‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 41 sur 44 · L'INDUSTRIEL · texte numérisé non relu

L'INDUSTRIEL

MESSIEURS

Dans notre dernière réunion nous avons déterminé Île caractère social de la scrence, et montré les conditions auxquelles peut s'accomphr politiquement le travail qu’elle comporte.

DE LA DOCTRINE SAINT -SIMONIENNE 389 Nous avons aujourd'hui à nous occuper de l’zndustrie; en la considérant sous des rapports analogues. |

L'exploitation de l'homme par l'homme est arrivée à son terme. La querre, qui dans tout le passé a été le but dominant des sociétés, doit disparaître; la capacité militaire, qui jusqu'ici a toujours été placée au sommet de la hiérarchie politique, doit cesser d’être une capacité sociale.

L'exploitation du globe, de la nature extérieure, devient désormais le seul but de l’activité physique de l'homme; la capacité industrielle, par laquelle s'opère cette exploitation, doit être à l'avenir la seule capacité sociale, dans l’ordre matériel.

La RELIGION et la science, soit qu'elles aient commandé, sanctifié la guerre, ou éclairé ses pratiques, et que, dans ce cas, elles se soient confondues avec elle, comme dans tous les temps qui ont précédé le christianisme, ou bien que, comme dans le moyen âge, elles se soient constituées en dehors de la société militaire et soient restées indépendantes de ses lois; la religion et la science ont toujours figuré au premier rang dans la HIÉRARCHIE sociale : elles ont été proqressives; elles sont appelées aujourd'hui à

faire un pas immense; mais de tout temps elles ont été justifiées, sanctifiées; de tout temps leurs représentants ont été en possession de l'existence sociale. Il n’en est pas de même de l'industrie, des industriels.

L'action de l'homme sur l'homme, la guerre, est la seule manière d’être physique de l’activité humaine qui ait encore pris rang dans l’association. L'industrie jusqu'ici a été ésclave où subalternisée. Quelle que soit l'importance qu'elle ait prise graduellement, elle n’est pas encore entrée d’une manière directe dans la hiérarchie sociale ; aucune souveraineté politique n'en a encore été l'expression, et cela n’a pas pu être, puisque aucun dogme religieux ne Pa encore sanctifiée.

Dans la hutte du sauvace, c’est la famille du. chef, ce sont principalement ses femmes et ses filles, c’est-à-dire ses ésclavés, et ses esclaves dans la pire de toutes les conditions de /’esclavage, qui exécutent les travaux de l’industrie grossière qui existe alors. Dans les sociétés civilisées de l’ANTIQUITÉ, où l'esclavage est une institution politique, c'est aux ésclaves, qui composentalors l'immense majorité de la population, que Île soin de ces travaux est dévolu. Après

l'établissement du eHRISTIANISME, et pendant la plus grande partie du moyen âge, ce sont encore des esclaves, bien que l’esclavage ait alors subi sous le nom de servage une importante modification, qui compose toute la classe industrielle. Enfin lorsque, grâce à l'influence du carisria- NISME, Cette dernière forme de l’esclavage disparait, que l'homme cesse d’être la propriété directe de son semblable, les travaux de l’industrie restent l’attribut des affranchis, qui, sous les noms de vilains, de roturiers, de peuple continuent à former une classe inférieure et méprisée: | Dans tous les états dont nous venons de parler, le guerrier lui seul, dans l’ordre matériel au moins, est ceiloyen, c’est-à-dire membre de là société ; l'industriel reste en dehors dé l’As- SOCIATION, de la hiérarchie politique, et dans toute cette série historique il est constamment exploité. Pendant la durée de l'esclavage proprement dit, qui finit avec le servage, cette exploitation est évidente. Quelles que soient les modifications qui interviennent successivement dans la constitution de la servitude, modifications très-importantes d’ailleurs, commeacheminement vers l’affranchissement, le maïftre s'empare de

