‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 100 sur 273 · XXI. Pour la fête de l'Assomption · texte numérisé non relu

XXI. Pour la fête de l'Assomption

Sauveur ; et la bonne fille pensoit estre bonne servante de Dieu par ce moyen-là et s'estimoit estre quelque chose. Et parce qu'elle aymoit grandement sa sœur, elle desiroit qu'elle s'embesoignast comme elle pour servir son très cher Maistre, qui néanmoins prenoit plus de playsir à l'exercice de Marie, dans le cœur de laquelle il distilloit, par le moyen de ses paroles, des grâces plus grandes que nous ne sçaurions penser.

Cecy correspond à la response qu'il fit à cette femme dont il est parlé en l'Evangile * : Vous dites bien que * Lucae, xf, 27, 28. bienheureux est le ventre qui m'a porté et les mam~ melles que j'ay succèes ; mais moy je vous dis que bienheureux sont ceux qui escoutent la parole de Dieu et la gardent. Or, ces personnes qui s'affectionnent et s'embesoignent comme Marthe à faire quelque chose pour Nostre Seigneur, pensent estre bien dévotes et croyent que cet empressement soit vertu ; ce qui n'est pourtant pas, ainsy que luy mesme le fait entendre : Une seule chose est nécessaire, qui est d'avoir Dieu et de le posséder. Si je ne cherche que luy, que me doit-il importer que l'on me fasse faire cecy ou cela ? Si je ne veux que sa volonté, que m'importera-t-il que l'on m'envoye en Espagne ou en Irlande? Et si je ne cherche que sa croix, pourquoy me faschera-t-il que l'on m'envoye aux Indes, aux terres neuves ou aux vielles, puisque je suis asseuré que je la trouveray par tout ?

En fin nostre glorieuse Maistresse fit l'office de Marthe, recevant Nostre Seigneur avec une extrême affection et dévotion dans sa maison et dans ses entrailles mesmes. Elle le servit avec un tel soin, tout le temps de sa vie, qu'il n'y en a point de pareil. Reste à voir comme son Fils, en contreschange, la receut au Ciel. Ce fut avec un amour et gloire incomparable, avec une magnificence d'autant plus grande au dessus de tous les Saints, que ses mérites surpassoyent tous les leurs.

Mais avant que de parler de sa réception au Ciel, il nous faut dire comme et de quelle mort elle mourut*. "Cf. tom.VII huj. Vous sçavez tous l'histoire de son glorieux trespas ; je de\;Am.td'e'XDieu, suis pourtant tousjours poussé de faire le récit des !• VII, cc,xhi,xiv.

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mystères que nous célébrons, à cause des grossiers et simples auditeurs. Nostre Dame et très digne Maistresse, estant parvenue à l'aage de soixante trois ans, mourut ou plustost s'endormit du sommeil de la mort. Il s'en trouveroit assez qui s'estonneroyent, disant : Comment est-ce que Nostre Seigneur, qui aymoit si tendrement et si fortement sa sainte Mère, ne luy donna le privilège de ne point mourir ? Puisque la mort est la peine du péché, et qu'elle n'en avoit jamais fait aucun, pourquoy est-ce qu'il la laissa mourir ? O mortels, que vos pensées sont contraires à celles des Saints, que vos jugemens

* Cf. Is., lv, 8, 9. sont esloignés de ceux de la divine Majesté * ! Ne sçavez

vous pas que la mort n'est plus ignominieuse, ains *Ps. cxv, 5. qu'elle est pretieuse* despuis que Nostre Seigneur et

Maistre se laissa attacher par elle sur l'arbre de la croix ? Ce n'eust point esté un advantage ni un privilège pour la Sainte Vierge de ne point mourir, ains elle avoit tousjours désiré la mort dès qu'elle la vit dans les bras et dans le cœur mesme de son très sacré Fils. La mort est si suave et si désirable que les Anges s'estimero}^ent heureux de pouvoir mourir; et les Saints ont esté heureux de la souffrir et y ont ressenti beaucoup de consolation,

* Coioss., m, 4. parce que nostre divin Sauveur qui est nostre vie *

s'estoit laissé en proye à la mort.

L'on a accoustumé de dire que telle est la vie telle est la mort : de quelle mort pensez-vous donques que mourut la Sainte Vierge, sinon de la mort d'amour ? O c'est une chose indubitable qu'elle mourut d'amour, mais je ne dis pas cecy parce qu'il est escrit. Elle a tousjours *EcciL, xxiv, 24. esté la Mère de la belle dilection* ; l'on ne remarque point de ravissemens ni d'extases en sa vie, parce que ses ravissemens ont esté continuels ; elle a aymé d'un amour tousjours fort, tousjours ardent, mais tranquille, mais accompagné d'une grande paix. Et si bien cet amour alloit sans cesse croissant, cet accroissement ne se faisoit point par secousses ni eslans, ains, comme un doux fleuve, elle alloit tousjours coulant, et presque imperceptiblement, du costé de cette union tant désirée de son ame avec la divine Bonté.

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