‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 101 sur 273 · XXI. Pour la fête de l'Assomption · texte numérisé non relu

XXI. Pour la fête de l'Assomption

L'heure donques estant venue pour la très glorieuse Vierge de quitter cette vie, l'amour fit la séparation de son ame d'avec son corps, la mort n'estant autre chose que cette séparation. Sa très sainte ame s'envola droit au Ciel; car qu'est-ce, je vous prie, qui l'en eust peu empescher, veu qu'elle estoit toute pure et n'avoit jamais contracté aucune souilleure de péché ? Ce qui nous empesche nous autres quand nous mourons d'y aller tout droit comme Nostre Dame, c'est que nous avons presque tous en nos pieds de la poussière ou des souilleures qu'il est nécessaire que nous allions laver et purger en ce lieu que l'on nomme Purgatoire, devant que d'entrer au Ciel.

Les grans de ce monde font aucunefois des assemblées, et le plus souvent fort inutiles. Il leur viendra en fantasie de ne pas vouloir que le lieu de leur réunion soit clair, ains ils le veulent sombre et obscur, et cela pour faire quelque balet, ou que sçay-je moy quoy, qui paroistra davantage en l'obscurité. Les chandelles et flambeaux apportent trop de clarté, partant il faut mettre des lampes nourries d'huile parfumée ; et ces lampes jettant des continuelles exhalaisons, donnent plus de suavité et de récréation à la compagnie. Or, ces lampes venant à s'esteindre, rendent une bien plus excellente odeur et remplissent la chambre d'une plus grande suavité. Nous trouvons en beaucoup de lieux de la Sainte Escriture que les lampes représentent les Saints *, lampes qui ont jette * Eccii., xxvi, 22; des continuelles exhalaisons de bons exemples devant les hommes et qui ont esté tousjours ardentes du feu de l'amour de Dieu. O que ces lampes ont respandu des odeurs suaves devant la divine Majesté durant le cours de leur vie, mais beaucoup plus à l'heure de la mort. La mort du juste est pretieuse devant le Seigneur *, *Videpag.pneced. comme au contraire la mort des meschans luy est en horreur *, d'autant qu'elle les porte à la damnation. * ps. xxxm, 22.

Or, si les Saints ont esté des lampes ardentes * et * Cant., ult., 0 ; odoriférantes, combien plus la très sainte Vierge, la J°an->v> 3?perfection de laquelle surpasse toutes celles des Bienheureux; voire mesme si elles estoyent toutes assemblées

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en une, elles ne seroyent pas comparables à la sienne. Elle fut certes une lampe toute nourrie d'huile parfumée; quel parfum pensez-vous donc qu'elle jettast à l'heure de son glorieux trespas ? Les jeunes filles sont allées

Cant., i, 2, 3. après elle à V odeur de ses onguens *. L'ame sacrée de nostre glorieuse Maistresse s'envola droit au Ciel, et alla respandre ses parfums devant la divine Majesté, laquelle la receut et la colloqua sur un throsne à la dextre de son Fils.

Mais avec quel triomphe, mais avec quelle magnificence cro}7ez-vous qu'elle fut accueillie de son Fils bien aymé en contreschange de l'amour avec lequel elle l'avoit receu venant en terre? Il faut bien croire qu'il ne fut pas mesconnoissant, ains qu'il la recompensa d'un degré de gloire d'autant plus grand au dessus de tous les Esprits bienheureux, que ses mérites surpassoyent ceux de tous les Saints ensemble. Le grand Apostre saint Paul, parlant de la gloire du Fils de Dieu Nostre Seigneur, fait un argument par lequel on peut bien entendre

Heb., 1, 3-7. le haut degré de celle de sa très sainte Mère. Il dit * que

Jésus Christ a esté eslevé d'autant plus haut au dessus de tous les Chérubins et autres Esprits angeliques que son nom est relevé par dessus tous les autres noms. Il est escrit des Anges : Vous estes mes serviteurs et mes messagers ; mais auquel de ceux cy a-t-il esté dit : Vous estes mon Fils, je vous ay engendré ? De mesme en pouvons-nous dire de la très sainte Vierge qui est le parangon de tout ce qui est de beau au Ciel et en la terre : A laquelle a-t-on dit : Vous estes Mère du Tout- Puissant et du Fils de Dieu, sinon à elle ? Vous pouvez donques bien penser qLi'elle fut eslevée au dessus de tout ce qui n'est point Dieu.

L'ame très sainte de Nostre Dame ayant quitté son corps très pur, il fut porté au sépulcre et rendu à la terre ainsy que celuy de son Fils, car il estoit bien raysonnable que la Mère n'eust pas plus de privilège que le Fils. Mais tout ainsy que Nostre Seigneur ressuscita au bout de trois jours, elle ressuscita de mesme au bout de trois jours; différemment néanmoins, d'autant que le Sauveur

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