la plus grande partie du travail de l’esclave ; et celle qu'il lui abandonne, et que les mœurs et les lois l’obligent graduellement à augmenter, ne constitue qu'une propriété insignifiante et précaire. Enfin, après l’affranchissement, le fonds de la production matérielle restant, en presque totalité, la propriété des anciens maîtres, on voit l'exploitation de la classe industrielle se continuer, soit par des redevances féodales qui lui sont imposées, soit principalement sous les . formes diverses que prend successivement le loyer des instruments de travail, terres et capitaux, formes sous lesquelles cette exploitation se continue encore aujourd’hui, ainsi que nous nous sommes attachés à le démontrer devant vous l’année dernière, lorsque, remontant à l’origine de la constitution actuelle de la propriété et des droits qu'elle confère, nous avons annoncé la transformation qu'elle devait subir.

Ainsi dans toute la durée du passé, l’industrie a été esclave ou subordonnée; elle est restée en dehors de la religion, en dehors de l’ordre politique ; et pendant tout-ce temps (ce qui était une conséquence inévitable de cette condition) la classe industrielle a éié exploitée. La situation à laquelle l'appelle la doctrine de Saint-

Simon, en faisant de ses travaux le seul but de l’activité physique de l'homme, en faisant de ses chefs les seuls chefs de la société dans l’ordre matériel, en les appelant à s’asseoir dans le TEMPLE à Côté des chefs de la science, et sur la même ligne, en présence de DIEU, en présence du PRÊTRE qui représente l’UNITÉ DIVINE, et qui n’a de supériorité sur les industriels et sur les savants que parce qu'il les unir, que parce qu'il tend sans cesse, par son action sur eux, à les élever vers lui ; cette situation, disons-nous, est donc toute nouvelle : à sa réalisation seulement correspondra l'ayénement politique de l’indus- (rie, Sa naissance à la vie sociale et religieuse.

Or, Messieurs, tout est préparé pour cette naissance, pour cet avénement. Dans la succession des différents états du passé, que nous avons rappelés succinctement afin de montrer la condition inférieure dans laquelle l’industrie a été tenue jusqu à ce Jour, il est facile de constater son progrès non interrompu vers le terme que nous lui assignons. Et d’abord elle sort graduellement de l’esclavage qui avait été sa condition primitive, et dans lequel elle était restée pendant une si longue suite de siècles. Après l’a/fran-

chissement, on voit les communes; c’est-à-dire des corporations d’industriels autrefois Serfs, et qui, par des raisons dont nous n'avons point à nous occuper ici, avaient fait, dans la carrière de la liberté, des progrès plus rapides que la classe industrielle des campagnes, acquérir chaque jour une influence plus grande sur les affaires publiques, s’introduire, dès le treizième siècle, dans les assemblées politiques, en ANGLE- TERRE et en FRANCE, et être admises par leurs représentants à donner leur avis pour le prélèvement des subsides. À la même époque, on voit en Europe plusieurs de ces villes constituer des cités, des fédérations industriellès indépendantes; et, par exemple, on sait quelles farent, à dater de ce temps, et la splendeur êt la puissance de là LIGUE ANSÉATIOUE. Les entreprises publiques, c'est-à-dire militaires, devenant chaque jour plus coûteuses, et la richesse de l'in-. dustrie affranchie prenant en même temps une importance toujours croissante, on voit les rapports des chefs politiques avec la classe in-. dustrielle se multiplier de plus en plus, devenir de plus en plus intimes, et chacun de ces rapprochements déterminer de nouveaux avantages, dé nouvelles concessions en faveur de l’industrie.

Les entreprises militaires elles-mêmes ne tardèrent point à recevoir, de l'intervention de l’élément industriel dont elles ne pouvaient plus sé passer, une direction nouvelle qui se rapporta toujours de plus en plus aux intérêts industriels, bien ou mal compris. Nous avons vu enfin ces intérêts devenir dominants dans la plupart des guerres modernes, dont le but n’a plus été, comme dans les guerres anciennes, d’envahir un territoire, de faire des esclaves, de s'emparer directement, par le pillage ou par des tributs militaires, des richesses accumulées par le peuple vaincu, mais bien de conquérir sur lui un privilége commercial, un monopole. On sait quelle part énorme a eue cet intérêt dans les motifs des dernières grandes guerres dont l'Europe a été le théâtre. L'histoire des établissements européens sur les différents points du globe, et des luttes qui en ont été la suite, met assez en évidence celte transformation des intérêts de la guerre.

