‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 72 sur 94 · TROISIÈME PENSÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PENSÉE

Cette troisième pensée n'est pas un terme necessaire pour continuer la série ; elle est un ap-

pendice de la précédente. Notre objet, dans cet article, est de faire application du principe posé dans le précédent ; il consiste à prouver lutilité capitale de ce principe, en faisant voir qu'on peut en déduire une explication satisfaisante de faits de la plus haute importance et dont on ignore encore la cause.

D'Alembert, dans son Discours préliminaire de l'Encyclopédie ; Condorcet, dans son T'ableau historique des progrès de l'esprit humain, et tous les auteurs qui ont écrit sur l'origine des connaissances, ont dit que l’astronomice et la médecine étaient les premières sciences qui avaient été cullivées; mais aucun d’eux n’a fait sentir l'importance de ce fait, aucun n’en a fait connaitre la cause ; il nous est maintenant bien facile de la dévoiler.

Nos idées ne sont autre chose que nos sensations élaborées et rendues reproductives à volonté, aumoyen des signes de convention auxquels nous les avons attachées.

Nos connaissances ne sont autre chose que des séries d'idées.

Nos connaissances ayant donc pour origine nos idées, et nos idées dérivant directement de nos sensations, il en résulte que nos

connaissances et nos idées doivent être physiquement partagées en deux classes bien distinctes, puisque nous avons constaté, dans l’article précédent, que nous avions deux espèces de sensations, les unes provenant de l’action convergente, et les autres, de l'action divergente de la vie.

Cela posé, on a l'explication, 1° du fait que la science, dès son origine, s’est trouvée partagée en deux branches bien distinctes ; 2 que ces deux branches, auxquelles nous donnons aujourd'hui les noms de physique des corps bruts etde physique des corps organisés, n’ont été à leur origine que deux bourgeons, dont l’un a porté le nom d'astronomie et l’autre celui de médecine.

Un autre fait bien remarquable, qui est une conséquence de celui que nous venons d'examineret quin’avail pas jusqu'à présentfixé l'attention, c’est que les deux ordres de sensations, et par conséquent les deux branches de la science, ont fait des progrès mémorables aux mêmes époques ; c’est-à-dire que jamais il n'y a eu découvertes faites dans la physique des corps bruts, sans que la physique des corps organisés n'ait fait aussi d'importants progrès.

Ainsi Hervey à élé contemporain de Galilée, et Locke de Newton.

Nous ne voulons cependant pas dire pour cela que les progrès de nos connaissances dans les deux branches de la physique aient toujours été, aux époques marquantes, du même degré d'importance ; nous aurons, au contraire, à faire remarquer dans un des articles suivants que, depuis Platon jusqu'aux califes, la science de l'homme à marché avec plus de rapidité que celle des corps bruts, tandis que depuis les Arabes des vi et vu” siècles jusqu’à nous, c'est dans la science des corps bruts que l'esprit humain a fait de plus rapides progrès ; c’esi-à-dire, pour combiner et résumer ces deux dernières pensées : l’action respiraloire du fluide vital par notre genre nerveux (quiest la cause générale de nos sensations) s'est Loujours manilestée sous le rapport d'aspiration et sous celui d'inspiration qui ont été réellement, la première, la cause de nos sensations passives, de nos travaux à posteriori et des connaissances que nous avons acquises dans la physique des corps bruts, et l’autre, c’est-à-dire l'inspiration, la cause de nos sensations actives, de nos proorès dansles travaux à priori et de l'avancement de la physique des corps organisés. L'action respiratoire du fluide vitals’est toujours manifestée, disons-nous, d’une manière notoire, mais pas

toujours d’une manitre égale, puisque les produits scientifiques résultant de l’action convergente du fluide vital ont été plus marquants pendant onze cents ans, tandis que les produits de son action divergente ont été plus capitaux pendant les onze siècles suivants.

L'égalité, comme on voit, s’est rétablie, puisqu'il y a eu compensation.

Les bornes étroites de ce mémoire nous ont forcé à resserrer nos idées. Si nous nous étions adressé à des hommes d’une instruction ordinaire et d'un esprit médiocre, nous aurions donné beaucoup plus de développement aux conceptions que nous venons de vous présenter; mais, Messieurs, votre capacité scientifique, sous Île rapport du génie comme sous celuides connaissances acquises, nous imposant Ja loi de supprimer les idées intermédiaires, pour ne vous présenter que les termes extrèmes des séries, il aurait été indiscret de notre part de chercher à fixer votre attention pendant longtemps sur nos travaux ; votre préjJugement à leur égard ne pouvat nous être favorable, puisque notre nom n’a encore acquis aucune célébrité dans l'École,

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