ET L'ULTRAMONTANISME EN FRANCE XXV
cessairement l’unité dans la constitution de l’autorité sociale !
Tant que les libres-penseurs qui se préoccupent de la nécessité d'améliorer le sort du peuple immense du travail manuel; tant que les réformateurs socialistes n’auront que des négations à opposer aux affirmations de la vieille théologie, ils seront radicalement impuissants à délivrer la société moderne des conséquences du dogme qui condamne la matere à une subalternite essentielle et indélébile.
Aussi, voyez avec quelle persistance, à travers tant de siècles, les gardiens sacrés de ce dogme maintiennent et aggravent les prétentions hautaines du papisme du moyen âge. Sous les rois de France de la troisième race, l’ultramontanisme avait été contenu, réprimé, comme nous l'avons dit, par Louis IX, dont l'exemple fut suivi par ses successeurs. La religion catholique se maintint ainsi en France, alors que le protestantisme lui enlevait la plus grande partie de l’Europe, et elle finit par se déclarer inaccessible au virus ultramontain, dans la déclaration solennelle du clergé de 1682, œuvre monumentale de Bossuet.
La Révolution française, l'une des crises les plus fécondes du génie de l’avañcement, ne pou-
xxve COUP D'OŒEIL HISTORIQUE SUR LE PÉRIL SOCIAL
vait que confirmer et développer largement les franchises gallicanes fermement accentuées et énergiquement défendues par la monarchie capétienne, avec le concours des parlements et de l’épiscopat .
Mais cette révolution, fille de la philosophie du xvin° siècle, était destinée à pousser la puissance temporelle au delà des limites fixées par l’Eghse gallicane dans ses rapports avec la cour de Rome. La constitution civile du clergé réserva, en effet, au pouvoir temporel une large part dans la formation et la discipline de l'autorité spirituelle, en France. L’attitude hostile du clergé français, en face de l'abolition de la dime et des droits féodaux, justifiait cette grave innovation. La grande ma- Jorité de ce clergé refusa de prêter le serment civique, et provoqua par ses démonstrations réaclionnaires cette apostrophe que Mirabeau lui adressa, à la séance du 14 janvier 1791 : :
« Pasteurs et disciples de l'Evangile, vous qui calomniez les principes des législateurs de votre patrie, savez-vous ce que vous faites? Vous consolez l'impiété des insurmontables obstacles que la loi avait opposés au progrès de son désolant système, et c’est de vous-mêmes que l’ennemi du dogme évangélique attend aujourd’hui l'abolition