En constatant ce caractère nouveau que présentent les entreprises militaires de nos jours, nous né prétendons pas dire assurément que les querres industrielles Soient désirables, et qu'elles doivent $e continuer dans l’avenir; car

la guerre, l'antagonisme, sous toutes les formes, doivent cesser pour jamais. L'industrie est de sa nature une puissance toute pacifique; et ce qui le prouve assez, c'est l’état d’esclavage auquel elle a été réduite pendant tout le temps de la conquête, c'est l’affaiblissement des sentiments et de l'institution militaires, que l'on voit correspondre à chacun des termes de son

développemient. La guerre ne vient point d'elle;

elle s’y est trouvée seulement associée; et si nous rappelons la part qu’elle y a eue, ce nest que pour constater l’importance sociale qu'elle a prise dans la suite des temps, et l'influence qu’elle est graduellement parvenue à exercer sur les déterminations d’une société dont le principe lui était étranger, et à l'égard de laquelle elle n'était, dans l’origine, qu'un instrument passif.

Au surplus, il est facile aujourd’hui de constater

à la fois, et l’importance sociale de l’industrie, et sa tendance pacifique, par l'influence pro-

"at

fonde, bien qu'indirecte, qu’elle exerce évidem- .

ment, depuis plusieurs années, sur les événements généraux de l'Europe.

Non-seulement de nos jours la guerre est deve-

nue plus coùteuse que jamais, mais ce qu'il faut «

remarquer surtout, c'est qu'elle ne peut plus être

entreprise qu'au moyen de grandes avances; ce qui renverse cet axiome qui a pu être vrai dans des temps de barbarie, que /a guerre vit de la guerre. Or aujourd'hui les 2ndustriels sont seuls en position de procurer ces avances aux souvernements ; car, quelle que soit l’incohérence qu'ils présentent comme corps, ils sont pourtant les agents nécessaires, inévitables, de la dispensation et par conséquent de l'attribution des richesses qu'ils se bornaïent autrefois à créer. Aucune guerre importante ne saurait donc être entreprise ou continuée qu’autant qu’elle se concilierait, jusqu'à un certain point au moins, l’opinion de la classe industrielle. Eh bien, depuis que cette nécessité a acquis son dernier degré d’évidence par létablissement du crédit public, du système des Emprunts sans le secours desquels, aujourd’hui, il serait impossible de faire les frais d’une guerre de quelque importance, vous voyez que les germes de discorde que renferme la constitution actuelle des Etats de l’Europe, germe nombreux et qui paraissent incessamment sur le point de se développer, restent pourtant à peu près comprimés. Or, ce résultat, messieurs, on ne saurait en douter, c’est principalement au veto de l’industrie qu'il est dû.

À mesure que la puissance de l'industrie s'est étendue, la considération attachée aux elasses autrefois dominantes, à leurs mœurs, à leurs habitudes de vie, s’est affaiblie, et une considération toujours croissante s'est attachée aux classes industrielles, à leurs travaux, jusqu’au point où la nuance qui, à cet égard, sépare au- jourd’hui les notabilités industrielles du premier ordre, des représentants les plus illustres de l’ancienne classe militaire, est devenue asse4 faible pour ne plus pouvoir servir de base à une détermination précise de rang dans la société. Or cette nuance tend chaque jour encore à s'affaiblir par l’action combinée de deux causes dont le mouvement est également rapide : d’une part, la croissance continue de l’importance de l'industrie; de l’autre, la nécessité qui devient à chaque instant plus impérieuse pour les descendanis des anciennes classes privilégiées, qui ne sont plus aujourd’hui que des classes oisives, de travailler pour vivre, de chercher de l'emploi dans la carrière de l’industrie comme dans toutes les autres, et dans celle-là même principalement, puisqu'elle est celle qui offre à la fois et les emplois les plus nombreux et Les plus grandes chances de fortune.

