en COMMUNICATION continuelle avec les zndustriels. Mais, ainsi que nous l'avons vu précédemment, cette communication ne saurait être immédiate ; elle ne peut s'établir que par l'intermédiaire du PRÊTRE, qui se trouve placé au sommet de la hiérarchie sacerdotale, et qui, AIMANT ÉGALEMENT la science et l’industrie, la théorie et la pratique, parce qu’elles ne sont pour lui que deux aspects, deux divisions du TRAVAIL par lequel s’accomplit la destination de l'humanité, est seul capable de faire comprendre aux {héoriciens la RELIGION qui les UNIT aux praticiens.
Le TRAVAIL SCIENTIFIQUE de perfectionnement et d'enseignement, avons-nous dit, doit être directement doté par l'Érar. Or il est évident ici que cette dotation ne peut encore lui être attribuée que par le PRÈTRE, qui, étant placé au point de vue général des besoins de la société, est seul en état de juger de la quantité des efforts qui doivent être appliqués à chacune des parties du travail qu’elle comprend. |
Ainsi donc, sous le double rapport de ses relations avec l’industrie et de sa dotation sociale, c’est directement par le prêtre qui embrasse la société dans son unité, que la science doit être gouvernée.
Mais au delà de ces deux relations immédiates avec l'autorité sociale, c’est dans son propre sein que se passent toutes les autres relations, et par conséquent que s’exercent toutes les autres fonctions politiques auxquelles elle peut donner lieu. |
À chacune des deux grandes divisions que nous avons établies dans le travail scientifique, le perfectionnement et l'enseignement, en correspondent deux autres, que l’on pourrait exprimer par les noms de {héorie et de pratique scientifiques : l’une ayant pour objet de détermi-
DE LA POCTBINE SAIÏINT-SIMONTENNE 384
ner le procédé, les méthodes de l'investigation ou de la communication, et comprenant toutes les considérations qui se rattachent à l’ordre encyclopédique ; et l’autre consistant à appliquer ces méthodes, ces considérations, aux différents ordres de travaux auxquels elles s'appliquent. Le perfectionnement et l’enseignement, et dans les termes où nous venons de les présenter, la {héorie et la pratique de l’un et de l’autre : telles sont les divisions dans lesquelles se trouvent compris les aspects divers sous lesquels la screNce peut être envisagée, et les efforts qu’elle comporte. | Mais l'expérience a prouvé et prouve journellement que les hommes qui se partagent ainsi le travail scientifique ne sentent que d’une manière obscure le lien qui les unit, et n'ont en conséquence qu'une faible tendance à se rapprocher, ce quon pourrait s'expliquer facilement par la nature difiérente de leurs capacités et de leurs habitudes: L'objet dominant du SAVANT perfectionnant est de connaïtre, et dès qu'il est parvenu à une découverte et qu'il l’a communiquée aux savants qui s'occupent des mêmes recherches, et dans les termes où ceux-ci seulement peuvent la comprendre, tout est consommé
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386 EXPOSITION pour lui, ou au moins ce n’est que très-secondairement qu'il s'occupe de l’enseignement, c'est-à-dire qu'il se propose d'élaborer et de justifier sa découverte dans ce but. Il en est de même du sAvANT enseignant, dont l’objet principal est de communiquer la connaissance dont il est en possession, et dont l’objet secondaire seulement est de la perfectionner et de l’éten- | dre. La même diversité peut encore être observée entre les hommes qui créent les méthodes du perfectionnement ou de l’enseignement de la SCIENCE, et ceux qui les appliquent : les uns se renfermant dans l’abstraction logique, et n'ayant qu'une faible tendance à pénétrer dans l'ordre concret, dans l'application, afin d'y chercher les lumières qui leur seraient nécessaires pour apprécier la convenance et la valeur de leurs procédés ; les autres s’attachant à tirer le plus grand parti possible des méthodes dont ils sont en possession et qu'ils ont éprouvées, et n'ayant qu’une faible tendance à en chercher de meilleures. |
Et cependant tous ces travaux, aujourd'hui divergents, ne sont que des aspects d'un seul et même travail, tous sont appelés à concourir à une même jin; 11 faut donc qu'ils soient RELIÉS.
Mais qui établira ce lien ? Nous avons vu que l'homme qui unissair la science et l’industrie ne tirait cette puissance que de l’AmOUR éGaz qu'il portait à lune et à l’autre, parce que l’une et l’autre, à ses yeux, concouraient également à l’'accomplissement de la destination générale de l'humanité. Par une analogie facile à saisir, il doit être évident que les travaux de diverses natures que comporte la science ne peuvent être reliés qu’à la même condition, c'est-à-dire qu’autant qu’il se trouvera un homme qui, aimant particulièrement la destination de l'humanité en tant qu’elle consiste à s’avancer toujours de plus en plus dans les voies de l'intelligence, dans la connaissance de Dieu, sera dès lors capable d'aimer également tous les efforts qui conduisent à ce but, et de parler par conséquent aux savants de tous les ordres un langage qu'ils puissent entendre et qui leur apprenne le lien qui les unit.
Or, quiconque est capable de considérer les travaux de l'humanité du point de vue de sa destination religieuse, n’envisageàt-il cette destination que sous une seule de ses faces, et qui peut trouver, dans cette vue, la puissance de lier des hommes pour les faire marcher vers le but
qu'il AIME, celui-là estun PRÊTRE. Ii doit done y avoir, il y aura donc un PRÊTRE de la SCIENCE. C’est par lui que les savants seront unis, associés, gouvernés; que le travail scientifique sera distribué entre les branches diverses qu'il comprend et les diverses localités où il devra s’accomplir, ei que chacun, dans l'atelier scientifique, sera placé selon sa capacité et récompensé selon ses œuvres. C'est par lui enfin que la science, réglée, ordonnée dans son propre sein, sera unie au prêtre suprême, et viendra ainsi se confondre dans l'unité sociale et religieuse.