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Autrefois, l'instruction et le pouvoir étant concentrés dans les mêmes mains, les chefs n'avaient pas besoin de consulter le peuple quand ils avaient quelque détermination à prendre dans l'intérêt de la société ; aujourd’hui que l'instrucion est descendue des mains des gouvernants dans celles des gouvernés, aujourd'hui que la masse des hommes, Jadis si passionnés et si ignorants, est devenue éclairée sur ses véritables intérêts, elle est devenue, par cela même, en état de comprendre ce qui convient à son bien-être ; elle peut donc maintenant soutenir de toute sa puissance les innovations fondées sur l'intérêt général.
La sociélé étant arrivée à celte période de son accroissement où les erreurs de l'enfance ne peuvent plus l’aveugler sur le régime qui lui convient, où elle peut mettre à profit les connaissances acquises par tant d'années de troubles et de révolutions, où l'expérience du passé peut servir à l'établissement des institutions favorables à la santé générale, 1l s'ensuit naturellement que la politique est rentrée dans le domaine de la physiologie.
M'"(le docteur Baïllv), docteur en médecine, qui s'était chargé de la partie physiologique de nos travaux, à été empêché, par un incident de famille, de terminer son œuvre. Pour remplir cette lacune, autant qu'il nous est possible, nous allons énoncer en langage vulgaire les observations qu'il comptait présenter, en employant les formules physiologiques et hygiéniques.
Le désœuvré est à charge à [ur-même, en même temps qu'il est un fardeau pour la société.
Le désœuvrement est le père de tous les vices.
Le désœuvrement constitue l'homme dans un état de maladie.
Ainsi, d'après les principes de politique et de morale, en même temps que de physiologie et d'hygiène, le législateur doit combiner l’organisalion sociale de manière à stimuler, le plus possible, toutes les classes au travail et particulièrement aux travaux les plus utiles à la société.
L'organisation sociale qui accorde le premier degré de considération au désæuvrement et aux travaux les moins utiles à la société est donc essentiellement et radicalement vicieuse. . , . .
Le vice de l’organisation sociale est d'autant plus grand qu'en résultat de sa disposition fondamentale, les travailleurs aspirent à entrer ou à faire entrer leurs enfants dans la classe des oisifs; de manière que toute la population se trouve stimulée à tendre, avec le plus d'énergie possible, à un état de désœuvrement, c'est-à-dire à un état où l’homme est malade d'une maladie qui le rend nécessairement immoral.
L'organisation sociale actuelle n'a point été conçue primitivement telle qu'elle existe aujourd'hui.
À l'origine du système théologique et féodal, les classes du clergé et de la noblesse n'étaient point désœuvrées et incapables.
A cette époque, la guerre était continuelle, et les nobles, qui formaient exclusivement la classe militaire, étaient par conséquent continuellement en activité.
À cette même époque, les nobles dirigeaient
les travaux de la culture, qui étaient les seuls travaux industriels importants.
Le clérgé était alors le seul corps savant.
Le clergé était alors exclusivement chargé dé l'éducation publique.
D'après les observations physiologiques, il eat constaté que les sociétés, ainsi que les individus, sont soumis à deux forces morales qui sont d'une égale intensité, et qui agissent alternativement : l’une est la force de l'habitude, l’autre est celle qui résulte du désir d'éprouver de nouvelles sensations.
Au bout d’un certain temps, les habitudes deviennent nécessairement mauvaises , parce qu'elles ont été contractées d'après un état de choses qui ne correspond plus aux besoins de la société. C'est aiors que le besoin des choses neuves se fait sentir, et ce besoin, qui constitue le véritable état révolutionnaire, dure nécessairement jusqu’à l’époque où la sociélé est reconstituée d’une manière proportionnée à. sa civilisation. si
La population européenne est dominée par la force révolutionnaire depuis lé xv° siècle, ét cette
force ne cessera d'être dominante qu'à l'époque où un système social, radicalement distinct du système théologique féodal, sera établi à sa place.
La première opération pour arrêter l’action révolutionnaire consistait à concevoir et à présenter clairement le système social qui convient à l'état présent des lumières.
Cette première opération est terminée.
Il est clair que, dans le système dont l'établissement doit subalterniser la force révolutionnaire, les hommes à occupations et à habitudes pacifiques doivent exercer la principale influence, et que, parmi les hommes pacifiques, ce sont les plus capables qui doivent diriger les intérêts natHionaux.
Or, les hommes les plus capables, attendu que ce sont leurs travaux qui contribuent le plus à la prospérité sociale, sont les ARTISTES, les savanrs et leS INDUSTRIELS.
« Le physiologiste, ajoute Saint-Simon, conclut en disant :
« Que les artistes, par un effort d'imagination, dépouillent le passé de l'âge d’or, et qu’ils en enrichissent l'avenir ;
« Que les physiologistes se placent en tête du corps des savants laïques ;
« Que les banquiers combinent leurs forces politiques avec celles des savants et des artistes;
« Et les hommes du système théologique et féodal ne figureront bientôt plus que dans les souvenirs, de la même manière que les aruspices et les consuls de Rome. »
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