Tout est donc préparé, comme nous le disions à l'instant, pour l’avénement RELIGIEUX et politique de l’industrie; et si l’on mesure la distance qui sépare l'izdustriel esclave des premiers temps de la Grèce ou de Rome, de l’industriel de nos jours, on trouvera bien faible sans doute celle qui sépare aujourd'hui l'industrie de l'avenir qui lui est promis par Saint- Simon.

Et cependant, si tout est préparé pour cet avenir, de grands changements doivent être opérés encore avant que le but soit atieint. Et d'abord, si l'influence de l’industrie a toujours élé en croissant jusqu'ici, si celte iniluence au- Jourd'hui se fait sentir vivement, eile n'a pourtant encore élé qu'indirecte. Si, dans la suite des temps, les industriels ont pris part aux affaires publiques, s'ils sont entrés dans les assemblées, dans les conseils politiques, s’ils con tinuent à y figurer encore, c’est bien sans doute parce qu'ils sont une puissance, mais non pas, directement au moins, parce quils sont une puissance zndustrielle; aussi voyons-nous que dans la plupart des occasions où ils sont admis à s'associer à l’action des pouvoirs publics, c'est sur des faits, sur des intérêts plus ou moins

étrangers à leur capacité, à leur position, à l’objet spécial de leur activité, qu'ils sont appelés à donner leur avis, à délibérer. Cette confusion sans doute était un premier pas indispensable, mais il n'en est pas moins vrai que l’industrie, malgré sa participation aux affaires publiques, n’a point encore été constituée politiquement; que les z2dustriels à ce titre n’ont point encore été revétus d'une fonction politique, et que, sous ce rapport, la doctrine de Saint-Simon doit commencer pour eux une ère toute nouvelle. | L'industrie aujourd'hui ne forme point un corps, même en dehors du cadre des pouvoirs politiques : aucune hiérarchie régulière n'existe dans son sein, aucune prévision générale n’embrasse dans son ensemble le travail qu’elle est appelée à accomplir, aucune institution sociale n’est destinée à le coordonner. L'ORGANISATION PROVISOIRE quelle avait reçue sous le régime féodal, par l'établissement des corporations, des maitrises, des Jurandes, organisation dont le but, dans l’origine, était bien plutôt de lui donner des forces contre la société militaire qui l'entourait, que de régler sa propre activité, a élé brisée, et à bon droiti mais aucune organisation nouvelle ne lui a été substituée. Les éco-

nomistes, frappés des vices de l’ancienne constitution du travail industriel, se sont attachés à les signaler; mais le seul résultat général de leurs spéculations, comme de toutes les spéculations contemporaines, a été cette maxime dont la rédaction leur est propre, et qui ne présente qu'une transformation de la conception générale critique de la LIBERTÉ : laissez faire el laissez passer. Cette maxime, qui n'est autre que celle de la libre concurrence, se trouve aujourd’hui appliquée à peu près autant qu'elle peut l'être, au moins dans le sein des nations les plus avancées de l'Europe, et nous voyons les résultats qu'elle a produits : l’antagonisme entre les ie dividus et les peuples; l'absence de toute combinaison, de toute harmonie des efforts, et par suite ces catastrophes nombreuses qui, en signalant le désordre, viennent à tout moment-frapper la société du double fléau de la défiance et de la misère. Dans le cours de l’année dernière, nous nous sommes longtemps arrêtés à considérer les vices que présente l’état actuel de l’industrie, et à montrer les conditions auxquelles, seulement dans l'avenir, le travail qu'elle comporte pouvait se régulariser, en se substituant politiquement au travail militaire, le seul qui, dans

soi

l'ordre matériel, ait encore été socialement organisé. À cet égard, nous nous référons aux vues que nous vous avons présentées alors.

