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QUATRIÈME PENSÉE

Nous avons dit, dans l’article ayant pour litre: Deuxième pensée, que jusqu'à ce jour on n'avait envisagé la division des travaux scientifiques en travaux à priori et en travaux à posteriori que soussonrapportmétaphysique. Nous allons prouver que, sous ce rapport même, l’idée est encore très-incomplète ; cela exige que nous remontions dans notre examen jusqu’au grand Bacon, puisqu'il est encore actuellement le chef philosophique des écoles anglaise et française, puisque depuis lamortde ce grand homme, aucun savant ne s’est élevé à des conceptions aussi générales que les siennes.

Bacon a sûrement rendu de grands services à la science, mais les services qu'il lui a rendus n’ont pas été aussi grands qu'on se l’est figuré ; on les apprécie encore aujourd’hui beaucoup audessus de leur valeur. Il n’a pas été un homme aussi général, aussi complet qu’on se l’imagine ; la preuve en est qu'au lieu d'éclaircir les idées sur la méthode, il les a embrouillées, ainsi que nous allons le démontrer.

En France, tout le monde parle de cet auteur,

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 23 et très-peu de. personnes ont lu ses ouvrages. Le véritable esprit n’en est connu que par ce qu’en a dit Condillac, qui a commenté ses idées sur la méthode. Ainsi notre démonstration, pour être généralement entendue, doit porter directement sur les principes développés par Condillac.

Démonstralion

Cette démonstration, qui concerne la plus importante de toutes les questions métaphysiques, sera la plus courte et la plus complète qui ait jamais été donnée, et la solution se présentera d'elle-même, quand une fois la question sera posée ; mais cette pose de la question exige tous nos soins et toute notre attention; nous allons donc, par des considérations préliminaires, préciser le point que nous devons éclaircir.

Considérations préliminaires

4° L'idée de remonter des faits particuliers au fait principal, s'exprime de deux manières. Pour la désigner sous son rapport passif, on emploie le signe à posteriori; celui d'analyse indique la même idée sous son rapport actif ; et le signe à

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priori a pour correspondant dans le mode actif synthèse ;

%Pourraisonner pertinemmentsur la méthode, il faut concevoir d’une manière bien claire et bien précise les trois opérations suivantes : Celle qui consiste à établir entre les considérations les plus particulières et la considération la plus générale de la question qu'on traite, le plus grand nombrepossiblede considérations intermédiaires, rangées suivant le degré de généralité de chacune d'elles ; celle qui consiste à remonter des considérations particulières à la considération générale; enfin, celle par laquelle on descend de la considération la plus générale aux considérations les plus particulières ; ces deux dernières se servant réciproquement de preuves;

3° Condillac a démontré d’une manière compléement satisfaisante qu iln’y avait qu'un moyen de rendreles idées bien distinctes ; que c'était en les attachant à des signes différents et d’une valeur bien déterminée : que si la langue était bien faite, il ne serait pas difficile de bien raisonner, et qu'il serait même impossible de déraisonner.

Maintenant, quatre mots suffiront pour résoudre cetteimportante question et pour démontrer que nos idées actuelles sur la méthode, qui ont

été produites par Bacon, commentées, précisées et fixées par Condillac, sont dans un état de confusion épouvantable ; que c'est un véritable chaos, impossible à débrouiller sans créer un nouveau 220,

Vous allez éprouver, Messieurs, la sensation que les découvertes les plus capitales ont toujours causées à ceux auxquels elles ont été annoncées. Vous allez dire. Cela était si aisé à trouver, qu'il est extraordinaire, incroyable que cela n'ait pas sauté aux yeux de tout le monde. Permetleznous de nous arrêter un moment encore pour nous féliciter avec vous de la refonte qui va s’opérer sous vos yeux, des éléments métaphysiques les plus importants dont une théorie quelconque puisse se composer.

Solution.

Condillac à empioyé le signe d'analyse pour désigner l'opération générale qui consite à établir les considérations intermédiaires, et qui a pour objet de les multiplier le plus possible, c'est-àdire de considérer la question qu'on veut traiter sous le plus grand nombre de ses faces, sous toutes ses faces. C’est ce même signe analyse

dont il s’est servi pour désigner une des deux opérations secondaires, celle qui a pour objet de remonter des faits, idées ou considérations particulières aux faits, idées ou considérations générales, le signe synthèse étant seulement employé pour indiquer l’autre opération secondaire, par laquelle on descend de l’idée générale aux idées particulières.

N'est-il pas évident, Messieurs, 1° que Condillac a fait de la conception de la méthode un véritable imbroglio, en donnant au signe analyse deux significations extrémement différentes, el qu’il est absolument essentiel de rendre bien distinctes, au moyen de signes bien différents, bien tranchés ;

2° Que Condillac, et par conséquent Bacon (véritable inventeur de celte prétendue méthode), ont fait jouer un rôle beaucoup plus important à la marche à posteriori quà celle à priori, puisqu'en la désignant, ainsi que l'opération sénérale, par le mot analyse, ils ont associé, accolé ces deux opérations, ce quine pouvait avoir lieu sans déconsidérer la synthèse, dont ils doivent au contraire constater l'égalité de droit, c’est-à-dire d'importance et d'utilité, avec

l'opération secondaire d'analyse, qui est son pendant ;

3° Enfin, que le seulmoyen d'’éclaircir les idées sur la méthode, est de désigner l'opération générale par un signe, et chacune des opérations secondaires par un autre.

Trouvez bon, Messieurs, qu'usant du droit que: nous avons acquis de faire choix d’un mot, en faisant sentir l'utilité de sa création, nous appelions la Descartes, l'opération générale qui doit servir de base à toutes Les théories : vous approuverez sûrement l'élan de patriotisme qui nous porte à secouer dès ce moment le joug scientifique anglais, qui depuis trop longtemps pèse sur nos têtes,

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