Nous nous contenterons seulement de vous rap-

peler le fait qui les domine : savoir que le fonds

de la production matérielle qui compose aujourd’hui le fonds divisé, morcelé dés propriétés particulières, doit être à l'avenir une propriété SOCIALE, directement régie et distribuée par l'autorité publique, et constituée de manière à ce qu’elle soit toujours disponible pour elle; ce qui exclut l’héritage dans le sein des familles, mode de transmission des richesses qui doit suffisamment aujourd'hui se trouver condamné pour vous, par le principe SOCIAL eb RELIGIEUX de la récompense selon les œuvres. Après avoir rappelé ce changement qui doit survenir dans la constitution de la propriété, et sans lequel il serait impossible de concevoir dans l’avenir l’ordre général, et en particulier l’ordre industriel, nous ne considérerons plus l’industrie que sous le rapport des fonctions politiques auxquelles elle doit donner lieu, c’est-à-dire que nous nous occuperons bien moins du travail industriel en [ui-même que des relations sociales des hommes qui l’exécutent.

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Mais avani d'entrer dans ces considérations nouvelles, nous sentons le besoin de combattre le préjugé puissant que tous les siècles passés ont élevé contre l’industrie, et qui, aujourd’hui encore, et dans la conscience même des industriels, semble la condamner à une éternelle subalternité.

Voulez-vous apprécier ses titres au rang que nous lui assignons? Détachez vos regards des détails sur lesquels ils sont fixés ; placez-vous à un point de vue assez élevé pour embrasser dans leur ensemble, dans leur unité, pour contempler dans leurs résultats généraux les travaux de l’industrie; el vous verrez que ces travaux n’ont pas moins de droits à votre admiration que ceux de la science ; que si la science connaît, c’est l'industrie qui crée. Vous connaîtrez alors que la terre que nous foulons, l'air que nous respirons, que le climat dans lequel nous vivons, sont principalement son ouvrage; que c'est elle qui nous donne et les vêtements qui nous couvrent, et les toits qui nous abritent, et la nourriture qui nous soutient, et tout le luxe et tous les raffinements qui, sous tous les rapports, sont devenus gra duellement pour nous des besoins de première nécessité ; que c'est elle qui transforme les sables

et les marais en plaines fertiles, qui change le cours des eaux, qui les tarit ou les multiplie, qui unit les mers, qui aplanit les montagnes, qui s'empare des espèces informes de la créa-

tion primitive et les améliore et les embeilit, et

en forme des espèces nouvelles; et que e’est elle enfin qui, en accomplissant journellement cette tâche, prépare l’évolution nouvelle et prooressive que l’homme et la planète qu’il habite doivent subir un jour : voilà l’INpusrRIe; les hommes qui exécutent ces travaux, voilà les INDUSTRIELS. |

Et ici, messieurs, détachez encore vos regards de ces hommes divisés, isolés, tout couverts, el MORALEMENT, el 22{ellectuellement et physiquement, des stigmates de la servitude; consi-

dérez-les tous ensemble, dans toute la durée de

la carrière qu'ils ont parcourue, conquérant graduellement et la liberté, et l'initiation sociale, et vous verrez que s'ils n’ont point encore atteint à l'élévation religieuse qui leur est prophétisée, ils sont au moins venus se placer aux portes du temple, n’attendant plus pour y entrer que la parole du nouveau pontife.

Après vous avoir montré comment l’industrie, d'abord esclave et placée en dehors de la religion

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et de la société, s’était graduellement acheminée vers l’une et vers l’autre, nous avons entrepris de justifier, par la considération de l'importance et de la nature du travail qu’elle accomplit, ses titres à ce double avénement, Déjà, l’année précédente, nous nous étions longuement occupés devant vous des faits qui se rapportent à la constitution intérieure de ses travaux, au mécanisme par lequel ils doivent s’opérer dans l'ordre nouveau qui se prépare; aujourd hui nous n'avons plus à la considérer que dans les fonctions politiques auxquelles elle peut donner lieu, soit dans ses rapports avec les autres parties de l'institution sociale, soit dans les relations qu'elle comprend dans son propre sein.

Plus on recule dans le passé, plus l’industrie se montre isolée de la science, privée de ses lumières et abandonnée, quant au perfectionnement de ses pratiques, aux chances incertaines d'une expérience qui, ne se proposant point directement le progrès, semble n'être jamais redevable qu'au hasard des conquêtes lentes et imparfaites auxquelles elle arrive. En se rapprochant des temps modernes, au contraire, on voit l’industrie sortir peu à peu de son isolement, Se RAPPROCHER de la sczence, et, par son

secours, substituer graduellement à ses pratiques empiriques, à ses routines, des procédés ralionnels., Ce rapprochement, sans doute, n’a encore eu pour base aucune vue large et systématique ; jusqu'ici il n'a été qu'instinctif, et il est demeuré Îort incomplet, fort irrégulier ; mais le temps est venu où ïl doit être l'un des objets les plus importants du règlement social. Aujourd'hui, au point où en sont parvenues et l’industrie et la science, il est évident que l'une doit devenir, dans ses procédés, une application directe de l’autre. Les progrès futurs de l’industrie sont donc soumis à la condition d'un contact habituel, intime, entre les 1ndustriels et les savants, qui mette les premiers à même de signaler aux seconds les lacunes que leur expérience leur a révélées dans la fhéorie scientifique, et de s'emparer des progrès de celle-ci à mesure qu'ils s’opèrent, pour les appliquer à leurs travaux. Maïs les habitudes diférentes auxquelles sont livrés les savants et les industriels ne permettent point que leur contact soit immédiat : un intermédiaire est nécessaire entre eux, et cet intermédiaire, ainsi que nous l'avons vu précédemment, ne peut être que le PRÈTRE placé au point de vue de l'UNITÉ, parce

que lui seul, comprenant la DESTINATION COMMUNE dela science et de l'industrie, et -AIMANT ÉGALEMENT les hommes qui se livrent à l’une et à l’autre, peut leur révéler leur indépendance réciproque, la leur faire aimer, et ainsi mettre leurs efforts en harmonie.

C’est l'inpusrrie qui crée les richesses destinées à l'entretien, à l'amélioration physique de tous les membres de la société : telle est la tâche particulière qui lui est assignée dans la division du travail social; mais cette tâche ne lui confère aucun droit particulier sur les richesses qu’elle crée; ce nest point à elle qu'il appartient de déterminer la part qui doit lui en revenir, cette part doit lui être faite par le Pré- TRE de l’UNITÉ, qui, embrassant dans leur ensemble tous les travaux de la société, et sachant à chaque instant quelle est la somme d'efforts que chacun d’eux réclame, est seul en état de répartir convenablement entre eux le revenu social dont l’industrie est la source.

Ainsi donc, sous le double rapport de ses relations avec la science et de sa dotation sociale, c’est directement par le prêtre qui se trouve placé au sommet de la hiérarchie sacerdotale, c’est-à-dire par l'autorité générale

de la société, que l'industrie doit être gouvernée.

Mais, au delà de ces deux faits importants par lesquels elle est liée immédiatement aux autres parties de l'institution sociale, c'est sur elle-même qu'elle se déploie; c'est dans son propre sein que s’établissent les relations et que s’exercent les fonctions politiques auxquelles elle donne lieu.

Le travail industriel, ainsi que l’a justement remarqué un économiste moderne', comprend deux objets principaux : changer la matière de forme et la changer de lieu, ou autrement créer des produits et les distribuer. Au premier de ces objets correspond le travail agricole et manufacturier; au second, le travail commerclal. | La production et la distribution, telle est la division première qui s'établit dans l’industrie. Chacun des termes de cette division en comprend une autre : la {héorie et la pratique.

L'une qui a pour objet d'appliquer les découvertes de la science aux procédés industriels, à ceux de la production comme à ceux de la dis-

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